vendredi 25 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2202030 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 2 |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 13 juillet 2022, l'exploitation agricole à responsabilité limitée (EARL) de la Tuilerie, représentée par Me Schindler, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 6 587,22 euros en réparation des préjudices qu'elle a subis ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision du préfet de la Meuse du 31 juillet 2014 est illégale dès lors que les parcelles litigieuses constituent des prairies sensibles au sens de l'article 3 de l'arrêté ministériel du 12 décembre 2015, pris pour l'application du règlement UE n°1307/2013 et sont donc soumises à une interdiction de labour et de conversion ;
- elle est fondée à solliciter le paiement d'une somme de 6 587,22 euros en réparation des différents préjudices qu'elle a subis.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 février 2023, le préfet de la Meuse conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- en application du principe d'indépendance des législations, la société requérante ne peut exciper de l'illégalité de la décision d'autorisation de retournement, au regard de la réglementation communautaire, dès lors que cette dernière a été délivrée en application des seules dispositions de l'article L. 414-4 du code de l'environnement ;
- le préjudice n'est pas établi dès lors qu'il n'est pas démontré que la société requérante aurait été éligible aux aides attribuées au titre du " paiement vert ", en l'absence de retournement des parcelles litigieuses.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le règlement (UE) n° 1307/2013 du parlement européen et du Conseil du 17 décembre 2013 établissant les règles relatives aux paiements directs en faveur des agriculteurs au titre des régimes de soutien relevant de la politique agricole commune ;
- le code de l'environnement ;
- le code rural et de la pêche maritime ;
- l'arrêté du 12 novembre 2015 fixant certaines dispositions relatives au paiement pour les pratiques agricoles bénéfiques pour le climat et l'environnement dit " paiement vert " prévu par la politique agricole commune ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Frédéric Durand, rapporteur,
- et les conclusions de Mme Céline Marini, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Par arrêté du 31 juillet 2014, le préfet de la Meuse a autorisé le groupement agricole d'exploitation en commune (GAEC) de la Tuilerie, aux droits duquel vient l'exploitation agricole à responsabilité limitée (EARL) de la Tuilerie, à procéder au retournement de l'îlot PAC n°16, pour une surface de 32,6 hectares. Le 31 mai 2017, l'EARL de la Tuilerie a déposé une demande d'aides surfaciques au titre du premier pilier de la politique agricole commune, pour la campagne 2017. Par une lettre de fin d'instruction du 31 juillet 2019, le préfet de la Meuse a informé cette dernière que ses services avaient constaté une anomalie au titre du respect des critères du " paiement vert ", entraînant une perte de l'aide attribuée à ce titre, et de ce qu'il était susceptible de lui infliger à ce titre une sanction administrative d'un montant de 970,64 euros. Par une décision du 3 octobre 2019, le préfet de la Meuse a notifié à l'EARL le montant des aides surfaciques du 1er pilier de la politique agricole commune, pour la campagne 2017, et lui a infligé une sanction administrative d'un montant de 970,64 euros au titre du non-respect des critères du " paiement vert ". Par jugement du 5 octobre 2021, le tribunal administratif de Nancy a rejeté la requête de, l'EARL de la Tuilerie tendant à l'annulation de la lettre du 31 juillet 2019 et de la décision du 3 octobre 2019 du préfet de la Meuse. Par sa requête, l'EARL de la Tuilerie demande au tribunal de l'indemniser des préjudices qu'elle a subis, consistant notamment dans les sanctions financières qui lui ont été appliquées au titre des campagnes 2017 à 2020, en raison de l'illégalité de la décision du 31 juillet 2014.
Sur les conclusions à fin d'indemnisation :
2. Aux termes de l'article 43 du règlement (UE) n° 1307/2013 du Parlement européen et du Conseil du 17 décembre 2013 établissant les règles relatives aux paiements directs en faveur des agriculteurs au titre des régimes de soutien relevant de la politique agricole commune et abrogeant le règlement (CE) n° 637/2008 du Conseil et le règlement (CE) n° 73/2009 du Conseil : " 1. Les agriculteurs ayant droit à un paiement au titre du régime de paiement de base ou du régime de paiement unique à la surface observent, sur tous leurs hectares admissibles au sens de l'article 32, paragraphes 2 à 5, les pratiques agricoles bénéfiques pour le climat et l'environnement visées au paragraphe 2 du présent article ou les pratiques équivalentes visées au paragraphe 3 du présent article. 2. Les pratiques agricoles bénéfiques pour le climat et l'environnement sont les suivantes : / a) diversification des cultures / b) maintien des prairies permanentes existantes et c) disposer d'une surface écologique sur la surface agricole. () ". Aux termes de l'article 45 de ce règlement : " 1. Les États membres désignent les prairies permanentes qui sont sensibles d'un point de vue environnemental dans les zones visées par les directives 92/43/CEE ou 2009/147/CE, y compris dans les tourbières et les zones humides situées dans ces zones, et qui ont besoin d'une protection stricte afin de remplir les objectifs de ces directives. / Afin d'assurer la protection des prairies permanentes utiles d'un point de vue environnemental, les États membres peuvent décider de désigner d'autres surfaces sensibles situées hors des zones couvertes par les directives 92/43/CEE ou 2009/147/CE, y compris les prairies permanentes sur des sols riches en carbone. / Les agriculteurs ne convertissent ni ne labourent les prairies permanentes situées dans les zones désignées par les États membres en vertu du premier alinéa et, le cas échéant, du deuxième alinéa. () ".
3. Aux termes du II de l'article D. 615-35 du code rural et de la pêche maritime : " Un arrêté du ministre chargé de l'agriculture fixe les cas dans lesquels, en application du 1 de l'article 44 du règlement délégué (UE) n° 639/2014 de la Commission du 11 mars 2014, un agriculteur doit obtenir une autorisation individuelle de retournement avant de convertir une prairie permanente ainsi que les critères et conditions auxquels est subordonnée l'obtention de cette autorisation ". Aux termes de l'article 3 de l'arrêté du 12 novembre 2015 fixant certaines dispositions relatives au paiement pour les pratiques agricoles bénéfiques pour le climat et l'environnement dit " paiement vert " prévu par la politique agricole commune : " Prairie permanente sensible. / Les surfaces désignées comme prairies sensibles d'un point de vue environnemental mentionnées au point I de l'article D. 615-34 du code rural et de la pêche maritime ou " prairies sensibles " sont : / () / - les surfaces déclarées au titre du dossier PAC de la campagne 2014 avec le code culture prairie naturelle (PN) et faisant partie d'un zonage Natura 2000 tel que notifié à la Commission européenne, en septembre 2014, () Les prairies sensibles doivent être maintenues en place et le labour et/ou la conversion de ces surfaces vers une autre catégorie de surface ou en une surface non agricole, ne sont pas autorisés. / La direction départementale chargée de l'agriculture notifie aux exploitants, qui n'ont pas maintenu de façon stricte et systématique les surfaces en prairies sensibles de leur exploitation, leur obligation de réimplanter les surfaces converties, en une prairie permanente désignée comme sensible. La notification de réimplantation précise le numéro d'îlot et le numéro de la parcelle concernée, la surface à réimplanter ainsi que la date à laquelle la réimplantation doit être effective ".
4. Aux termes de l'article L. 414-4 du code de l'environnement, dans sa version applicable : " I. - Lorsqu'ils sont susceptibles d'affecter de manière significative un site Natura 2000, individuellement ou en raison de leurs effets cumulés, doivent faire l'objet d'une évaluation de leurs incidences au regard des objectifs de conservation du site, dénommée ci-après " Evaluation des incidences Natura 2000 " : / 1° Les documents de planification qui, sans autoriser par eux-mêmes la réalisation d'activités, de travaux, d'aménagements, d'ouvrages ou d'installations, sont applicables à leur réalisation ; / 2° Les programmes ou projets d'activités, de travaux, d'aménagements, d'ouvrages ou d'installations ; / 3° Les manifestations et interventions dans le milieu naturel ou le paysage. () IV.- Tout document de planification, programme ou projet ainsi que toute manifestation ou intervention qui ne relève pas d'un régime administratif d'autorisation, d'approbation ou de déclaration au titre d'une législation ou d'une réglementation distincte de Natura 2000 peut être soumis à autorisation en application de la présente section et fait alors l'objet d'une évaluation des incidences Natura 2000. Sans préjudice de l'application du IV bis, une liste locale des documents de planification, programmes ou projets ainsi que des manifestations ou interventions concernés est arrêtée par l'autorité administrative compétente parmi ceux figurant sur une liste nationale de référence établie par décret en Conseil d'Etat () ".
5. Il résulte de l'instruction que les parcelles de l'îlot PAC n°16 de l'EARL de la Tuilerie ont été déclarées comme prairie permanente avec le code PN au titre de la campagne PAC de l'année 2014 et qu'elles sont situées au sein de la zone Natura 2000 " Forêts et zones humides du Pays de Spincourt ". Si l'EARL requérante soutient que la décision du 30 juillet 2014 par laquelle le préfet de la Meuse l'a autorisée en partie à retourner l'îlot PAC n°16 est illégale dès lors que les parcelles litigieuses constituent des prairies sensibles au sens de l'article 3 de l'arrêté ministériel du 12 décembre 2015, pris pour l'application du règlement UE n°1307/2013 et sont donc soumises à une interdiction de labour et de conversion, les dispositions de cet arrêté, qui est postérieur à la décision contestée, n'étaient pas applicables au jour de l'édiction de cette dernière. En tout état de cause, l'autorisation du 30 juillet 2014 était fondée sur les seules dispositions du code de l'environnement permettant au préfet de soumettre à autorisation et évaluation des incidences Natura 2000 les retournements de prairies permanentes ou temporaires de plus de cinq ans et a été rendue " sans préjudice des conditions prévues par d'autres réglementations indépendantes du régime d'autorisation propre à Natura 2000 ". Par suite, pour mettre en œuvre la responsabilité de l'Etat, l'EARL de la Tuilerie n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de cette décision au regard des dispositions relatives au paiement pour les pratiques agricoles bénéfiques pour le climat et l'environnement dit " paiement vert " prévu par la politique agricole commune.
6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions indemnitaires de la requête doivent être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, au titre des frais exposés par l'EARL de la Tuilerie et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de l'EARL de la Tuilerie est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à l'exploitation agricole à responsabilité limitée (EARL) de la Tuilerie et à la ministre de l'agriculture, de la souveraineté alimentaire et de la forêt.
Copie en sera transmise, pour information, au préfet de la Meuse.
Délibéré après l'audience du 27 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Davesne, président,
M. Durand, premier conseiller,
Mme Wolff, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 octobre 2024.
Le rapporteur,
F. Durand
Le président,
S. DavesneLa greffière,
M. A
La République mande et ordonne à la ministre de l'agriculture, de la souveraineté alimentaire et de la forêt, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
N°2202030
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026