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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2202056

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2202056

mercredi 28 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2202056
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 3
Avocat requérantCOCHE-MAINENTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 juillet 2022, Mme A D, représentée par Me Coche-Mainente, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 mai 2022 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé son pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer une carte de séjour pluriannuelle ou, subsidiairement, une carte de séjour temporaire, dans un délai de cinq jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge du préfet de Meurthe-et-Moselle la somme de 2 000 euros à verser à son avocate, Me Coche-Mainente, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Coche-Mainente s'engage à renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Elle soutient que :

- les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français sont entachées d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- la décision de refus de séjour est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet s'est fondé sur l'accord franco-congolais alors qu'elle est de nationalité gabonaise ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 313-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version alors applicable, et de l'article L. 422-1 du même code ;

- les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 août 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 1er juillet 2022 du bureau d'aide juridictionnelle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- et les observations de Me Coche-Mainente, avocate de Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante gabonaise née le 14 mars 1995, est entrée en France le 27 novembre 2018, sous couvert d'un visa " étudiant ". Une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant ", valable du 23 novembre 2019 au 23 novembre 2020, lui a été délivrée. Elle en a demandé le renouvellement et un récépissé de demande de titre de séjour, valable du 10 novembre 2020 au 9 mai 2021, lui a été délivré. Le 10 août 2021, elle a de nouveau sollicité une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant ". Par un arrêté du 19 mai 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, en fixant son pays de destination. Mme D demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision refusant la délivrance d'une carte de séjour pluriannuelle :

2. En premier lieu, par un arrêté n°21.BCI.41 du 8 septembre 2021, publié au recueil des actes administratifs de Meurthe-et-Moselle le lendemain, le préfet de Meurthe-et-Moselle a donné délégation à M. Julien Le Goff, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer les décisions relevant des attributions de l'Etat. Par suite, alors que cette délégation n'est pas subordonnée à l'empêchement du délégataire, M. C était autorisé à signer la décision en litige. L'administration n'était par ailleurs pas tenue de viser, dans la décision attaquée, la décision nommant le signataire de l'acte dans l'exercice de ses fonctions. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision contestée vise les dispositions de l'article L. 433-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne que la requérante ne remplit pas les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement de ces dispositions dès lors qu'elle ne justifie pas d'un certificat de scolarité ou d'une attestation de réussite au titre de l'année 2020-2021. Dès lors que la décision refusant la délivrance d'une carte de séjour pluriannuelle comporte l'énoncé suffisant des considérations de fait ou de droit qui en constitue le fondement, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas sérieusement examiné la situation de Mme D avant de refuser de lui délivrer une carte de séjour pluriannuelle.

5. En quatrième lieu, la circonstance que le préfet de Meurthe-et-Moselle ait visé, à tort, l'accord franco-congolais dans la décision attaquée est sans incidence sur la légalité de celle-ci dès lors qu'il ne ressort pas des termes de la décision qu'il en aurait fait application. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit donc être écarté.

6. En cinquième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 433-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A l'exception de la carte de séjour pluriannuelle portant la mention " salarié détaché ICT ", prévue à l'article L. 421-26, et de la carte de séjour pluriannuelle portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise ", prévue à l'article L. 422-10, qui ne sont pas renouvelables, le renouvellement de la carte de séjour temporaire ou pluriannuelle est subordonné à la preuve par le ressortissant étranger qu'il continue de remplir les conditions requises pour la délivrance de cette carte. L'autorité administrative peut procéder aux vérifications utiles pour s'assurer du maintien du droit au séjour de l'intéressé et, à cette fin, convoquer celui-ci à un ou plusieurs entretiens. () ".

7. D'autre part, aux termes de l'article R. 432-1 du même code : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ". Aux termes de l'article R. 432-2 du même code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois ".

8. Il ressort des pièces du dossier qu'une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant ", valable du 23 novembre 2019 au 23 novembre 2020, a été délivrée à Mme D. Elle en a demandé le renouvellement, le 8 octobre 2020. Si un récépissé de demande de titre de séjour, valable du 10 novembre 2020 au 9 mai 2021 lui a été délivré, le préfet, qui n'a pas répondu à sa demande dans un délai de quatre mois, doit être regardé comme ayant implicitement rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour. La demande de Mme D, présentée le 10 août 2021, tendant à la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " ne peut, par suite, être regardée comme une demande de renouvellement de son titre. La requérante n'est donc pas fondée à soutenir que le préfet de Meurthe-et-Moselle aurait dû lui délivrer une carte de séjour pluriannuelle sur le fondement de l'article L. 433-1 précité.

9. En dernier lieu, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales sont par elles-mêmes sans incidence sur l'appréciation par l'administration des conditions requises pour la délivrance de la carte prévue à l'article L. 433-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 19 mai 2022 du préfet de Meurthe-et-Moselle en tant qu'elle lui refuse la délivrance d'une carte de séjour pluriannuelle.

Sur le surplus des conclusions à fin d'annulation :

11. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. () ".

12. Pour refuser de délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant " à Mme D, le préfet de Meurthe-et-Moselle s'est fondé sur la circonstance qu'elle ne disposait, au jour de sa demande, d'aucun certificat de scolarité ni d'une attestation de réussite pour sa formation en " Licence Ressources humaines ", au titre de l'année 2020/2021, et qu'elle avait produit un faux diplôme afin d'obtenir un titre de séjour.

13. Il ressort des pièces du dossier que Mme D a obtenu, le 9 septembre 2020, un brevet de technicien supérieur mention " gestion de la PME ". Elle s'est inscrite, au titre de l'année 2020/2021, en licence " ressources humaines " auprès de l'établissement SUP-FORMATION qu'elle n'a pu terminer en raison du désistement de l'entreprise auprès de laquelle elle devait suivre sa formation en alternance. Si la requérante s'est de nouveau inscrite pour la même formation au titre de l'année 2021/2022, elle indique avoir dû se désister de cette formation en raison de l'absence de renouvellement de son titre de séjour. Il est par ailleurs constant qu'à la date de la décision contestée, Mme D était de nouveau inscrite dans ce cursus, au titre de l'année 2022/2023, et disposait d'une promesse d'embauche en alternance par l'entreprise APEF qui devait débuter le 25 juillet 2022. Par suite, c'est à tort que le préfet de Meurthe-et-Moselle a estimé qu'elle n'établissait pas être inscrite dans un établissement de formation. En outre, si la requérante n'a pas validé sa formation " Licence Ressources humaines ", c'est uniquement en raison de ses difficultés administratives qui demeurent sans lien avec le sérieux et l'assiduité dans la poursuite de ses études. Enfin, il ressort des pièces du dossier que le diplôme produit par la requérante à l'appui de sa demande de titre de séjour, le 10 août 2021, ne constitue à l'évidence pas un faux document transmis dans le but d'obtenir indûment un titre de séjour mais une erreur grossière de l'intéressée qui a produit un diplôme " fantaisiste " destiné à être utilisé dans sa sphère personnelle. Dans ces conditions, la requérante est fondée à soutenir qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de Meurthe-et-Moselle a inexactement apprécié sa situation.

14. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme D est fondée à demander l'annulation de la décision du 19 mai 2022 du préfet de Meurthe-et-Moselle en tant qu'elle refuse de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " ainsi que, par voie de conséquence, les décisions lui faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant son pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

15. Eu égard à ce qui a été dit au point 8 ci-dessus, le présent jugement n'implique pas que le préfet de Meurthe-et-Moselle délivre à la requérante une carte de séjour pluriannuelle. Toutefois, eu égard au motif d'annulation de l'arrêté attaqué retenu au point 13 du présent jugement et alors qu'il ne résulte pas de l'instruction que des éléments de fait ou de droit nouveaux justifieraient que l'autorité administrative oppose une nouvelle décision de refus, le présent jugement implique nécessairement que cette autorité délivre à Mme D une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant ". Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de délivrer ce titre dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et, dans cette attente, de lui délivrer immédiatement, en application de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une autorisation provisoire de séjour. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a toutefois pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais de l'instance :

16. Mme D a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Coche-Mainente, avocate de Mme D, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Coche-Mainente de la somme de 1 500 euros.

DÉCIDE :

Article 1er : L'arrêté du 19 mai 2022 du préfet de Meurthe-et-Moselle est annulé en tant qu'il rejette la demande de carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " présentée par Mme D et lui fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant son pays de destination.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Meurthe-et-Moselle de délivrer à Mme D une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et, immédiatement, une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L'Etat versera à Me Coche-Mainente, avocate de Mme D, une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Coche-Mainente renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D et au préfet de Meurthe-et-Moselle.

Copie en sera adressée, pour information, au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 8 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Di Candia, président,

- Mme Cabecas, conseillère,

- Mme Fabas, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 28 septembre 2022.

La rapporteure,

L. BLe président,

O. Di Candia

La greffière,

L. BourgerLa République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2202056

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