vendredi 22 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2202067 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Boulangé, premier conseiller, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative pour statuer sur les demandes de référés.
Les parties ont été régulièrement averties de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 22 juillet 2022 à 10h30:
- le rapport de M. Boulangé, juge des référés ;
- les observations de Me Jeannot, qui reprend chacun des moyens de la requête, rappelant le parcours des requérants, mettant en avant le fait que Mme E est en attente de délivrance d'une autorisation provisoire de séjour à la suite du jugement du tribunal administratif de Nancy annulant la mesure d'éloignement dont elle faisait l'objet, son conjoint n'ayant quant à lui pas reçu la décision le concernant, évoquant la situation médicale de l'enfant du couple, C suivie dans un établissement hospitalier spécialisé de la région parisienne à la suite d'une intervention cardiaque et pour laquelle une demande de titre de séjour pour raison de santé est toujours en instruction par les services de la préfecture, insistant surtout sur le fait que les griefs faits à la famille quant à son comportement au sein des structures d'accueil restent imprécis, mais surtout qu'ils ne concernent pas les enfants qui n'ont pas à subir les conséquences du comportement de leur père, insistant sur le fait que la famille prend désormais l'engagement d'avoir un comportement respectueux, y compris par une scolarisation stable des enfants, faisant observer que la famille n'a jamais fait l'objet d'une expulsion,
- et les observations de Mme B, représentant le préfet de Meurthe-et-Moselle qui reprend les éléments du mémoire en défense, en insistant notamment sur les difficultés posées par la famille tant au niveau des hébergements au titre de l'asile que ceux d'urgence, à travers un comportement totalement inapproprié, relevant que la famille à plusieurs reprises et très récemment encore a quitté sans prévenir les hébergements mis à sa disposition, laissant penser qu'elle bénéficie par ailleurs d'autres possibilités d'hébergement, faisant observer que le grief d'un comportement inapproprié n'est pas sérieusement contesté à la barre et notant par ailleurs que les structures d'hébergement d'urgence sont actuellement saturées, tandis qu'elle note que l'état de santé de C est parfaitement stabilisé.
La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 11h30.
Considérant ce qui suit :
Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :
1. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
2. En raison de l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête susvisée, il y a lieu en application de l'article 20 précité de la loi du 10 juillet 1991, d'admettre Mme E et M. F au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les autres conclusions :
3. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".
4. L'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles prévoit que, dans chaque département, est mis en place, sous l'autorité du préfet " un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse " et l'article L. 345-2-2 du même code précise que " toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique et sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence () ".
5. Il appartient aux autorités de l'Etat de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique ou sociale. Une carence caractérisée dans l'accomplissement de cette tâche peut faire apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour la personne intéressée. Il incombe au juge des référés d'apprécier dans chaque cas les diligences accomplies par l'administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l'âge, de l'état de la santé et de la situation de famille de la personne intéressée.
6. Il ressort des pièces du dossier que la famille G, à l'issue du rejet de sa demande d'asile pour laquelle elle jouissait d'un hébergement à ce titre, a bénéficié d'un hébergement d'urgence à compter du 25 novembre 2020 jusqu'à la date récente du 4 juin 2022, date à laquelle elle a quitté les lieux sans explication. Par ailleurs, il n'est pas sérieusement contesté, quand bien même aucune mesure d'expulsion n'aurait été prononcée par l'autorité administrative, que pendant son hébergement du 25 novembre 2020 jusqu'à son départ précipité le 4 juin 2022, la famille, dans deux structures d'hébergement successives, s'est distinguée par un comportement inapproprié qui n'est pas sérieusement contesté, à savoir, détérioration de matériels et de locaux, défaut d'entretien, problèmes relationnels, agressivité, refus de se soumettre au test Covid-19. Si les requérants se prévalent de l'état de santé de leur fille C, les pièces produites attestent seulement d'une hospitalisation pour une intervention cardiaque réalisée au cours du mois de juin 2021 et d'un suivi en consultation spécialisée dans un établissement hospitalier parisien au cours du mois de janvier 2022. Il ressort ainsi des pièces du dossier, d'une part, que l'état de santé de C est stabilisé et qu'elle fait l'objet d'un suivi médical spécialisé, que, d'autre part, la famille de son propre chef et sans explication a quitté précipitamment le logement mis à sa disposition le 4 juin 2022, soit à une date très récente, que par ailleurs, eu égard également aux conditions d'occupation des logements successifs mis à la disposition des intéressés, il n'est pas établi que leur situation doit, à la date de la présente ordonnance, être regardée comme prioritaire par rapport aux autres familles dans la même situation qu'eux au regard des moyens dont dispose le préfet pour accueillir l'ensemble des personnes susceptibles de prétendre à un hébergement d'urgence, qu'il ressort enfin des déclarations à la barre que les requérants disposent de membres de leur famille en région parisienne, notamment la mère de Mme E. Dans ces conditions, l'absence de prise en charge au titre de l'hébergement d'urgence de la famille G ne saurait révéler une carence caractérisée de l'Etat dans la mission lui incombant pour garantir le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par les articles L. 345-2-2 et 3 du code de l'action sociale et des familles ou porter une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale, y compris au regard du principe de dignité humaine, de l'intérêt supérieur de l'enfant et de l'article 3-1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'urgence, que les autres conclusions de la requête doivent être rejetées, y compris celles au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
O R D O N N E:
Article 1er : Mme E et M. F sont admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D E, à M. A F et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée au préfet de Meurthe-et-Moselle.
Fait à Nancy, le 22 juillet 2022.
Le juge des référés,
P. Boulangé
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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