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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2202098

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2202098

mardi 2 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2202098
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantSELARL COSSALTER & DE ZOLT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 juillet 2022, M. A B, représenté par Me Roth, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suppression de l'arrêté du 18 mars 2022 par lequel le maire de la commune de Val de Briey lui a infligé une sanction de révocation ;

2°) d'ordonner le versement immédiat de l'indemnité représentative de la perte des revenus de remplacement depuis le 11 avril 2022 ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Val de Briey le versement de la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il y a urgence à suspendre l'exécution de la décision attaquée dès lors que sa révocation entraîne la disparition de sa rémunération et qu'il ne perçoit aucun revenu de remplacement malgré son inscription à Pôle Emploi et alors que son épouse est en congé de longue maladie ;

- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée :

- le conseil de discipline n'était pas impartiale puisqu'y a siégé un membre ayant déjà eu à connaître de la situation ;

- le procès-verbal du conseil de discipline ne fait pas état de ses observations en méconnaissance des droits de la défense ;

- la décision en litige procède du harcèlement moral dont il est la victime ;

- la faute qui lui est reprochée n'est pas établie ;

- la sanction de révocation est disproportionnée et procède d'un détournement de pouvoir.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 juillet 2022, la commune de Val de Briey, représentée par Me Couronne, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de M. B le versement de la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Kohler, première conseillère, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative pour statuer sur les demandes de référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 2 août 2022 à 11h00 :

- le rapport de Mme Kohler, juge des référés,

- les observations de Me Ait Ali Slimane substituant Me Roth et représentant M. B également présent, qui reprend les faits, conclusions et moyens de la requête,

- et les observations de Me Barbier-Renard, représentant la commune de Val de Briey qui reprend les conclusions et moyens du mémoire en défense.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique du 2 août 2022, à 11h34.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, agent de maîtrise principal au sein de la commune de Briey, a fait l'objet d'une sanction d'exclusion de fonctions pendant une durée de deux ans à l'issue de laquelle il a été réintégré sur . Son comportement ayant à nouveau posé problème, il a fait l'objet d'une nouvelle procédure disciplinaire à l'issue de laquelle le maire de la commune de Briey a prononcé sa révocation par un arrêté du 18 mars 2022. Si M. B demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suppression de cet arrêté, il ne peut être regardé, compte tenu, d'une part, de la teneur de ses écritures qui mentionnent les conditions d'urgence et d'existence d'un moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de cette décision et, d'autre part, de l'introduction d'une requête distincte, en mai 2022, tendant à l'annulation de l'arrêté du 18 mars 2022, que comme demandant la suspension de l'exécution de cet arrêté.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

4. En l'espèce, pour justifier de l'urgence, M. B invoque les conséquences de la décision en litige sur sa situation financière et fait valoir qu'il ne perçoit aucun revenu de remplacement et que son épouse, qui est congé de longue maladie, ne perçoit qu'un demi-traitement. Il résulte toutefois de l'instruction que si, dans un premier temps, aucun revenu de remplacement n'a été versé à l'intéressé, la commune a procédé au mandatement des indemnités chômages à titre rétroactif le 26 juillet 2022 dès qu'elle a reçu l'attestation correspondante de Pôle Emploi et que les démarches ont été initiées pour le versement régulier à venir de ces indemnités lors de la mise à jour de sa situation par M. B. Par ailleurs, si M. B soutient que les seuls revenus de son épouse ne permettent pas au couple de faire face à ses charges, il n'en justifie pas. Enfin, à supposer même que M. B apporte des éléments de nature à justifier que la décision prononçant sa révocation affecte de manière suffisamment grave et immédiate sa situation, eu égard aux faits qui lui sont reprochés et notamment son attitude vis-à-vis des tâches qui lui sont confiées et la dégradation des conditions de travail au sein du service, qui lui est rendue imputable par la quasi-totalité de ses collègues et qui n'est pas utilement remise en cause par les seules dénégations de l'intéressé, la suspension de la mesure attaquée risque, en cas de réintégration, de compromettre le bon fonctionnement du service, quel que soit le poste sur lequel cet agent serait affecté au sein des services techniques de la commune. Dans ces conditions, la condition d'urgence posée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme remplie.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition tenant à l'existence d'un moyen de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, que la requête de M. B doit être rejetée en toutes ses conclusions.

6. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de M. B le versement de la somme que demande la commune de Val de Briey au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

ORDONNE

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Val de Briey sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et à la commune de Val de Briey.

Fait à Nancy, le 2 août 2022.

La juge des référés,

J. Kohler

La République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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