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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2202199

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2202199

jeudi 3 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2202199
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 1
Avocat requérantFOURNIER

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête enregistrée le 16 mai 2022 sous le n° 2201396, M. A C, représenté par Me Fournier, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a implicitement refusé de lui délivrer le titre de séjour d'un an qu'il a sollicité le 19 janvier 2022 ;

2°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer une carte de séjour d'un an portant la mention " vie privée et familiale " l'autorisant à exercer une activité professionnelle, à titre subsidiaire, de lui délivrer une carte de séjour d'un an portant la mention " salarié " ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision méconnaît les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

La procédure a été communiquée au préfet de Meurthe-et-Moselle qui n'a pas présenté de mémoire en défense.

II. Par une requête enregistrée le 28 juillet 2022 sous le n° 2202199, M. A C, représenté par Me Fournier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 juillet 2022 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer une carte de séjour d'un an portant la mention " vie privée et familiale " l'autorisant à exercer une activité professionnelle ou pour tout autre motif, à titre subsidiaire, de lui délivrer une carte de séjour d'un an portant la mention " salarié ", à titre infiniment subsidiaire, de lui délivrer une carte de séjour au titre du regroupement familial ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision méconnaît les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 434-2 et suivant du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Par un mémoire en défense enregistré le 28 septembre 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant turc né le 10 septembre 1975, est entré en France en 2016, sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa de court séjour délivré par les autorités consulaires allemandes en Turquie. Par un jugement du 15 mars 2018, le tribunal administratif de Nancy a annulé l'arrêté du 14 novembre 2017 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de délivrer un titre de séjour à M. C et l'a obligé à quitter le territoire français. En exécution de l'injonction prononcée par ce jugement, le préfet a délivré à l'intéressé une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", valable du 9 avril 2018 au 11 avril 2019. Par un arrêt du 27 décembre 2018, la cour administrative d'appel de Nancy a annulé ce jugement et rejeté la demande de M. C tendant à l'annulation de l'arrêté du 14 novembre 2017. Par un arrêté du 3 avril 2019, le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer une carte de séjour temporaire et l'a obligé à quitter le territoire français à destination de son pays d'origine dans un délai de trente jours. Le recours de M. C contre cet arrêté a été rejeté par un jugement du tribunal administratif de Nancy du 9 juillet 2019 et un arrêt de la cour administrative d'appel de Nancy du 29 septembre 2020. L'intéressé a de nouveau sollicité un titre de séjour par un courrier du 19 janvier 2022 reçu le 31 janvier 2022, demande que le préfet de Meurthe-et-Moselle a rejetée par une décision du 13 juillet 2022. Par les requêtes susvisées qu'il y a lieu de joindre pour statuer par un même jugement, M. C demande l'annulation du rejet implicite intervenu quatre mois après sa demande du 19 janvier 2022 ainsi que l'annulation de la décision du 13 juillet 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, si le silence gardé par l'administration sur une demande de titre de séjour fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite ou non à une demande de communication des motifs de la décision implicite présentée en application des dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, se substitue à la première décision. Il en résulte que des conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde et que, dès lors, celle-ci ne peut être utilement contestée au motif que l'administration aurait méconnu ces dispositions en ne communiquant pas au requérant les motifs de sa décision implicite dans le délai d'un mois qu'elles lui impartissent.

3. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. C tendant à l'annulation de la décision implicite par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer le certificat de résidence marocain portant la mention " vie privée et familiale " qu'il avait sollicité le 19 janvier 2022 doit être regardée comme dirigée contre la décision du 13 juillet 2022 par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a expressément rejeté sa demande.

4. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. Il ressort des pièces des dossiers que M. C a épousé le 27 juin 2016 en Turquie, une compatriote, Mme B qui séjourne en France depuis 1996, est titulaire d'une carte de résident valable jusqu'au 15 mai 2027 et est mère de quatre enfants de nationalité française. M. C est entré en France le 27 septembre 2016 sous couvert d'un visa de court séjour délivré par les autorités allemandes en Turquie pour rejoindre son épouse. Il ressort des pièces du dossier que Mme C a employé son époux en qualité de chef cuisinier au sein de son restaurant et que le requérant a établi des relations amicales dans le cadre de son activité de restaurateur. Par ailleurs, si le couple est sans enfant commun, il ressort des pièces du dossier que M. C a noué des liens affectifs avec les enfants de son épouse et que le couple a suivi un traitement d'aide à la procréation en Belgique en novembre 2021. Dans ces conditions, la décision attaquée a porté au droit au respect de la vie familiale de M. C une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et a, ainsi, méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision du 13 juillet 2022 par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de délivrer un titre de séjour à M. C doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

7. Compte tenu du motif d'annulation de la décision attaquée, et sous réserve d'un changement de circonstance de fait, le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au préfet de Meurthe-et-Moselle de délivrer à M. C un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " valable un an dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés à l'instance :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. C et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er :La décision du 13 juillet 2022 du préfet de Meurthe-et-Moselle est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Meurthe-et-Moselle de délivrer à M. C une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " valable un an dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Article 3 : L'État versera à M. C une somme de 1 000 (mille) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de Meurthe-et-Moselle.

Copie en sera adressée, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience publique du 4 octobre 2022 à laquelle siégeaient :

M. Coudert, président,

Mme Grandjean, première conseillère,

M. Gottlieb, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 novembre 2022.

La rapporteure,

G. D Le président,

B. Coudert

La greffière,

I. Varlet

La République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2201396,

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