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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2202216

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2202216

lundi 30 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2202216
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 1
Avocat requérantSELARL CL AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 juillet 2022 et un mémoire enregistré le 6 juin 2024, M. D A et Mme C B épouse A, représentés par Me Joffroy, demandent au tribunal :

1°) d'ordonner une expertise avant dire droit afin de déterminer la limite entre leur propriété et le domaine public ;

2°) d'annuler l'arrêté du 30 mai 2022 par lequel le maire de la commune de Ville-en-Vermois a délimité le domaine public communal ;

3°) d'annuler l'arrêté du 15 juin 2022 par lequel le maire de la commune de Ville-en-Vermois les a autorisés à occuper le domaine public.

Ils soutiennent que :

- la délimitation contestée remet en cause des bornages anciens sans justification, leur parcelle ayant été délimitée il y a fort longtemps au moment de la création du lotissement dont elle fait partie ;

- ils n'ont pas donné leur accord à la mise en œuvre d'une autorisation temporaire du domaine public communal ;

- une expertise est nécessaire au regard des analyses contradictoires entre les anciens procès-verbaux de délimitation et le plan de bornage arrêté le 20 avril 2022.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 juin 2023, la commune de Ville-en-Vermois, représentée par Me Conti, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de M. et Mme A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens présentés par M. et Mme A ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal était susceptible de relever d'office le moyen tiré de la méconnaissance, par les arrêtés attaqués, du champ d'application de la loi, notamment des articles L. 112-1 et L. 112-5 du code de la voirie routière, dès lors que la voie " Chemin de Fléville à Saint-Nicolas-de-Port " est un chemin rural et ne fait pas partie des voies communales, à défaut pour la commune de justifier de l'acte de classement de cette voie de circulation.

Des observations ont été présentées en réponse à ce moyen d'ordre public pour la commune de Ville-en-Vermois par un mémoire enregistré le 28 novembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code rural et de la pêche maritime ;

- le code de la voirie routière ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Jouguet, rapporteure,

- les conclusions de M. Gottlieb, rapporteur public,

- et les observations de Me Dartois, substituant Me Conti, représentant la commune de Ville-en-Vermois.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme A sont propriétaires d'une maison d'habitation et d'un jardin sur une parcelle cadastrée section C n° 123 à Ville-en-Vermois (Meurthe-et-Moselle). Par un arrêté n° 32/2022 du 30 mai 2022, le maire de la commune de Ville-en-Vermois a procédé à la délimitation du domaine public communal par rapport aux parcelles cadastrées section C n° 161, n° 123, n° 124 et n° 84. Par un second arrêté n° 37/2022 du 15 juin 2022, il a autorisé les époux A à occuper le domaine public de par la construction d'un mur existant depuis la construction sur les parcelles cadastrées section C n° 123 et n° 161 situées chemin de Fléville à Saint-Nicolas- de-Port. Par la requête susvisée, les époux A demandent, avant dire droit, qu'il soit ordonné une expertise afin de déterminer la limite entre leur propriété et le domaine public, ainsi que l'annulation des arrêtés du 30 mai 2022 et du 15 juin 2022.

Sur la recevabilité des conclusions dirigées contre l'arrêté du 15 juin 2022 :

2. La commune de Ville-en-Vermois fait valoir que les époux A ne sont pas recevables à contester l'arrêté du 15 juin 2022, dès lors que celui-ci ne leur fait pas grief puisqu'il leur accorde une autorisation d'occupation du domaine public sans contrepartie financière. Contrairement à ce que soutient la commune, il ne ressort toutefois d'aucune pièce du dossier que les époux A ont sollicité une telle autorisation. En outre, celle-ci pouvant être suspendue ou retirée à tout moment par la commune sans préavis ni indemnité, elle ne peut être qualifiée de décision favorable ne faisant pas grief. Dans ces conditions, la fin de non-recevoir opposée par la commune de Ville-en-Vermois doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 112-1 du code de la voirie routière : " L'alignement est la détermination par l'autorité administrative de la limite du domaine public routier au droit des propriétés riveraines. Il est fixé soit par un plan d'alignement, soit par un alignement individuel. () / L'alignement individuel est délivré au propriétaire conformément au plan d'alignement s'il en existe un. En l'absence d'un tel plan, il constate la limite de la voie publique au droit de la propriété riveraine ". Aux termes de l'article L. 141-1 du même code : " Les voies qui font partie du domaine public routier communal sont dénommées voies communales. () ". Aux termes de l'article L. 141-3 du même code : " Le classement et le déclassement des voies communales sont prononcés par le conseil municipal. () ". Aux termes de l'article L. 161-1 du même code : " Les chemins ruraux appartiennent au domaine privé de la commune. Ils sont affectés à la circulation publique et soumis aux dispositions du chapitre Ier du titre II du livre Ier du code rural et de la pêche maritime ".

4. Aux termes de l'article L. 161-1 du code rural et de la pêche maritime : " Les chemins ruraux sont les chemins appartenant aux communes, affectés à l'usage du public, qui n'ont pas été classés comme voies communales. Ils font partie du domaine privé de la commune ". Aux termes de l'article D. 161-12 du même code : " Les limites assignées aux chemins ruraux sont fixées, soit par le plan parcellaire annexé à la délibération du conseil municipal portant ouverture ou modification des emprises du chemin, soit par la procédure du bornage. / Elles peuvent être, à titre individuel, constatées par un certificat de bornage délivré par le maire en la forme d'arrêté à toute personne qui en fait la demande, sans préjudice des droits des tiers. / A défaut de plans ou de bornes, le maire peut, sous réserve des dispositions de l'article D. 161-13, délivrer le certificat de bornage au vu des limites de fait telles qu'elles résultent de la situation des lieux ou qu'elles peuvent être établies par tous moyens de preuve de droit commun. / Aucune construction, reconstruction ou installation de mur ou clôture ne peut être effectuée à la limite des chemins ruraux sans que ce certificat ait été préalablement demandé ". Aux termes de l'article D. 161-13 du même code : " Lorsqu'il n'existe pas de titres, de bornes ou de documents permettant de connaître les limites exactes d'un chemin rural au droit des propriétés riveraines ou qu'une contestation s'élève à ce sujet, il peut être procédé à l'initiative de la partie la plus diligente à une délimitation à l'amiable conformément aux prescriptions de l'article 646 du code civil. / Le géomètre expert désigné dresse, à l'issue de l'opération, un procès-verbal de bornage et, si l'une des parties en fait la demande, des bornes sont plantées aux emplacements choisis ; la délimitation et l'établissement de bornes se font à frais communs sauf convention expresse de répartition différente des charges. / Si l'accord ne se réalise pas ou si la délimitation ne peut être effectuée par suite du refus, de l'incapacité juridique ou de l'absence des intéressés, une action en bornage peut être intentée devant le tribunal judiciaire de la situation du lieu ; l'action ne peut être intentée par le maire que sur autorisation du conseil municipal ".

5. D'une part, l'arrêté contesté établi le 30 mai 2022 par le maire de la commune de Ville-en-Vermois, qualifie le " chemin de Fléville à Saint-Nicolas-de-Port " de voie communale en son article premier, et précise qu'il a pour but de fixer les limites du domaine public. Par un courrier du 28 octobre 2024, le tribunal a demandé à la commune de produire, s'il existe, l'acte par lequel le chemin rural en question, se trouvant au droit de la parcelle des époux A, a été classé parmi les voies communales. Toutefois, en se bornant à établir la cession à son profit des parcelles correspondant aux voiries et réseaux du lotissement " Clos Cardinal ", ainsi que le classement en voie communale du chemin situé depuis l'extrémité Est du chemin de Fléville jusqu'à l'angle sud de la parcelle cadastrée C n° 158, soit l'actuelle rue du clos cardinal, la commune de Ville-en-Vermois ne justifie pas, par les documents qu'elle produit en cours d'instance, le classement du chemin de Fléville à Saint-Nicolas-de-Port en voie communale. Il s'en suit que ce chemin doit être regardé comme un chemin rural appartenant au domaine privé de la commune, soumis aux dispositions du code rural et de la pêche maritime. Par suite, alors qu'il résulte des dispositions de l'article L. 112-1 du code de la voirie routière que des arrêtés d'alignement individuel ne peuvent être dressés que pour constater les limites du domaine public routier, l'arrêté du 30 mai 2022 méconnaît le champ d'application de la loi.

6. D'autre part, l'arrêté contesté établi le 15 juin 2022 par le maire de la commune de Ville-en-Vermois, qualifie le " chemin de Fléville à Saint-Nicolas-de-Port " de domaine public en son article premier, et précise qu'il a pour but d'autoriser les époux A à occuper celui-ci par l'octroi d'une permission de voirie. Comme il a été précisé précédemment, le chemin en litige doit être regardé comme un chemin rural appartenant au domaine privé de la commune, qui ne peut faire l'objet d'une permission de voirie, susceptible d'être accordée en cas d'empiètement sur le domaine public.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit utile d'ordonner une expertise ni besoin de de se prononcer sur les moyens de la requête, que les arrêtés établis par le maire de la commune de Ville-en-Vermois le 30 mai 2022 et le 15 juin 2022 doivent être annulés.

Sur les frais d'instance :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. et Mme A, qui ne sont pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par la commune de Ville-en-Vermois au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er :L'arrêté du 30 mai 2022 et l'arrêté du 15 juin 2022 sont annulés.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Ville-en-Vermois présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et à Mme C B épouse A et à la commune de Ville-en-Vermois.

Délibéré après l'audience du 10 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Coudert, président,

Mme Milin-Rance, première conseillère,

Mme Jouguet, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 décembre 2024.

La rapporteure,

A. JouguetLe président,

B. Coudert

La greffière,

A. Mathieu

La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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