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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2202220

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2202220

mardi 4 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2202220
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 1
Avocat requérantCOCHE-MAINENTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er août 2022, M. C A, représenté par Me Coche-Mainente, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 mai 2022 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté en litige est entaché d'incompétence ;

- la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour, qui ne vise pas la convention franco-ivoirienne du 21 septembre 1992, n'est pas motivée ;

- le préfet de Meurthe-et-Moselle a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle et a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour qui la fonde ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de renvoi est dépourvue de base légale dès lors qu'elle est fondée sur une obligation de quitter le territoire français illégale ;

- cette décision n'est pas suffisamment motivée.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 septembre 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Côte d'Ivoire relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Abidjan le 21 septembre 1992 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant ivoirien né à Adzope (Côte d'Ivoire) le 30 mars 1994, soutient être entré irrégulièrement en France le 11 janvier 2017. Il a sollicité le 21 octobre 2021 la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Par arrêté du 25 mai 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office. M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

2. En premier lieu, M. Julien Le Goff, secrétaire général de la préfecture, a légalement pu signer l'arrêté litigieux en vertu d'une délégation de signature que le préfet de Meurthe-et-Moselle lui a consentie par arrêté du 8 septembre 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du lendemain, qui n'était pas conditionnée par l'empêchement du délégant. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige ne peut qu'être écarté.

3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A a sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " à la suite du pacte civil de solidarité qu'il a conclu le 12 octobre 2020 avec une ressortissante française. Il résulte de l'examen de la convention franco-ivoirienne du 21 septembre 1992 que celle-ci ne comporte aucune stipulation relative à une telle demande de titre de séjour. Par suite, contrairement à ce que soutient M. A, la circonstance que l'arrêté litigieux du préfet de Meurthe-et-Moselle ne vise pas cette convention ne saurait l'entacher d'une insuffisance de motivation en droit, le préfet ayant mentionné les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pertinentes pour examiner la demande du requérant. L'arrêté comportant par ailleurs l'énoncé des considérations de fait qui en constituent le fondement, le moyen tiré de son insuffisante motivation doit par suite être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré en France, selon ses dires, le 11 janvier 2017, qu'il soutient avoir noué au cours de l'année 2018 une relation amoureuse avec une ressortissante française avec qui il justifie d'une vie commune depuis avril 2019 et avec laquelle il a conclu le 12 octobre 2020 un pacte civil de solidarité. Toutefois, eu égard notamment à la durée de la présence en France de M. A et de la communauté de vie avec sa partenaire française, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de Meurthe-et-Moselle aurait, en refusant de lui délivrer un titre de séjour, porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, nonobstant la circonstance que le requérant est investi au sein de la communauté religieuse de la cathédrale de Nancy et y exerce des fonctions de bénévole au sein de l'équipe d'accueil. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

6. En quatrième lieu, il résulte de ce qui précède que M. A n'établit pas que la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour qui lui a été opposée est illégale. Dès lors, l'exception d'illégalité de cette décision, soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français, n'est pas fondée et doit être rejetée.

7. En cinquième lieu, pour les mêmes motifs de fait que ceux énoncés au point 5 du présent jugement, le moyen tiré de ce que la décision faisant obligation à M. A de quitter le territoire français méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

8. En sixième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, eu égard notamment aux éléments de fait mentionnés au point 5, que la mesure d'éloignement prise par le préfet de Meurthe-et-Moselle à l'encontre de M. A serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle.

9. En septième lieu, l'arrêté litigieux comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui fondent la décision par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a fixé le pays à destination duquel M. A est susceptible d'être renvoyé d'office. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit, par suite, être écarté.

10. En dernier lieu, il résulte de ce qui précède que M. A n'établit pas que la décision portant obligation de quitter le territoire français prise à son encontre est illégale. Dès lors, l'exception d'illégalité de cette décision, soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de renvoi, n'est pas fondée et doit être rejetée.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté attaqué ne peuvent qu'être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et des conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de Meurthe-et-Moselle.

Copie en sera adressée, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 13 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Coudert, président,

Mme Grandjean, première conseillère,

M. Gottlieb, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2022.

Le président-rapporteur,

B. B

L'assesseure la plus ancienne,

G. Grandjean

La greffière,

I. Varlet

La République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2202220

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