mardi 10 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2202257 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 1 |
Vu les procédures suivantes :
I - Par une requête enregistrée le 21 juin 2022 sous le n°2201738, et un mémoire complémentaire enregistré le 3 octobre 2022, M. C A demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 25 novembre 2021 par lequel le président du conseil d'administration du service départemental d'incendie et de secours (SDIS) de la Meuse a prononcé sa cessation d'activité à compter du 15 octobre 2021, ensemble la décision implicite de rejet née du silence gardé par le président du conseil d'administration du SDIS sur son recours gracieux du 8 avril 2022 ;
2°) d'enjoindre au président du conseil d'administration du SDIS de la Meuse de le réintégrer ;
3°) de mettre à la charge du SDIS de la Meuse la somme de 150 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- sa requête n'est pas tardive ;
- l'arrêté lui fait grief ;
- l'arrêté méconnait les dispositions des articles R. 723-52, R. 723-54 et R. 722-55 du code de la sécurité intérieure dès lors qu'il n'a pas formulé le souhait de résilier son engagement ;
- la demande prise en compte par le SDIS n'exprimait pas une volonté non équivoque de démissionner ;
- l'arrêté est intervenu à l'issue d'une procédure viciée, en l'absence de saisine du comité consultatif départemental des sapeurs-pompiers volontaires, telle qu'exigée par l'article R. 723-73 du code de la sécurité intérieure ;
- il est illégal en ce qu'il présente un caractère rétroactif ;
- il est insuffisamment motivé.
Par un mémoire en défense enregistré le 16 septembre 2022, le SDIS de la Meuse conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 150 euros soit mise à la charge de M. A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable en raison, d'une part, de sa tardiveté, et, d'autre part, de l'absence d'intérêt pour agir de M. A ;
- les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
II - Par une requête enregistrée le 3 août 2022 sous le n° 2202257, et un mémoire complémentaire enregistré le 18 octobre 2022, M. C A demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 29 mars 2022 par lequel le président du conseil d'administration du SDIS de la Meuse l'a nommé à l'honorariat avec maintien dans le grade d'adjudant-chef à compter du 28 mars 2022, ensemble la décision implicite de rejet née du silence gardé par le président du conseil d'administration du SDIS sur son recours gracieux du 29 avril 2022 ;
2°) d'enjoindre au président du conseil d'administration du SDIS de la Meuse de le réintégrer ;
3°) de mettre à la charge du SDIS de la Meuse la somme de 150 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté se fonde sur un arrêté lui-même illégal et doit être annulé par voie de conséquence ;
- l'article R. 723-61 du code de la sécurité intérieure ne lui est pas opposable, dès lors qu'il n'était âgé que de quarante-sept ans au jour de l'arrêté et qu'il n'a jamais formulé le souhait de résilier son engagement ;
- l'arrêté est illégal en ce qu'il présente un caractère rétroactif ;
- il est entaché d'une erreur d'appréciation de sa manière de servir comme sapeur-pompier volontaire.
Par un mémoire en défense enregistré le 5 octobre 2022, le SDIS de la Meuse conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 150 euros soit mise à la charge de M. A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Jouguet, rapporteure,
- les conclusions de M. Gottlieb, rapporteur public,
- les observations de M. A,
- et les observations de Mme B, représentant le SDIS de la Meuse.
Considérant ce qui suit :
1. M. A est engagé comme sapeur-pompier volontaire au centre de secours de Ligny-en-Barrois (Meuse) depuis le 7 décembre 2000. Par un arrêté du 25 novembre 2021, le président du conseil d'administration du SDIS de la Meuse a prononcé sa cessation d'activité à compter du 15 octobre 2021. Par un second arrêté du 29 mars 2022, le président du conseil d'administration du SDIS de la Meuse l'a nommé à l'honorariat avec maintien dans le grade d'adjudant-chef à compter du 28 mars 2022. Par deux courriers du 7 avril 2022, réceptionné le 8 avril 2022, et du 29 avril 2022, réceptionné le 2 mai 2022, M. A a formé un recours gracieux à l'encontre de chacun de ces arrêtés, auxquels le SDIS de la Meuse n'a pas répondu. Par les deux requêtes susvisées, qu'il y a lieu de joindre pour statuer par un seul jugement dès lors qu'elles présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune,
M. A demande l'annulation des arrêtés du 25 novembre 2021 et du 29 mars 2022 ainsi que les décisions implicites nées du silence gardé par le SDIS de la Meuse sur ses recours gracieux.
Sur la fin de non-recevoir opposée par le SDIS de la Meuse dans l'instance n° 2201738 :
2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée ". Aux termes de l'article R. 421-5 du même code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ". Aux termes de l'article L. 410-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Pour l'application du présent titre, on entend par : () / 2° Recours gracieux : le recours administratif adressé à l'administration qui a pris la décision contestée () ". Aux termes de l'article L. 411-2 du même code : " Toute décision administrative peut faire l'objet, dans le délai imparti pour l'introduction d'un recours contentieux, d'un recours gracieux ou hiérarchique qui interrompt le cours de ce délai. / Lorsque dans le délai initial du recours contentieux ouvert à l'encontre de la décision, sont exercés contre cette décision un recours gracieux et un recours hiérarchique, le délai du recours contentieux, prorogé par l'exercice de ces recours administratifs, ne recommence à courir à l'égard de la décision initiale que lorsqu'ils ont été l'un et l'autre rejetés ". Aux termes de l'article L. 231-4 de ce même code : " () le silence gardé par l'administration pendant deux mois vaut décision de rejet : / () 5° Dans les relations entre l'administration et ses agents ".
3. Par l'arrêté contesté du 25 novembre 2021, qui comporte la mention des voies et délais de recours, le président du conseil d'administration du SDIS de la Meuse a prononcé la cessation d'activité de M. A à compter du 15 octobre 2021. Le SDIS de la Meuse fait valoir que M. A a eu connaissance acquise de cet arrêté le 23 décembre 2021, date à laquelle il a envoyé un courriel au président du conseil d'administration précisant que le chef du centre de secours lui avait déposé son arrêté de cessation d'activité dans une fente de son casier et en joignant une photographie de celui-ci. Ce courriel ainsi que la photographie jointe ont fait l'objet d'un constat d'huissier en date du 12 septembre 2022. Si M. A soutient que la date de la remise de son arrêté ne peut être établie, il ne conteste pas avoir eu connaissance de celui-ci au jour du courriel précité. Dans ces conditions, M. A doit être regardé comme ayant eu connaissance acquise de l'arrêté du 25 novembre 2021 au plus tard le 23 décembre 2021, lequel pouvait dès lors être contesté jusqu'au 24 février 2022. Il suit de là que le recours gracieux formé par le requérant le 7 avril 2022, notifié le 8 avril 2022 au SDIS de la Meuse, n'a pas eu pour effet d'interrompre le cours du délai de recours contentieux, faute d'avoir été introduit dans le délai imparti. Dès lors, la fin de non-recevoir opposée par le SDIS de la Meuse doit être accueillie. Il suit de là que la requête formée par M. A à l'encontre de l'arrêté du 25 novembre 2021 ainsi que de la décision implicite de rejet née du silence gardé par le président du conseil d'administration du SDIS sur son recours gracieux du 8 avril 2022 ne peut qu'être rejetée.
Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté de nomination à l'honorariat du 29 mars 2022 :
4. Aux termes de l'article R. 723-52 du code de la sécurité intérieure, dans sa version applicable au jour de l'arrêté attaqué : " Sous réserve des troisième et quatrième alinéas, l'engagement du sapeur-pompier volontaire prend fin de plein droit lorsque l'intéressé atteint l'âge de soixante ans. / Toutefois, le sapeur-pompier volontaire peut demander à cesser son activité à partir de cinquante-cinq ans () ". Aux termes de l'article R. 723-55 du même code : " Le sapeur-pompier volontaire qui souhaite résilier son engagement adresse sa démission, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception, à l'autorité de gestion dont il relève. / La résiliation de l'engagement ne prend effet qu'à la date à laquelle la démission est acceptée expressément par l'autorité de gestion. / Si l'autorité de gestion ne s'est pas prononcée dans le délai d'un mois à compter de la réception de la démission, celle-ci est regardée comme acceptée ". Aux termes de l'article R. 723-56 de ce code, dans sa version applicable au jour de l'arrêté attaqué : " Les sapeurs-pompiers volontaires ayant cessé leur activité depuis moins de cinq ans peuvent être réengagés dans une qualification, sous une appellation ou dans un grade identique à celui qu'ils détenaient au moment de la cessation de leurs fonctions, sous réserve de satisfaire aux conditions de santé exigées à l'article R. 723-7 ". Aux termes de l'article R. 723-61 de ce code, dans sa version applicable au jour de l'arrêté attaqué : " Tout sapeur-pompier volontaire qui a accompli au moins vingt ans d'activité en cette qualité est nommé sapeur-pompier volontaire honoraire dans le grade immédiatement supérieur à celui qu'il détient au moment de sa cessation définitive d'activité. / Par une décision motivée de l'autorité de gestion, l'honorariat peut être accordé dans le grade détenu pour un motif tiré de la qualité des services rendus. Il ne peut être accordé dans le cas d'une résiliation d'office de l'engagement pour motif disciplinaire prononcée dans les conditions prévues à l'article R. 723-40. / () / La nomination d'un sapeur-pompier volontaire à l'honorariat intervient dans un délai de douze mois à compter de la date de cessation d'activité. / L'honorariat confère le droit de porter dans les cérémonies publiques mentionnées à l'article R. 723-36 et dans les réunions de corps l'uniforme du grade concerné ".
5. Il résulte de ces dispositions qu'un sapeur-pompier volontaire qui a accompli au moins vingt ans d'activité en cette qualité ne peut bénéficier de l'honorariat que lorsqu'il a cessé définitivement son activité, c'est-à-dire au plus tôt lorsqu'il a atteint l'âge de soixante ans. Ainsi la résiliation de son engagement, par le sapeur-pompier volontaire qui n'a pas atteint cet âge, ne relève pas de la cessation définitive de fonctions au sens de l'article R. 723-61 lui permettant de bénéficier de l'honorariat alors même qu'il dispose de l'ancienneté suffisante.
6. M. A, en soutenant que les dispositions précitées de l'article R. 723-61 du code de la sécurité intérieure ne lui sont pas opposables puisqu'il est âgé de quarante-sept ans et qu'il n'a jamais formulé le souhait de résilier son engagement, doit être regardé comme soulevant un moyen tiré de la méconnaissance du champ d'application de la loi. Il ressort des pièces du dossier que M. A, né le 17 novembre 1974, était âgé de quarante-sept ans au jour de l'arrêté attaqué. Il ne pouvait dès lors avoir fait l'objet d'une cessation définitive de son activité de sapeur-pompier volontaire. Il s'ensuit que le président du conseil d'administration du SDIS, en se fondant sur les dispositions de l'article R. 723-61 du code de la sécurité intérieure pour prendre l'arrêté attaqué, a méconnu le champ d'application de la loi.
7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 29 mars 2022 par lequel le président du conseil d'administration du SDIS de la Meuse a nommé M. A à l'honorariat doit être annulé.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. D'une part, le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 25 novembre 2021, n'appelle aucune mesure d'exécution. Il s'ensuit que les conclusions à fin d'injonction présentées dans la requête n° 2201738 doivent être rejetées.
9. D'autre part, l'annulation de l'arrêté du 29 mars 2022 n'implique pas la réintégration de M. A au sein des sapeurs-pompiers volontaires. Dans ces conditions, les conclusions à fin d'injonction présentées dans la requête n° 2202257, qui tendaient à ce qu'il soit enjoint au président du conseil d'administration du SDIS de la Meuse de le réintégrer, doivent être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
10. Il y a lieu de rejeter les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative tant par M. A que par le SDIS de la Meuse, dès lors que les parties ne justifient pas avoir exposé des frais à ce titre.
D E C I D E :
Article 1er :La requête n° 2201738 de M. A est rejetée.
Article 2 : L'arrêté du 29 mars 2022 du président du conseil d'administration du SDIS de la Meuse est annulé.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête n° 2202257 de M. A est rejeté.
Article 4 : Les conclusions du SDIS de la Meuse présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au service départemental d'incendie et de secours de la Meuse.
Délibéré après l'audience du 19 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Coudert, président,
Mme Milin-Rance, première conseillère,
Mme Jouguet, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 décembre 2024.
La rapporteure,
A. JouguetLe président,
B. Coudert
La greffière,
I. Varlet
La République mande et ordonne au préfet de la Meuse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Nos 2201738,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026