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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2202262

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2202262

jeudi 4 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2202262
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 2
Avocat requérantLEBON-MAMOUDY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 août 2022 et des mémoires enregistrés le 21 décembre 2022 et le 10 mars 2023, Mme F A, représentée par Me Lebon-Mamoudy, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 11 février 2022 par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " ;

2°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer sans délai une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " l'autorisant à travailler sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

3°) à défaut, d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de réexaminer sa situation.

4°) en tout état de cause, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au bénéfice de Me Lebon-Mamoudy en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur la légalité externe :

- l'auteur de la décision est incompétent ;

- la décision est entachée d'un défaut de motivation ;

Sur la légalité interne :

- la décision méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision méconnait les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en portant une atteinte disproportionnée à son droit à mener une vie privée et familiale en France par rapport aux buts en vue desquelles elle a été prise.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 octobre 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme E A ne sont pas fondés.

Mme E A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 2 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Marti, président-rapporteur a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E A, ressortissante nigérienne entrée en France le 26 septembre 2017 pour y poursuivre ses études, s'est vu délivrer des titres de séjour en qualité d'étudiante dont le dernier a expiré le 4 novembre 2021. Elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour au titre de l'admission exceptionnelle au séjour mais par décision du 11 février 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle lui a délivré un titre de séjour mention " visiteur " valable jusqu'au 23 février 2023. Mme E A demande au tribunal l'annulation de cette décision en tant que le préfet a refusé de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " l'autorisant à travailler.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, Mme C B, cheffe du bureau du séjour régulier à la préfecture de Meurthe-et-Moselle, a pu légalement signer la décision attaquée en vertu d'une délégation de signature que le préfet de Meurthe-et-Moselle lui a consentie par un arrêté du 29 novembre 2021, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le 30 novembre suivant. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence dont serait entachée la décision attaquée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision en litige comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance " et aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

5. Mme E A soutient qu'elle a transféré en France le centre de ses intérêts privés, en faisant valoir ses efforts d'intégration notamment par l'occupation d'un logement stable, l'exercice d'un emploi rémunéré et ses liens personnels et familiaux, dès lors qu'elle vit en couple avec son compagnon camerounais titulaire d'un titre de séjour en qualité d'étudiant et que de ce couple sont issus un enfant né en France et un enfant à naître. Toutefois, la requérante ne justifie pas d'attaches sur le territoire français en dehors de sa cellule familiale, qui n'a pas vocation à se maintenir en France. Sa durée de présence sur le territoire français est liée à ses études. Le titre de séjour " visiteur " correspond à sa situation et lui ouvre droit au séjour sur le territoire français jusqu'au 23 février 2023 tout comme le titre de séjour " étudiant " délivré à son compagnon. En outre, la demande de titre de séjour déposée par la requérante est une demande de renouvellement d'un titre de séjour au titre d'une " admission exceptionnelle au séjour " or c'est en qualité d'étudiante qu'elle avait été autorisée à séjourner en France. En tout état de cause, la décision en date du 11 février 2022 n'empêche nullement Mme E A de solliciter un changement de statut et la délivrance d'une carte de séjour " salarié " si elle dispose de perspectives d'emploi. Dans ces conditions, en dépit de ses efforts d'intégration, c'est sans méconnaître les stipulations et dispositions susmentionnées que le préfet de Meurthe-et-Moselle a pu refuser de délivrer à Mme E A un titre de séjour mention " vie privée et familiale ".

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 11 février 2022 ainsi que, par conséquent, les conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme E A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme F A, au préfet de Meurthe-et-Moselle et à Me Lebon-Mamoudy.

Délibéré après l'audience publique du 6 avril 2023 à laquelle siégeaient :

M. Marti, président,

M. Durand, premier conseiller,

Mme Marini, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 mai 2023.

Le président-rapporteur,

D. MartiL'assesseur le plus ancien,

F. Durand

La greffière,

M. D

La République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 220226

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