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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2202283

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2202283

vendredi 13 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2202283
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 2
Avocat requérantSCP LAGRANGE - PHILIPPOT- CLEMENT-ZILLIG-VAUTRIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 8 août 2022 et 22 décembre 2022, le groupement forestier de Badonvillois Val-de-Plaine, représenté par Me de Mascureau, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 9 juin 2022 par laquelle le président de la fédération départementale des chasseurs de Meurthe-et-Moselle a fixé, pour la campagne de chasse 2020-2021, son plan individuel de chasse " grand gibier " ;

2°) d'enjoindre au président de la fédération départementale des chasseurs de Meurthe-et-Moselle de prendre un arrêté fixant son plan de chasse " grand gibier " à six bracelets " grands cervidés " pour la campagne 2020-2021, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement ;

3°) de mettre à la charge de la fédération départementale des chasseurs de Meurthe-et-Moselle la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté contesté est entaché d'un vice de procédure en l'absence d'organisation de la réunion des acteurs prévue par le schéma départemental de gestion cynégétique de Meurthe-et-Moselle 2020-2026 ;

- il est entaché d'un vice de procédure en méconnaissance de l'article R. 425-6 du code de l'environnement dès lors que les délais pour solliciter l'avis prévu par ce texte n'a pas été respecté et qu'il ne lui a pas été communiqué ;

- il méconnaît le schéma départemental de gestion cynégétique de Meurthe-et-Moselle 2020-2026 dès lors que le nombre de bracelets " grands cervidés " ne pouvait être abaissé alors qu'il a respecté son plan de chasse individuel pour la campagne 2019-2020 ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation particulière, de l'équilibre agro-sylvo-cynégétique et de sa confusion avec un autre groupement forestier ;

- il est entaché d'un détournement de pouvoir.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 21 septembre 2022 et 23 novembre 2023, la fédération départementale des chasseurs de Meurthe-et-Moselle, représentée par Me Zillig, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge du groupement forestier de Badonvillois Val-de-Plaine au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens soulevés par le groupement forestier de Badonvillois Val-de-Plaine ne sont pas fondés.

Un mémoire a été enregistré le 23 novembre 2023 pour la fédération départementale de chasse de Meurthe-et-Moselle et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Wolff, rapporteure,

- les conclusions de Mme Marini, rapporteure publique,

- et les observations de Me Zillig, représentant la fédération départementale des chasseurs de Meurthe-et-Moselle.

Considérant ce qui suit :

1. Le groupement forestier de Badonvillois Val-de-Plaine est propriétaire d'un massif forestier, d'une superficie de 43 ha 94 a et 31 ca, situé dans le massif cynégétique n° 28 sur le territoire de la commune de Neufmaisons (Meurthe-et-Moselle). Par un arrêté du 10 septembre 2020, le président de la fédération départementale des chasseurs de Meurthe-et-Moselle a fixé, pour la campagne 2020-2021, son plan de chasse individuel à deux bracelets " grands cervidés " en lui attribuant un bracelet CEM1 et un bracelet CEF et en rejetant ses autres demandes. Par une décision du 21 octobre 2020, la même autorité a rejeté son recours formé contre cette décision. Par un jugement n° 2003285 du 17 mai 2022, le tribunal administratif a annulé cette dernière décision et a enjoint au président de la fédération départementale des chasseurs de Meurthe-et-Moselle de réexaminer la demande du groupement dans un délai d'un mois à compter de sa notification. Par un arrêté du 9 juin 2022, le président de la fédération a fixé, pour la campagne de chasse 2020-2021, son plan de chasse individuel en lui attribuant de nouveau deux bracelets " grands cervidés ". Par courrier du 23 juin 2022, le groupement forestier a demandé au président de la fédération départementale des chasseurs la révision de ce plan de chasse individuel. Du silence gardé sur cette demande, est née une décision implicite de rejet. Par sa requête, le groupement forestier doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler l'arrêté du 9 juin 2022 et la décision implicite de rejet de sa demande de révision du 23 juin 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 420-1 du code de l'environnement : " La gestion durable du patrimoine faunique et de ses habitats est d'intérêt général. La pratique de la chasse, activité à caractère environnemental, culturel, social et économique, participe à cette gestion et contribue à l'équilibre entre le gibier, les milieux et les activités humaines en assurant un véritable équilibre agro-sylvo-cynégétique. () ". Aux termes de l'article L. 425-4 du même code : " L'équilibre agro-sylvo-cynégétique consiste à rendre compatibles, d'une part, la présence durable d'une faune sauvage riche et variée et, d'autre part, la pérennité et la rentabilité économique des activités agricoles et sylvicoles. / Il est assuré, conformément aux principes définis à l'article L. 420-1, par la gestion concertée et raisonnée des espèces de faune sauvage et de leurs habitats agricoles et forestiers. / L'équilibre agro-sylvo-cynégétique est recherché par la combinaison des moyens suivants : la chasse, la régulation, la prévention des dégâts de gibier par la mise en place de dispositifs de protection et de dispositifs de dissuasion ainsi que, le cas échéant, par des procédés de destruction autorisés () ". Aux termes de l'article L. 425-6 du même code : " Le plan de chasse détermine le nombre minimum et maximum d'animaux à prélever sur les territoires de chasse. Il tend à assurer le développement durable des populations de gibier et à préserver leurs habitats, en prenant en compte les documents de gestion des forêts mentionnés à l'article L. 122-3 du code forestier et en conciliant les intérêts agricoles, sylvicoles et cynégétiques. / Pour le grand gibier, il est fixé après consultation des représentants des intérêts agricoles et forestiers pour une période qui peut être de trois ans et révisable annuellement ; il est fixé pour une année pour le petit gibier. () ".

3. Pour refuser de faire droit au plan individuel de chasse demandé par le groupement requérant, le président de la fédération départementale des chasseurs de Meurthe-et-Moselle a considéré que les six prélèvements qui lui avaient été précédemment accordés pour une surface de 43 hectares excédaient le nombre moyen de prélèvements de " grands cervidés " attribués aux autres propriétaires de chasse dans le massif cynégétique n° 28, qui est de 2,42 pour 100 hectares.

4. Pour fixer à 2 pour 43 hectares le nombre de prélèvements autorisés pour le groupement requérant, soit un nombre de prélèvements de 4,65 pour 100 hectares, supérieur à la moyenne de prélèvements accordés sur le massif concerné, la fédération indique qu'elle a tenu compte du biotope et des enjeux sylvicoles. Toutefois, la fédération ne produit aucun élément, tel que des comptages ou des études, de nature à justifier, au regard de l'équilibre agro-sylvo-cynégétique du massif, la réduction des prélèvements ainsi décidée, alors que le groupement requérant soutient, sans être contredit, que des dégâts importants sont causés à ses cultures sylvicoles et établit la présence massive de grands cervidés sur son territoire de chasse. Il ressort en outre des pièces du dossier que, dans un avis du 8 septembre 2020, la chambre d'agriculture, l'Office national des forêts et l'association départementale des communes forestières et de la délégation régionale du Centre national de la propriété forestière ont précisé que le massif n° 28 était une zone à enjeu régional dans lequel il convenait d'aboutir à un équilibre forêt/cervidés. Ces instances préconisaient d'attribuer au groupement requérant un nombre de prélèvements compris entre 3 et 8. Enfin, il ressort des pièces du dossier que le groupement requérant est l'un des rares titulaires d'un plan de chasse individuel à l'avoir réalisé entièrement pour la campagne précédente au titre de l'année 2019-2020. Dans ces conditions, en réduisant des deux tiers le nombre de prélèvements de " grands cervidés " attribués au groupement requérant au titre de la campagne de chasse 2020-2021 au seul motif d'une répartition équitable du nombre de bracelets entre titulaires de plans individuels de chasse, le président de la fédération départementale de chasse n'établit pas avoir tenu compte de l'équilibre agro-sylvo-cynégétique sur le massif concerné. Par suite, le groupement requérant est fondé à soutenir que le président de la fédération départementale des chasseurs de Meurthe-et-Moselle a commis une erreur manifeste d'appréciation dans la fixation de son plan de chasse individuel pour la campagne 2020-2021.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision du 9 juin 2022 du président de la fédération départementale des chasseurs de Meurthe-et-Moselle et la décision implicite de rejet intervenue à la suite de la demande de révision formée le 23 juin 2022 devant lui par le groupement forestier de Badonvillois Val-de-Plaine doivent être annulés.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Dès lors que la saison de chasse 2020-2021 est close, il n'y a pas lieu d'enjoindre à la fédération départementale des chasseurs de Meurthe-et-Moselle de réviser le plan de chasse individuel du groupement forestier de Badonvillois Val-de-Plaine pour cette campagne. Les conclusions à fin d'injonction présentées par le groupement requérant ne peuvent par suite qu'être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du groupement forestier de Badonvillois Val-de-Plaine, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la fédération départementale des chasseurs de Meurthe-et-Moselle demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

8. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la fédération départementale des chasseurs de Meurthe-et-Moselle la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par le groupement forestier de Badonvillois Val-de Plaine et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 9 juin 2022 par laquelle le président de la fédération départementale des chasseurs de Meurthe-et-Moselle a fixé le plan de chasse individuel du groupement forestier de Badonvillois Val-de-Plaine pour la campagne 2020-2021 et la décision implicite de rejet née du silence gardé par le président de la fédération départementale des chasseurs de Meurthe-et-Moselle sur la demande de révision formée le 23 juin 2022 par le groupement forestier de Badonvillois Val-de-Plaine sont annulées.

Article 2 : La fédération départementale des chasseurs de Meurthe-et-Moselle versera au groupement forestier de Badonvillois Val-de-Plaine la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête et les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative par la fédération départementale des chasseurs de Meurthe-et-Moselle sont rejetés.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié au groupement forestier de Badonvillois Val-de-Plaine et à la fédération départementale des chasseurs de Meurthe-et-Moselle.

Délibéré après l'audience publique du 7 novembre 2024 à laquelle siégeaient :

M. Davesne, président,

M. Durand, premier conseiller,

Mme Wolff, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 décembre 2024.

La rapporteure,

É. WolffLe président,

S. Davesne

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2202283

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