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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2202310

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2202310

vendredi 23 mai 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2202310
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 2
Avocat requérantSEP LACHAUD MANDEVILLE COUTADEUR & ASSOCIÉS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nancy a examiné la requête de G, qui contestait une mise en demeure de la préfète de la région Grand Est lui enjoignant de déposer une demande d’autorisation d’exploiter des parcelles agricoles. La requérante invoquait notamment l’incompétence de l’auteur de l’acte, un défaut de motivation et une méconnaissance de la procédure contradictoire. Le tribunal a rejeté le moyen d’incompétence, en validant la chaîne de délégations de signature prévue par le décret n° 2004-374 du 29 avril 2004. La solution retenue est le rejet de la requête, fondé sur les articles L. 331-7 du code rural et de la pêche maritime et L. 121-1 du code des relations entre le public et l’administration.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2201823 du 9 août 2022, le président du tribunal administratif de Châlons-en-Champagne a renvoyé au tribunal administratif de Nancy le dossier de la requête de G.

Par cette requête, enregistrée au tribunal administratif de Châlons-en-Champagne le 4 août 2022, et un mémoire, enregistré le 17 février 2025, G, représentée par Me Soyer, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 13 avril 2022 par laquelle la préfète de la région Grand Est l'a mise en demeure de déposer une demande d'autorisation d'exploiter une surface agricole de 5 ha 27 a 54 ca sur le territoire de la commune de Sivry-sur-Meuse et de 2 ha 88 a 09 ca sur le territoire de la commune de Vilosnes-Haraumont, ainsi que la décision implicite née du silence gardé par la préfète sur le recours gracieux qu'elle a formé contre cette décision le 29 avril 2022 ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les décisions contestées sont entachées d'incompétence ;

- la mise en demeure est insuffisamment motivée ;

- les décisions contestées ont été prises en méconnaissance de la procédure contradictoire prévue à l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elles méconnaissent les droits de la défense, dès lors que la mise en demeure de déposer une autorisation d'exploiter est rédigée dans des termes ambigus et contradictoires ;

- la mise en demeure litigieuse méconnaît l'article L. 331-2 du code rural et de la pêche maritime et est infondée, dès lors que M. C, représentant légal de G, disposait d'une autorisation tacite d'exploiter les surfaces agricoles litigieuses ;

- les décisions contestées méconnaissent l'article L. 331-7 du code rural et de la pêche maritime ;

- elles sont entachées d'un détournement de procédure.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 décembre 2024, le préfet de la région Grand Est, préfet du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par G ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code rural et de la pêche maritime ;

- le décret n° 2004-374 du 29 avril 2004 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Wolff, rapporteure,

- et les conclusions de Mme Marini, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. G, dont le gérant est M. F C, exploite plusieurs parcelles situées dans le département de la Meuse, cadastrées section YA25, d'une superficie de 5 ha 27 a 54 ca, sur le territoire de la commune de Sivry-sur-Meuse ; section 230ZA54, d'une superficie de 0 ha 45 a 89 ca et section 230ZD01, d'une superficie de 2 ha 42 a 20 ca, sur le territoire de la commune de Vilosnes-Haraumont. Le 13 avril 2022, la préfète de la région Grand Est l'a mise en demeure de régulariser sa situation en déposant une demande d'autorisation d'exploiter dans un délai d'un mois. G a formé un recours gracieux contre cette mise en demeure, reçu par les services préfectoraux le 2 mai 2022. Une décision implicite de rejet est née du silence gardé par la préfète sur ce recours pendant un délai de deux mois. Par sa requête, G demande au tribunal d'annuler la mise en demeure et la décision prise sur recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, d'une part, en vertu de l'article 38 du décret du 29 avril 2004 relatif aux pouvoirs des préfets, à l'organisation et à l'action des services de l'État dans les régions et départements, le préfet de région peut donner délégation de signature, pour les matières relevant de leurs attributions, aux chefs ou responsables des services déconcentrés des administrations civiles de l'État dans la région, ces chefs ou responsables de service pouvant à leur tour donner délégation pour signer les actes relatifs aux affaires pour lesquelles ils ont eux-mêmes reçu délégation aux agents placés sous leur autorité.

3. D'autre part, par un arrêté du 3 février 2020, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, la préfète de la région Grand Est a donné délégation de signature à Mme A B, directrice régionale de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt, à l'effet notamment de signer l'ensemble des actes, décisions et correspondances relatifs aux contrôles des structures. Par un arrêté du 7 décembre 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le 10 décembre 2021, Mme A B a, ainsi que l'autorisent les dispositions mentionnées au point précédent, donné délégation à M. D E, chef de service régional d'économie agricole et agroalimentaire, pour signer l'ensemble des actes, décisions et correspondances, dans la limite des attributions de ce pôle, et notamment relatifs au contrôle des structures, à l'exception de certaines décisions individuelles au nombre desquelles ne figurent pas les décisions contestées. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence de M. D E pour signer la décision du 13 avril 2022 portant mise en demeure de régulariser la situation de G ne peut qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 331-7 du code rural et de la pêche maritime : " Lorsqu'elle constate qu'un fonds est exploité contrairement aux dispositions du présent chapitre, l'autorité administrative met l'intéressé en demeure de régulariser sa situation dans un délai qu'elle détermine et qui ne saurait être inférieur à un mois. / La mise en demeure mentionnée à l'alinéa précédent prescrit à l'intéressé soit de présenter une demande d'autorisation, soit, si une décision de refus d'autorisation est intervenue, de cesser l'exploitation des terres concernées. Lorsque l'intéressé, tenu de présenter une demande d'autorisation, ne l'a pas formée dans le délai mentionné ci-dessus, l'autorité administrative lui notifie une mise en demeure de cesser d'exploiter dans un délai de même durée. / Lorsque la cessation de l'exploitation est ordonnée, l'intéressé est mis à même, pendant le délai qui lui est imparti, de présenter ses observations écrites ou orales devant toute instance ayant à connaître de l'affaire. / Si, à l'expiration du délai imparti pour cesser l'exploitation des terres concernées, l'autorité administrative constate que l'exploitation se poursuit dans des conditions irrégulières, elle peut prononcer à l'encontre de l'intéressé une sanction pécuniaire d'un montant compris entre 304,90 et 914,70 euros par hectare. La surface prise en compte correspond à la surface de polyculture-élevage faisant l'objet de l'exploitation illégale, ou son équivalent, après, le cas échéant, application des coefficients d'équivalence résultant, pour chaque nature de culture, de l'application de l'article L. 312-6. / Cette mesure pourra être reconduite chaque année s'il est constaté que l'intéressé poursuit l'exploitation en cause ".

5. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / 2° Infligent une sanction ; 3° Subordonnent l'octroi d'une autorisation à des conditions restrictives ou imposent des sujétions ; / 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ; / 5° Opposent une prescription, une forclusion ou une déchéance ; / 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; / 7° Refusent une autorisation, sauf lorsque la communication des motifs pourrait être de nature à porter atteinte à l'un des secrets ou intérêts protégés par les dispositions du a au f du 2° de l'article L. 311-5 ; / 8° Rejettent un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d'une disposition législative ou réglementaire ".

6. La décision contestée, qui se borne à mettre l'EARL requérante en demeure de déposer une demande d'autorisation d'exploiter, préalablement à une éventuelle mise en demeure de cesser d'exploiter et à une sanction pécuniaire, ne fait pas partie des décisions qui doivent être obligatoirement motivées, au sens des dispositions précitées. En tout état de cause, la décision du 13 avril 2022 contestée qui précise, sur le fondement de l'article L. 331-7 du code rural et de la pêche maritime, qu'à l'occasion d'un contrôle au titre des aides de la politique agricole commune, un agent de la direction départementale des territoires a constaté que les parcelles litigieuses étaient exploitées sans autorisation ou sans déclaration et qu'un délai d'un mois est laissé à G afin de déposer une demande d'autorisation d'exploiter, permettait à l'EARL requérante d'en comprendre les motifs de droit et de fait.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ", les modalités de mise en œuvre de cette procédure contradictoire étant fixées par les articles L. 122-1 et L. 122-2 du même code. Toutefois, aux termes de l'article L. 121-2 de ce code : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : () / 3° Aux décisions pour lesquelles des dispositions législatives ont instauré une procédure contradictoire particulière ".

8. Dès lors qu'il résulte des dispositions citées au point 4, qu'une procédure contradictoire particulière est prévue par l'article L. 331-7 du code rural et de la pêche maritime pour la mise en œuvre de la procédure de sanction en cas de méconnaissance des règles relatives au contrôle des structures agricoles, le moyen tiré d'une violation de la procédure contradictoire prévu par l'article L. 122-2 du code des relations entre le public et l'administration ne peut qu'être écarté comme inopérant. Au surplus, il ressort des pièces du dossier que la décision litigieuse du 13 avril 2022 invitait G à présenter ses observations dans un délai de quinze jours à compter de sa réception. L'intéressée a d'ailleurs formé un recours gracieux, reçu le 2 mai 2022, auquel il a été répondu par une décision implicite de rejet, sans qu'il puisse en être déduit que les observations ainsi présentées n'auraient pas été prises en compte ou examinées. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire doit, en tout état de cause, être écarté.

9. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 6 et 8, alors d'ailleurs que l'EARL requérante a formé un recours gracieux contre la mise en demeure litigieuse et a formé une demande d'autorisation d'exploiter les parcelles, le moyen tiré de ce que les décisions contestées auraient été prises en méconnaissance des droits de la défense dès lors que la mise en demeure litigieuse serait rédigée en des termes ambigus et contradictoires ne peut qu'être écarté.

10. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 331-2 du code rural et de la pêche maritime : " I.- Sont soumises à autorisation préalable les opérations suivantes : / 1° Les installations, les agrandissements ou les réunions d'exploitations agricoles au bénéfice d'une exploitation agricole mise en valeur par une ou plusieurs personnes physiques ou morales, lorsque la surface totale qu'il est envisagé de mettre en valeur excède le seuil fixé par le schéma directeur régional des exploitations agricoles. () ". Aux termes de l'article L. 331-6 du même code : " Tout preneur doit faire connaître au bailleur, au moment de la conclusion du bail ou de la prise d'effet de la cession de bail selon les cas, la superficie et la nature des biens qu'il exploite ; mention expresse en est faite dans le bail. Si le preneur est tenu d'obtenir une autorisation d'exploiter en application de l'article L. 331-2, la validité du bail ou de sa cession est subordonnée à l'octroi de cette autorisation. Le refus définitif de l'autorisation ou le fait de ne pas avoir présenté la demande d'autorisation exigée en application de l'article L. 331-2 dans le délai imparti par l'autorité administrative en application du premier alinéa de l'article L. 331-7 emporte la nullité du bail que le préfet du département dans lequel se trouve le bien objet du bail, le bailleur ou la société d'aménagement foncier et d'établissement rural, lorsqu'elle exerce son droit de préemption, peut faire prononcer par le tribunal paritaire des baux ruraux ".

11. D'une part, il ressort des pièces du dossier que G exploite une surface agricole totale de 425 ha 28 a et que les parcelles litigieuses, situées sur le territoire des communes de Sivry-sur-Meuse et de Vilosnes-Haraumont, représentent respectivement une surface de 5 ha 27 a 54 ca et de 2 ha 88 a 09 ca. Le seuil fixé par le schéma directeur régional des exploitations agricoles du Grand Est étant de 140 hectares, l'opération d'agrandissement de l'exploitation agricole de G était ainsi soumise à un régime d'autorisation au sens des dispositions précitées.

12. D'autre part, s'il n'est pas contesté qu'à la suite du dépôt d'une demande d'autorisation d'exploiter le 23 juin 2021, M. C disposait d'une autorisation tacite d'exploiter certaines parcelles en sa qualité d'associé de l'EARL de Strouville, il ressort toutefois des pièces du dossier que cette autorisation, qui n'a pas été délivrée pour le compte de l'EARL requérante dont il est le gérant, ne concernait en tout état de cause qu'un parcellaire de 66 ha 25 a 20 ca correspondant à des biens situés sur la commune de Charpentry. La circonstance que M. C, gérant de G, ait conclu sur les parcelles en litige un bail rural depuis le 1er janvier 2019, puis une promesse de vente en vue de les acquérir au mois de janvier 2022, n'est en outre pas de nature à le faire regarder comme étant titulaire d'une autorisation d'exploiter ces parcelles. Par suite, G n'est pas fondée à soutenir que la mise en demeure litigieuse méconnaîtrait l'article L. 331-2 du code rural et de la pêche maritime et serait ainsi dénuée de fondement.

13. En sixième lieu, alors qu'il résulte de ce qui a été exposé précédemment que l'EARL requérante était soumise à un régime d'autorisation pour l'exploitation des parcelles en litige, celle-ci n'est pas fondée à soutenir que la décision contestée méconnaîtrait l'article L. 331-7 du code rural et de la pêche maritime, cité au point 4.

14. En dernier lieu, si la requérante soutient que les décisions contestées sont entachées d'un détournement de procédure en ce qu'elles ont été initiées par la société d'aménagement foncier et d'établissement rural (SAFER) Grand Est, afin qu'elle exerce son droit de préemption sur les parcelles litigieuses, elle n'établit pas, en tout état de cause, que la décision de la préfète aurait été prise dans un but étranger à ceux de la législation relative au contrôle des structures agricoles.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de G à fin d'annulation de la mise en demeure du 13 avril 2022 et de la décision implicite de rejet de son recours gracieux exercé contre cette décision doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'État, qui n'a pas la qualité de partie perdante à la présente instance, verse à G la somme qu'elle réclame au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de G est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à G et à la ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire.

Copie en sera adressée, pour information, au préfet de la région Grand Est.

Délibéré après l'audience publique du 30 avril 2025 à laquelle siégeaient :

M. Goujon-Fischer, président,

M. Durand, premier conseiller,

Mme Wolff, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2025.

La rapporteure,

É. WolffLe président,

J. -F. Goujon-Fischer

Le greffier,

F. Richard

La République mande et ordonne à la ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2202310

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