mercredi 24 août 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2202314 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | FRITSCH |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 11 août 2022 à 14 heures 53 et le 22 août 2022, Mme C A demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 10 août 2022 par lequel le préfet de la Côte d'Or l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Côte d'Or de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de l'expiration d'un délai de quinze jours en application des articles L. 911-2 et L. 911-3 du code de justice administrative ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à charge pour celui-ci de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Elle soutient que :
En ce qui concerne toutes les décisions :
- la compétence de l'auteur des décisions n'est pas établie ;
- les décisions sont insuffisamment motivées ;
- les décisions ne lui ont pas été notifiées dans une langue qu'elle comprend ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- le préfet a méconnu son droit à être entendue ;
- le préfet ne démontre pas avoir procédé à un examen individuel de sa situation ;
- il appartient à l'administration de démontrer que les informations utiles lui ont été fournies en vue de l'enregistrement de sa demande d'asile ainsi que la liste prévue à l'article R. 521-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile lui a été remise ;
- le préfet a commis une erreur de droit en fondant sa décision sur les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors d'une part, qu'elle ne peut être regardée comme s'étant maintenue en France sans engager de démarches pour régulariser sa situation et d'autre part, qu'elle a déposé une demande d'asile en Italie et relève ainsi de la procédure de transfert ;
- la décision méconnaît le principe de non refoulement garanti par l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 ;
- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et du principe constitutionnel du droit d'asile ;
- la décision porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;
En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :
- la décision est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;
- son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public ;
- elle ne présente aucun risque de fuite ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- la décision est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;
- la décision a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision a été prise en méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention contre la torture et autres traitements cruels et inhumains ;
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
- la décision est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;
- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation quant à la durée de l'interdiction de retour et quant aux circonstances humanitaires ;
- la décision méconnaît le droit constitutionnel d'asile.
Par un mémoire en défense enregistré le 24 août 2022, le préfet de la Côte d'Or conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de Genève du 28 juillet 1951 ;
- la convention contre la torture et autres actes cruels et inhumains ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Grandjean, première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Grandjean, magistrate désignée,
- les observations de Me Fritsch, avocate commise d'office, représentant Mme A qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens, et maintient que les empreintes de l'intéressée ont été relevées en Italie précédemment à son arrivée en France ;
- les observations de Mme A, assistée d'un interprète en langue amharique ;
- et les observations de M. B, représentant le préfet de la Côte d'Or, qui conclut aux mêmes fins que le mémoire en défense, par les mêmes moyens et relève en outre que la requérante ne justifie pas de la date à laquelle elle est arrivée en France.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante éthiopienne née le 2 juin 1999, est entrée en France selon ses déclarations le 9 août 2022 et a été découverte en situation irrégulière par les services de la police de l'air et des frontières de Chenôve, le 10 août 2022. Par un arrêté du même jour, le préfet de la Côte d'Or lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Mme A, placée en rétention administrative, demande l'annulation de ces décisions.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions :
2. En premier lieu, l'arrêté est signé par M. Frédéric Carre, secrétaire général, auquel le préfet de la Côte d'Or établit avoir délégué sa signature par un arrêté en date du 9 mars 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du 11 mars 2022. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, les conditions de notification d'une décision sont sans incidence sur la légalité de celle-ci. La requérante ne peut ainsi utilement faire valoir que les décisions contestées n'auraient pas été notifiées dans une langue qu'elle comprend. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.
4. En troisième lieu, l'arrêté attaqué, qui n'a pas à viser toutes les circonstances de fait de la situation de la requérante, mentionne de manière suffisamment précise les considérations de droit et de fait qui fondent les décisions portant obligation de quitter le territoire français, refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français prononcées à son encontre. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de ces décisions manque ainsi en fait et doit, par suite, être écarté.
En ce qui concerne les moyens propres à la contestation de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
5. En premier lieu, le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision d'éloignement implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité de son séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Il n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français, dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement.
6. Il ressort des pièces du dossier, et en particulier du procès-verbal de son audition par les services de la police aux frontières de Chenôve en date du 10 août 2022, que Mme A a été informée de ce que le préfet de la Côte d'Or était susceptible de prendre à son encontre une mesure d'éloignement et qu'elle a alors été mise à même de présenter, de manière utile et effective, ses observations sur l'irrégularité de son séjour et les motifs, tenant notamment à la procédure d'asile, pouvant justifier que le préfet s'abstienne de prendre cette mesure d'éloignement. Ainsi, Mme A n'est pas fondée à soutenir qu'elle aurait été privée du droit d'être entendue. Le moyen manque ainsi en fait et doit, par suite, être écarté.
7. En deuxième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de l'arrêté attaqué que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de la requérante avant de prendre une mesure d'éloignement à son encontre. Par suite ce moyen doit être écarté.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger présent sur le territoire français et souhaitant demander l'asile se présente en personne à l'autorité administrative compétente qui enregistre sa demande et procède, dans des conditions fixées par décret en Conseil d'État, à la détermination de l'État responsable en application du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, ou en application d'engagements identiques à ceux prévus par le même règlement ".
9. Mme A soutient que le préfet a méconnu les dispositions précitées dès lors qu'au cours de son audition par les services de la police aux frontières, elle avait indiqué avoir fui l'Éthiopie en raison de la guerre qui y sévit et mentionné que son époux avait emmené leurs enfants de force. Toutefois, si les dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont pour effet d'obliger les services de police à transmettre au préfet, et ce dernier à enregistrer une demande d'admission au séjour lorsqu'un étranger, à l'occasion de son interpellation, formule une demande d'asile, elles ne peuvent avoir cet effet qu'au cas où une telle demande a été expressément formulée. Les faits exposés par Mme A lors de son audition par les services de la police aux frontières le 10 août 2022 ne peuvent s'apparenter à une demande d'asile. Le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit dès lors être écarté.
10. En quatrième lieu, si la requérante soutient que la décision attaquée est entachée d'un défaut d'information sur la procédure de demande d'asile au motif qu'elle aurait demandé l'asile au cours de son audition préalable à la notification de cette décision, il ne ressort pas du procès-verbal de cette audition que Mme A, qui s'est limitée à indiquer qu'elle avait quitté son pays en raison de la guerre qui y sévissait dans le département de Walaga, aurait exprimé le souhait de demander l'asile. Par suite, le moyen tiré du défaut d'information sur la procédure de demande d'asile prévue à l'article R. 521-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est inopérant et doit être écarté.
11. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ".
12. Il est constant que Mme A est entrée irrégulièrement en France, n'est pas titulaire d'un titre de séjour en cours de validité et n'a pas entamé de démarches aux fins de régulariser sa situation administrative. Elle entrait ainsi dans le cas prévu au 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile permettant au préfet de lui faire obligation de quitter le territoire français. Par ailleurs, il ne ressort aucunement des pièces du dossier, et notamment pas de la réponse apportée par le centre de coopération policière et douanière de Vintimille qui a indiqué, le 10 août 2022 à 15 heures 54, que la requérante était inconnue des bases des données douanières, ni de la consultation du fichier Eurodac à laquelle a ultérieurement procédé le préfet, que Mme A aurait formé une demande d'asile auprès des autorités italiennes. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le préfet aurait commis une erreur de droit en l'obligeant à quitter le territoire français doit être écarté en ses deux branches.
13. En sixième lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'emporte pas, en elle-même, reconduite de l'intéressée dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision litigieuse serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de son exécution sur sa situation personnelle, en ce qu'elle aurait nécessairement pour conséquence de la renvoyer en Éthiopie, en méconnaissance du principe de non refoulement des demandeurs d'asile vers leur pays d'origine doit être écarté comme inopérant.
14. En dernier lieu, Mme A se borne à soutenir que la décision porte atteinte à son droit à une vie privée et familiale sans autre précision. En outre, elle allègue n'être entrée en France que la veille de son interpellation et ne s'y prévaut d'aucune attache. Dans ces conditions, le moyen ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne les moyens propres à la contestation de la décision refusant un délai de départ volontaire :
15. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".
16. En premier lieu, les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français ayant été écartés, l'exception d'illégalité de cette décision invoquée par la requérante à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision portant refus de délai de départ volontaire ne peut qu'être écartée par voie de conséquence.
17. En second lieu, si Mme A fait valoir qu'elle ne présente aucun risque de fuite et que son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public, il n'est pas contesté que l'intéressée n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour en France, n'a pas justifié d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale et n'a présenté aucun document d'identité ou de voyage en cours de validité. Dans ces conditions, et alors que la requérante n'établit ni même n'allègue l'existence d'aucune circonstance particulière justifiant que lui soit accordé un délai de départ volontaire, le préfet a pu légalement estimer, pour ces motifs, qu'il existait un risque que l'intéressée se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français, quand bien même son comportement ne constituerait pas une menace pour l'ordre public. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée serait entachée d'une erreur d'appréciation doit être écarté.
En ce qui concerne les moyens propres à la contestation de la décision fixant le pays de destination :
18. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
19. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article 3 de la convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants : " 1. Aucun Etat partie n'expulsera, ne refoulera, ni n'extradera une personne vers un autre État où il y a des motifs sérieux de croire qu'elle risque d'être soumise à la torture () ".
20. Mme A n'apporte aucune pièce de nature à établir la réalité et l'actualité des risques de traitement inhumains et dégradants auxquels elle serait personnellement exposée en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, les moyens tirés de ce que le préfet aurait méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants doivent être écartés.
21. En dernier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre d'une décision fixant le pays de destination. Ce moyen doit, par suite, être écarté.
En ce qui concerne les moyens propres à la contestation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
22. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".
23. Il résulte de ces dispositions que lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, le préfet assortit, en principe et sauf circonstances humanitaires, l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour. La durée de cette interdiction doit être déterminée en tenant compte des critères tenant à la durée de présence en France, à la nature et l'ancienneté des liens de l'intéressé avec la France, à l'existence de précédentes mesures d'éloignement et à la menace pour l'ordre public représentée par la présence en France de l'intéressé.
24. En premier lieu, il résulte des points 2 à 14 du présent jugement que l'exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écartée.
25. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme A est célibataire et sans charge de famille sur le territoire français, ne justifie pas y avoir tissé des liens particulièrement intenses et stables, et n'établit pas être dépourvue de toute attache familiale dans son pays d'origine. Dans ces conditions, et alors même que la présence en France de l'intéressée ne constitue pas une menace pour l'ordre public, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en prononçant une interdiction de retour sur le territoire français à l'encontre de la requérante et en fixant sa durée à un an, le préfet aurait inexactement apprécié la situation de Mme A.
26. En troisième lieu, la requérante ne justifie d'aucune circonstance humanitaire de nature à faire obstacle à ce qu'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an soit prononcée. Par suite, le moyen tiré de l'erreur dans l'appréciation des circonstances humanitaires ne peut qu'être écarté.
27. En dernier lieu, si la requérante soutient que la mesure d'interdiction de retour sur le territoire français porterait une atteinte grave et disproportionnée au droit constitutionnel d'asile dès lors qu'elle fait obstacle à son retour en France afin d'y solliciter l'asile, il résulte de l'article L. 613-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'autorité administrative peut à tout moment abroger une interdiction de retour sur le territoire français. Par ailleurs, le refus d'entrée sur le territoire ne fait pas obstacle, ainsi que le prévoient les articles L. 352-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au dépôt d'une demande d'asile à la frontière, comme l'a relevé le Conseil constitutionnel dans sa décision n° 2011-631 DC du 9 juin 2011, aux termes de laquelle il a, dans ses motifs et son dispositif, déclaré conformes à la Constitution les dispositions désormais codifiées aux articles L. 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives à l'interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de la violation du droit constitutionnel d'asile doit être écarté.
28. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation des décisions du 10 août 2022 prises par le préfet de la Côte d'Or doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
29. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution. Il s'ensuit que les conclusions susvisées ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais d'instance :
30. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie tenue aux dépens ou la partie perdante, la somme demandée par Mme A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au préfet de la Côte d'Or.
Lu en audience publique le 24 août 2022 à 16 heures 00.
La magistrate désignée,
G. GrandjeanLa greffière,
L. Stupar
La République mande et ordonne au préfet de la Côte d'Or en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026