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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2202323

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2202323

lundi 29 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2202323
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantISSA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête sommaire enregistrée le 12 août 2022 à 14 heures 48, M. D A demande au tribunal :

1°) la désignation d'un avocat commis d'office et d'un interprète en langue arabe, et en cas de libération, un avocat commis d'office au titre de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté en date du 11 août 2022 par lequel le préfet de la côte d'Or a prolongé l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée le 15 décembre 2021 et initialement fixée à trois ans, pour une durée de deux ans supplémentaires ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'alinéa 2 de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Le requérant soutient que :

- la décision n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut de compétence de son auteur ;

- elle ne lui a pas été notifiée dans une langue qu'il comprend ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation quant à sa durée.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 août 2022, le préfet de la côte d'Or conclut au rejet de la requête. Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme C pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Milin-Rance, magistrate désignée,

- les observations de Me Issa, avocat commis d'office représentant M. A, assisté d'un interprète en langue arabe, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et demande l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle. Il soutient que la décision est disproportionnée et méconnait le principe de la présomption d'innocence puisqu'il n'a été condamné qu'à une peine de 10 mois d'emprisonnement pour un délit routier, qu'il a purgé sa peine et que les autres faits mineurs n'ont pas fait l'objet de poursuites pénales.

- les observations de M. E, représentant le préfet de la Côte d'Or qui conclut aux mêmes fins que le mémoire en défense et soutient que le requérant n'a pas exécuté l'obligation de quitter le territoire français dont il a fait l'objet en décembre 2021, qu'il n'a pas effectué de démarche de régularisation, qu'il a été mis en cause pour avoir commis 18 faits dont la gravité et la répétition constituent une menace avérée pour l'ordre public. Il a de nouveau été mis en cause le 11 août dernier pour des faits de violences et pour lesquels il est convoqué en mars 2023 devant le Tribunal judiciaire de Dijon.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique, conformément à l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, né le 20 juin 1994, de nationalité algérienne, a fait l'objet d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai, sur le fondement du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et des demandeurs d'asile, assorti d'une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans, prononcée le 10 décembre 2021 par le préfet du Val-de-Marne et notifié le 15 décembre suivant. Interpellé le 11 août 2022 par les services de police du département de la Côte d'Or, il a été placé en garde-à-vue pour des faits de violences volontaires. Par un arrêté du même jour, le préfet de ce département a prolongé l'interdiction de retour pour une durée de deux ans supplémentaires à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. Placé en rétention administrative, il conteste cet arrêté.

Sur la demande de désignation d'un avocat commis d'office et d'un interprète :

2. M. A, placé en rétention, a présenté sa requête sans ministère d'avocat et a été assisté à l'audience par Me Issa, avocat commis d'office désigné par le bâtonnier du barreau de Nancy, et par un interprète en langue arabe, en application des dispositions des articles L. 614-10 et L. 614-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par conséquent, il n'y a plus lieu de statuer sur sa demande de désignation d'un avocat commis d'office et d'un interprète.

Sur la demande d'aide juridictionnelle à titre provisoire :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". En raison de l'urgence, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. D A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions en annulation :

4. En premier lieu, l'arrêté a été compétemment pris par M. Frédéric Carré, secrétaire général de la préfecture de Côte d'Or, qui a reçu délégation du préfet de la Côte d'Or, régulièrement publiée le 11 mars 2022 au Recueil des actes administratifs n° 21-2022-020 de la préfecture. Dès lors, le moyen tiré de l'absence de justification de la compétence de l'auteur de l'arrêté attaqué est infondé et ne peut être qu'écarté.

5. En deuxième lieu, l'arrêté du 11 août 2022 vise les textes dont le préfet de la Côte d'Or fait application et mentionne de manière suffisamment précise les faits qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision attaquée manque dès lors en fait et ne peut qu'être écarté.

6. En troisième lieu, les circonstances dans lesquelles une décision administrative est notifiée sont sans incidence sur sa légalité. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté du 11 août 2022 n'aurait pas été notifié dans une langue qu'il comprend, outre qu'il manque en fait, doit être écarté comme étant inopérant.

7. En dernier lieu, l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour." aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. "

8. Comme il a été précédemment indiqué, M. A a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai assortie d'une interdiction de retour pour une durée de trois ans, notifiée le 15 décembre 2021. Cette décision était motivée par le fait que son comportement représentait une menace pour l'ordre public, compte tenu de la condamnation à une peine de 10 mois d'emprisonnement dont il a fait l'objet pour des faits de vol avec effraction, conduite sans permis, refus d'obtempérer et outrage à personne dépositaire de l'autorité publique. Le 11 août 2022, il a été interpellé par les services de police de Dijon pour avoir commis des faits de violences volontaires en état d'ivresse entrainant une ITT de 8 jours. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier qu'il est convoqué le 16 mars 2023 pour être entendu par le tribunal judiciaire de Dijon sur ces faits dont il ne conteste pas la matérialité. Célibataire, sans charge de famille, arrivé récemment en France, dépourvu d'adresse stable et de moyens de subsistance licite, il n'a pas exécuté la mesure d'éloignement dont il fait l'objet. Si le requérant fait valoir qu'il n'a pas été poursuivi pour les faits antérieurs pour lesquels il a été mis en cause par les services de police, la décision contestée n'est pas fondée sur ces faits. Au vu de l'ensemble de ces éléments, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Côte d'Or aurait commis une erreur d'appréciation en prolongeant pour une durée de deux ans supplémentaires l'interdiction de retour sur le territoire français dont il fait l'objet.

9. Il résulte de tout ce qui précède, que les conclusions à fin d'annulation de la décision de prolongation de l'interdiction de retour sur le territoire français ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais du litige :

10. Si M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par son conseil au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E

Article 1er: M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A et au préfet de la Côte d'Or.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 août 2022 à 15 heures 10.

La magistrate désignée,

F. C La greffière,

M. B

La République mande et ordonne au préfet de la Côte d'Or, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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