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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2202335

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2202335

mercredi 24 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2202335
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantFRITSCH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 août 2022 à 14 heures 07 et un mémoire enregistré le 22 août 2022, M. E B demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 août 2022 par lequel le préfet de la Moselle l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prolongé son interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Moselle de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de l'expiration d'un délai de 15 jours suivant la notification de la décision à intervenir, en application des dispositions des articles L. 911-2 et L. 911-3 du code de justice administrative ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions :

- les décisions contestées sont entachées d'incompétence ;

- les décisions ne lui ont pas été notifiées dans une langue qu'il comprend ;

- les décisions sont insuffisamment motivées ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- le préfet a méconnu son droit à être entendu ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen sérieux de sa situation personnelle ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle ne pouvait être fondée sur les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile puisqu'il a déposé une demande d'asile en Allemagne et que son comportement n'est pas constitutif d'une menace à l'ordre public ;

- le préfet a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en estimant que son comportement constituerait une menace à l'ordre public ;

- la décision méconnaît les dispositions de l'article 3 de l'accord franco-marocain dès lors qu'il a déclaré être titulaire d'un contrat de travail

- la décision porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :

- son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

- le préfet a commis une erreur d'appréciation quant au risque de fuite ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- il n'a pu présenter ses observations quant au pays vers lequel il est susceptible d'être reconduit en méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- la décision a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision a été prise en méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention contre la torture et autres traitements cruels et inhumains ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation quant à la durée de l'interdiction de retour ;

- la décision méconnaît le droit constitutionnel d'asile ;

- la décision est contraire aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 août 2022, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;

- les règlements (UE) n° 603/2013 et n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Grandjean, première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Grandjean, magistrate désignée,

- les observations de Me Fritsch, avocate commise d'office, représentant M. B qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens, qui insiste d'une part sur le fait que si l'Allemagne a fait connaître son refus de reprise en charge du requérant, tous les autres pays sollicités n'ont pas fait connaître leur position, et d'autre part, sur le moyen tiré du défaut d'être entendu compte tenu de la faible durée de son audition par les services de police, enfin,sur l'absence de menace à l'ordre public ;

- les observations de M. B, assisté d'un interprète en langue arabe ;

- et les observations de M. F, représentant le préfet de la Moselle, qui conclut aux mêmes fins que le mémoire en défense, par les mêmes moyens.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant marocain né le 14 juin 1995, alias G né le 30 novembre 1993 ou Abdelkhalek Zagheloul, est entré en France selon ses déclarations en 2019. Placé en garde à vue le 15 août 2022 pour des faits de détention de faux documents administratifs par les services du commissariat de police de Thionville, il a fait l'objet le même jour d'un arrêté du préfet de la Moselle lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays à destination duquel il pourra d'être reconduit d'office, et prolongeant une précédente interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par la requête susvisée, M. B, placé en rétention, demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué est signé par Mme D C, agent de permanence au bureau de l'éloignement et de l'asile, à laquelle le préfet de la Moselle a délégué sa signature, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme A, directrice de l'immigration et de l'intégration, à l'effet de signer tout acte se rapportant aux matières relevant de la direction de l'immigration et de l'intégration, par un arrêté du 2 juin 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions en litige doit, en conséquence, être écarté.

3. En deuxième lieu, les conditions de notification d'une décision sont sans incidence sur la légalité de celle-ci. Le requérant ne peut ainsi utilement faire valoir que les décisions contestées n'auraient pas été notifiées dans une langue qu'il comprend. Par suite, ce moyen doit être écarté.

4. En troisième lieu, l'arrêté attaqué, qui n'a pas à viser toutes les circonstances de fait de la situation du requérant, mentionne de manière suffisamment précise les considérations de droit et de fait qui fondent les décisions portant obligation de quitter le territoire français, refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français prononcées à son encontre. La circonstance que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'exposerait pas les motifs pour lesquels le préfet aurait écarté l'application des stipulations de l'accord franco-marocain, alors au demeurant que ce dernier n'a pas fait application des stipulations de cet accord qui renvoie sur tous les points qu'il ne traite pas à la législation nationale, est sans influence sur la légalité de la mesure d'éloignement. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation des décisions attaquées manque ainsi en fait et doit, par suite, être écarté.

En ce qui concerne les moyens propres à la contestation de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision d'éloignement implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité de son séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Il n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français, dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement.

6. Il ressort des pièces du dossier, et en particulier du procès-verbal de son audition par les services du commissariat de Thionville le 15 août 2022, que M. B a été informé de ce que le préfet de la Moselle était susceptible de prendre à son encontre une mesure d'éloignement et qu'il a alors été mis à même de présenter, de manière utile et effective, ses observations sur l'irrégularité de son séjour et les motifs pouvant justifier que le préfet s'abstienne de prendre cette mesure d'éloignement. Ainsi, M. B n'est pas fondé à soutenir qu'il aurait été privé du droit d'être entendu. Le moyen manque ainsi en fait et doit, par suite, être écarté.

7. En deuxième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de l'arrêté attaqué que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation du requérant avant de prendre une mesure d'éloignement à son encontre. Par suite ce moyen doit être écarté.

8. En troisième lieu, les stipulations de l'article 31-2 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés et les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile impliquent nécessairement que l'étranger qui sollicite la reconnaissance de la qualité de réfugié soit autorisé à demeurer provisoirement sur le territoire jusqu'à ce qu'il ait été statué sur sa demande. Dès lors, lorsqu'en application des dispositions du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, l'examen de la demande d'asile d'un étranger ne relève pas de la compétence des autorités françaises, mais de celles d'un autre État, la situation du demandeur d'asile n'entre pas dans le champ d'application des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mais dans celui des dispositions de l'article L. 572-1 du même code. En vertu de ces dispositions, la mesure d'éloignement en vue de remettre l'intéressé aux autorités étrangères compétentes pour l'examen de sa demande d'asile ne peut être qu'une décision de transfert prise sur le fondement de cet article L. 572-1. En vertu de ces dispositions, la mesure d'éloignement en vue de remettre l'intéressé aux autorités étrangères compétentes pour l'examen de sa demande d'asile ne peut être qu'une décision de réadmission prise sur le fondement de l'article L. 572-1, et non une obligation de quitter le territoire français prise sur le fondement de l'article L. 611-1.

9. En l'espèce, M. B fait valoir qu'il aurait dû faire l'objet de la procédure de transfert prévue à l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et régie par le règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013, dès lors qu'il a demandé l'asile en Allemagne et dans plusieurs autres pays de l'espace Schengen. Il ressort des pièces du dossier que lors de son audition le 15 août 2022 par les services de la police aux frontières de Thionville que M. B a indiqué ne pas avoir fait de demande d'asile dans un autre pays. De plus, il ressort des pièces du dossier que l'Allemagne, premier État membre dans lequel le requérant a sollicité l'asile le 3 février 2016, vers lequel la Suisse l'a transféré le 14 juillet 2020 et que M. B a quitté le 19 août 2020, a refusé de le reprendre en charge en application de l'article 19.2 du règlement (UE) 604/2013. Dans ces conditions, M. B ne démontrant pas qu'il était légalement admissible au séjour en Allemagne, il n'est pas fondé soutenir, quand bien même les faits d'usage de faux documents d'identité ne suffiraient pas à constituer une menace à l'ordre public, que le préfet de la Moselle aurait entaché sa décision d'une erreur de droit en fondant sa décision sur les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. En quatrième lieu, le requérant, qui n'a pas sollicité de titre de séjour sur ce fondement, ne peut utilement invoquer la méconnaissance de l'article 3 de l'accord franco-marocain.

11. En dernier lieu, M. B se borne à soutenir que la décision porte atteinte à son droit à une vie privée et familiale sans autre précision. Ce faisant, il ne met pas le tribunal en mesure d'apprécier la portée de ce moyen sur la légalité de la décision contestée et le moyen doit, par suite, être écarté.

En ce qui concerne les moyens propres à la contestation de la décision refusant un délai de départ volontaire :

12. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; ' () ".

13. Si M. B fait valoir qu'il ne présente aucun risque de fuite et que son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public, il n'est pas contesté que l'intéressé, entré irrégulièrement en France en 2019 selon ses déclarations, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour en France. Dans ces conditions, et alors que le requérant n'établit ni même n'allègue l'existence d'aucune circonstance particulière justifiant que lui soit accordé un délai de départ volontaire, le préfet a pu légalement estimer, pour ce motif, qu'il existait un risque que l'intéressé se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français et refuser pour ce seul motif d'accorder au requérant un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne les moyens propres à la contestation de la décision fixant le pays de destination :

14. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

15. En deuxième lieu, il résulte des dispositions du livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution de la décision par laquelle l'autorité administrative signifie à un étranger l'obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français. Dès lors, l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ne saurait être utilement invoqué à l'encontre d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, ni à l'encontre des mesures accessoires relatives au délai de départ volontaire et au pays de renvoi. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions ne peut qu'être écarté comme inopérant.

16. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article 3 de la convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants : " 1. Aucun État partie n'expulsera, ne refoulera, ni n'extradera une personne vers un autre État où il y a des motifs sérieux de croire qu'elle risque d'être soumise à la torture () ".

17. Toutefois, le requérant n'apporte aucun élément de nature à établir la réalité des risques qu'il encourrait en cas de retour dans son pays d'origine, dont il ne précise au demeurant pas la nature. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées ne peut qu'être écarté.

18. En dernier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre d'une décision fixant le pays de destination. Ce moyen doit, par suite, être écarté.

En ce qui concerne les moyens propres à la contestation de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

19. En premier lieu, il résulte des points 2 à 11 du présent jugement que l'exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écartée.

20. En deuxième lieu, M. B se borne à soutenir que la décision en litige porte atteinte à son droit à une vie privée et familiale sans autre précision. Par suite, et alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé aurait noué des liens personnels particuliers, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut, en tout état de cause, qu'être écarté.

21. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B, qui a fait l'objet le 28 mars 2021 d'une précédente décision portant obligation de quitter le territoire français qu'il n'a pas exécutée, est célibataire et sans charge de famille sur le territoire français, ne justifie pas y avoir tissé des liens particulièrement intenses et stables et n'établit pas être dépourvu de toute attache familiale dans son pays d'origine. Dans ces conditions, et alors même que la présence en France de l'intéressé ne constituerait pas une menace pour l'ordre public, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en prolongeant l'interdiction de retour sur le territoire français précédemment prononcée pour une durée d'un an à l'encontre du requérant et en fixant la durée de cette prolongation à une nouvelle durée d'un an, le préfet aurait inexactement apprécié la situation de M. B.

22. En dernier lieu, si le requérant soutient que la mesure d'interdiction de retour sur le territoire français porterait une atteinte grave et disproportionnée au droit constitutionnel d'asile dès lors qu'elle fait obstacle à son retour en France afin d'y solliciter l'asile, il résulte de l'article L. 613-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'autorité administrative peut à tout moment abroger une interdiction de retour sur le territoire français. Par ailleurs, le refus d'entrée sur le territoire ne fait pas obstacle, ainsi que le prévoient les articles L. 352-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au dépôt d'une demande d'asile à la frontière, comme l'a relevé le Conseil constitutionnel dans sa décision n° 2011-631 DC du 9 juin 2011, aux termes de laquelle il a, dans ses motifs et son dispositif, déclaré conformes à la Constitution les dispositions désormais codifiées aux articlesL. 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives à l'interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de la violation du droit constitutionnel d'asile doit être écarté.

23. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation des décisions du 15 août 2020 prises par le préfet de la Moselle doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

24. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution. Il s'ensuit que les conclusions susvisées ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais d'instance :

25. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie tenue aux dépens ou la partie perdante, la somme demandée par M. B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er :La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E B et au préfet de la Moselle.

Lu en audience publique le 24 août 2022 à 16 heures 00.

La magistrate désignée,

G. GrandjeanLa greffière,

L. Stupar

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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