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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2202367

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2202367

mardi 18 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2202367
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 2
Avocat requérantCISSE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I- Par une requête enregistrée le 10 août 2022, sous le n°2202304, M. H I, représenté par Me Cissé, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du préfet de la Moselle du 8 août 2022 portant obligation de quitter le territoire français sans délai et fixant le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour, subsidiairement de réexaminer sa demande et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- l'auteur de la décision est incompétent ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen complet de sa situation ;

- le préfet a commis une erreur d'appréciation en estimant que son comportement constitue une menace pour un intérêt fondamental de la société ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle.

La requête a été communiquée le 11 août 2022 au préfet de la Moselle.

II- Par une ordonnance du 10 août 2022, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Strasbourg a transmis au tribunal administratif de Nancy, juridiction territorialement compétente, la requête de M. I.

Par une requête enregistrée le 10 août 2022 au greffe du tribunal administratif de Strasbourg et transmise au greffe du tribunal administratif de Nancy, pour y être enregistrée sous le n°2202367, M. H I, représenté par Me Cissé, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du préfet de la Moselle du 8 août 2022 portant obligation de quitter le territoire français sans délai et fixant le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour, subsidiairement de réexaminer sa demande et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- l'auteur de la décision est incompétent ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen complet de sa situation ;

- le préfet a commis une erreur d'appréciation en estimant que son comportement constitue une menace pour un intérêt fondamental de la société ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle ;

La requête a été communiquée le 18 août 2022 au préfet de la Moselle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Durand, rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. I, ressortissant portugais né le 10 août 1994 est entré sur le territoire français au cours de l'année 2015, selon ses déclarations. Par jugement du 8 août 2022, le tribunal correctionnel de Val-de-Briey a condamné l'intéressé de 8 mois d'emprisonnement dont 8 mois avec sursis pour des faits de violences suivies d'incapacité n'excédant pas 8 jours, en présence d'un mineur, par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité. Par l'arrêté en litige du 8 août 2020 le préfet de la Moselle a obligé l'intéressé à quitter le territoire français, sans délai. Par ses requêtes qu'il convient de joindre, le requérant demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

2. Aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : () 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société () ".

3. En premier lieu, l'arrêté contesté est signé par Mme B G, cheffe du bureau de l'admission au séjour, dont le préfet de la Moselle établit qu'elle disposait, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme D A, directrice de l'immigration et de l'intégration, et de M. C F, directeur adjoint, chef du bureau de l'éloignement et de l'asile, d'une délégation de signature en date du 2 juin 2022, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour. Par suite, et alors qu'il n'est pas établi ni même allégué que Mme A ou M. F n'auraient pas été absents ou empêchés, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions contestées manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, la décision en litige vise les dispositions du 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise que le comportement du requérant constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société. La décision comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

5. En troisième lieu, il ne ressort pas des termes de l'arrêté attaqué que le préfet n'aurait pas procédé à un examen complet de la situation du requérant.

6. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que, par jugement du 8 août 2022, le tribunal correctionnel de Val-de-Briey a condamné l'intéressé de 8 mois d'emprisonnement dont 8 mois avec sursis pour des faits de violences suivies d'incapacité n'excédant pas 8 jours, en présence d'un mineur, par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité. Eu égard à la gravité des faits ainsi constatés par le juge pénal, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que le préfet de la Moselle a pu juger que le comportement de M. I constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société.

7. En dernier lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Il ressort des pièces du dossier que M. I, ressortissant portugais est entré en France au cours de l'année 2015 et résidait depuis sept ans au jour de la décision attaquée. S'il se prévaut de la présence en France de son épouse et de ses deux enfants mineurs, par jugement du 8 août 2022, le tribunal correctionnel de Val-de-Briey a condamné l'intéressé à 8 mois d'emprisonnement dont 8 mois avec sursis pour des faits de violences suivies d'incapacité n'excédant pas 8 jours, en présence d'un mineur, par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité. M. I, qui a été écroué au centre pénitentiaire de Metz le 29 juillet 2022 ne justifie pas du maintien de la communauté de vie avec son épouse, victime de violences conjugales, et ses enfants au jour de la décision attaquée. Dans ces conditions, en l'état des pièces du dossier, malgré la durée du séjour en France de l'intéressé et au regard de la gravité des faits pour lesquels il a été condamné pénalement, la décision portant obligation de quitter le territoire français ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit de M. I de mener une vie privée et familiale normale, ni ne méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, il convient également d'écarter le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation commise par le préfet.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

9. En premier lieu, la décision en litige comporte les considérations de doit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation commise par le préfet doit être écarté.

10. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8 du présent jugement, il convient également d'écarter le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation commise par le préfet.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du préfet de la Moselle du 8 août 2022 doivent être rejetées.

Sur les conclusions d'injonction :

12. Le présent jugement, qui ne fait pas droit aux conclusions de la requête, n'appelle aucune mesure d'exécution au sens des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative. Par suite, les conclusions présentées par les requérants à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans les présentes instances, la somme demandée au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. H I sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. H I et au préfet de la Moselle.

Copie en sera transmise, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 22 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Marti, président,

M. Durand, premier conseiller,

M. Boulangé, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2022.

Le rapporteur,

F. Durand

Le président,

D. Marti

La greffière,

M. E

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

N° 2202304, 2202367

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