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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2202396

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2202396

lundi 29 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2202396
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantLEBRETON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 août 2022, M. C A, représenté par Me Lebreton, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 14 juin 2022 par lequel le préfet du Var a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ou, à titre subsidiaire, d'annuler l'obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une carte de séjour temporaire en qualité de travailleur temporaire ou salarié, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'alinéa 2 de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Le requérant soutient que :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

- la décision méconnait l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et des demandeurs d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle et méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est privée de base légale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle ;

Par un mémoire en défense enregistré le 29 août 2022, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est tardive ;

- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme D pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Milin-Rance, magistrate désignée,

- les observations de Me Issa, avocat commis d'office représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête et demande l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle. Il soutient que la requête est recevable dans la mesure où la demande de titre de séjour a été déposée par l'éducatrice de M. A qui ne savait pas qu'il devait l'informer de son changement d'adresse. L'intéressé a pris connaissance de la décision lorsqu'il s'est rendu dans les services de la préfecture. Il a immédiatement déposé une demande d'aide juridictionnelle interrompant le délai de recours. L'obligation de quitter le territoire français est illégale puisque le refus de titre est entaché d'erreur manifeste d'appréciation. Il a réussi ses examens ce qui démontre le caractère réel et sérieux de ses études. Il a bénéficié d'un avis favorable de sa structure d'accueil, son contrat de jeune majeur est valable jusqu'en octobre 2022 et son contrat d'apprentissage est en cours. Le préfet n'a pas examiné la possibilité de l'admettre exceptionnellement au séjour.

- les observations de M. E, représentant le préfet du Var, qui conclut aux mêmes fins que le mémoire en défense. Il soutient que la requête est tardive puisque la décision a été régulièrement notifiée le 23 juin 2022, M. A n'ayant pas informé la préfecture de son changement d'adresse. L'attestation d'hébergement faisant état d'un changement d'adresse est postérieure. A titre subsidiaire, à la date à laquelle la décision a été prise, les éléments dont disposait le préfet démontraient que l'implication de M. A dans ses études n'était pas suffisante.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique, conformément à l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, né le 25 avril 2003, de nationalité algérienne, est entré en France le 6 novembre 2020 et a été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance du département du Var. Devenu majeur, il a sollicité un titre de séjour en qualité de salarié ou travailleur temporaire sur le fondement de l'article L. 453-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et des demandeurs d'asile en faisant valoir qu'il était bénéficiaire d'un contrat d'apprentissage conclu avec une entreprise de carrosserie. Par un arrêté du 14 juin 2022, le préfet du Var a rejeté sa demande et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination du pays dont il a la nationalité. Le 13 août 2022, les services de la police fédérale allemande ont remis M. A aux autorités françaises. Placé en rétention administrative, il conteste l'arrêté du 14 juin 2022.

Sur la compétence du magistrat statuant seul :

2. Il résulte des dispositions des articles L. 614-8 et L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article R. 776-17 du code de justice administrative qu'il appartient au magistrat désigné par le président du tribunal administratif de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation des décisions du préfet du Var portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ainsi que sur les conclusions accessoires à fin d'injonction, la demande d'aide juridictionnelle à titre provisoire et l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Toutefois, il ne lui appartient pas de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation d'un refus de séjour.

3. Par suite, les conclusions dirigées contre la décision du 14 juin 2022 par laquelle le préfet du Var a refusé de délivrer un titre de séjour à M. A doivent être réservées jusqu'en fin d'instance devant une formation collégiale du tribunal administratif de Nancy.

Sur la recevabilité des conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français :

4. Aux termes de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. " Aux termes du premier alinéa de l'article L. 614-4 de ce code : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le tribunal administratif est saisi dans le délai de trente jours suivant la notification de la décision ". L'article L. 614-9 prévit : " Dans le cas où la décision d'assignation à résidence ou de placement en rétention intervient en cours d'instance, le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné à cette fin statue dans un délai de cent quarante-quatre heures à compter de la notification de cette décision par l'autorité administrative au tribunal. "

5. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions que le délai de recours à l'encontre d'une décision portant obligation de quitter le territoire français avec délai de départ volontaire, prise en application des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est un délai franc de trente jours qui se compte à compter de la notification de cette décision. En vertu de la règle fixée à l'article 642 du code de procédure civile, un délai qui expire normalement un samedi, un dimanche ou un jour férié doit être prorogé jusqu'au premier jour ouvrable suivant.

6. Il ressort des pièces du dossier, et en particulier de la requête introductive d'instance, que l'arrêté du 14 juin 2022 par lequel le préfet du Var a refusé de délivrer à M. A un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, qui comportait les voies et délais de recours, a été notifié à l'adresse connue de la préfecture, au 279 chemin de Providence à Toulon, qui est l'adresse figurant sur le contrat d'accompagnement à l'autonomie signé par le requérant avec le département du Var le 17 mai 2022. Le pli n'ayant pas été retiré en service postal, il a été retourné en préfecture le 11 juillet avec la mention " avisé non réclamé le 23 juin ". Si le requérant fait valoir qu'il avait changé d'adresse, l'attestation qu'il produit est datée du 22 juillet 2022, et il résidait toujours au Chemin de la Providence lorsqu'il a renouvelé son contrat d'accompagnement le 20 juillet précédent, adresse qu'il a d'ailleurs déclarée aux services de la police aux frontière en poste à Forbach lors de son audition le 13 août suivant. Si une demande d'aide juridictionnelle a été déposée par son conseil le 27 juillet 2022, elle n'a pas prorogé le délai de recours contentieux qui avait expiré le 25 juillet. Et l'intervention ultérieure d'un placement en rétention administrative n'a pas ouvert un nouveau délai de recours contentieux contre l'obligation de quitter le territoire français devenue définitive. Par suite, la requête enregistrée le 22 août contre l'arrêté du 14 juin 2022 étant tardive, les conclusions à fin d'annulation de l'obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et les conclusions à fin d'injonction dont elles sont assorties doivent être rejetées comme étant irrecevables.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

7. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". L'article 7 de la même loi dispose : " L'aide juridictionnelle est accordée à la personne dont l'action n'apparaît pas, manifestement, irrecevable, dénuée de fondement ou abusive en raison notamment du nombre des demandes, de leur caractère répétitif ou systématique () ".

8. Il résulte de ce qui a été exposé au point 6 que la requête de M. A apparait manifestement irrecevable. Par suite, il n'y a pas lieu de prononcer son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les frais du litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que M. A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er: Les conclusions de la requête de M. A tendant à l'annulation de la décision du 14 juin 2022 refusant de lui délivrer un titre de séjour sont réservées jusqu'en fin d'instance pour être jugées devant une formation collégiale.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet du Var.

Lecture en audience publique le 29 août 2022 à 15 heures 08.

La magistrate désignée,

F. DLa greffière,

M. B

La République mande et ordonne au préfet du Var, en ce qui le concerne, ou à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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