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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2202441

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2202441

mercredi 31 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2202441
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantISSA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 août 2022 à 16 heures 29, M. G A D demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 23 août 2022 par laquelle le préfet de la Meurthe-et-Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et lui a interdit le retour sur le territoire français d'une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Meurthe-et-Moselle de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de l'expiration du délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, en application des dispositions des articles L. 911-2 et L. 911-3 du code de justice administrative

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil sur le fondement des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Concernant les moyens communs :

- sa requête est recevable ;

- les décisions sont insuffisamment motivées ;

- elles ont été prises par une autorité incompétente

- elles ne lui ont pas été notifiées dans une langue qu'il comprend ;

Concernant la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle porte atteinte au droit au respect de la vie privée et familiale ;

Concernant la décision portant refus d'un délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il ne présente pas un risque de fuite et que son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public ;

Concernant la décision fixant le pays de destination :

- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Concernant la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant à sa durée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 août 2022, le préfet de la Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient, à titre principal, que la requête de M. A D est irrecevable, et à titre subsidiaire, que les moyens soulevés ne sont pas fondés

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Marti, vice-président, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B

- les observations de Me Issa, représentant M. A D ;

- les observations de M. F, représentant le préfet de la Meurthe-et-Moselle, qui reprend l'argumentation du mémoire en défense ;

- et les observations de M. A D, assisté d'un interprète en langue arabe.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A D, ressortissant marocain né le 6 octobre 1996, est entré en France de manière irrégulière en 2018. Après avoir été condamné par le tribunal judiciaire de Nancy, le 23 mai 2022, à une peine de quatre mois d'emprisonnement pour agression sexuelle, il a été incarcéré à la maison d'arrêt de Nancy-Maxéville. Par un arrêté du 23 août 2022, le préfet de la Meurthe-et-Moselle a pris à son encontre une décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai et prononçant une interdiction de retour pour une durée de 36 mois. Placé dans les locaux du centre de rétention administrative de Metz, M. A D demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

Concernant les moyens communs :

2. En premier lieu, l'arrêté contesté a été compétemment pris par M. E C, sous-préfet de l'arrondissement de Toul, qui a reçu délégation de signature par le préfet de la Meurthe-et-Moselle par un arrêté du 16 juin 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, pour signer " toute décision, tout mémoire contentieux, toute saisine du juge en matière de mesures d'éloignement en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ". Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ressort des mentions de l'arrêté attaqué que le préfet de la Meurthe-et-Moselle, après avoir constaté l'entrée irrégulière de M. A D sur le territoire français et l'absence de démarche en vue de la régularisation de sa situation, a examiné l'ensemble de sa situation personnelle et familiale et a vérifié, au vue des éléments dont il avait connaissance, qu'aucune circonstance ne faisait obstacle à une mesure d'éloignement. S'agissant plus particulièrement de la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, cet arrêté vise notamment les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne, d'une part, qu'il constitue une menace à l'ordre public en raison de sa condamnation pénale pour agression sexuelle et d'autre part, qu'il ne présente pas de garanties de représentation suffisantes en raison de son impossibilité à fournir un document d'identité ou de voyage. S'agissant de la décision fixant le pays de destination, cet arrêté vise notamment l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, mentionne la nationalité du requérant et indique qu'il n'allègue pas encourir personnellement des risques de traitement prohibé par ces stipulations en cas de retour dans son pays d'origine. S'agissant enfin de la décision portant interdiction de retour, cet arrêté vise notamment l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne les éléments relatifs à la durée de sa présence en France, à ses liens sur le territoire et dans son pays d'origine et à la menace que représente sa présence en France sur l'ordre public dont il a tenu compte pour fixer la durée de cette interdiction. Alors que le préfet n'est pas tenu de mentionner tous les éléments relatifs à la situation de l'étranger auquel il fait obligation de quitter le territoire français, cet arrêté comporte ainsi l'ensemble des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cet arrêté doit être écarté.

4. En troisième lieu, si le requérant soutient que la décision en litige lui a été notifiée dans une langue qu'il ne comprend pas, aucune disposition du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'impose au préfet de notifier une décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour sur le territoire à son destinataire par l'intermédiaire d'un interprète ou dans une langue qu'il comprend. Par suite, les conditions de notification d'une telle décision n'ont d'incidence que sur les voies et délais de recours contentieux mais n'affectent pas sa légalité. Le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué a été notifié dans une langue non comprise par son destinataire doit être écarté.

Concernant la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Il ressort des pièces du dossier que, si M. A D déclare être marié et avoir un enfant, il ne produit aucun élément de nature à justifier ses allégations. M. A D ne produit par ailleurs aucun autre élément de nature à démontrer l'existence d'attaches privées et familiales sur le territoire français, ni d'efforts d'intégration particuliers. M. A D a également fait l'objet d'une condamnation pénale. Par suite, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait porté une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale, garantie par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision refusant le délai de départ volontaire :

7. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

8. Il ressort des pièces du dossier que M. A D n'est pas en mesure de présenter des documents de voyage en cours de validité à la date de la décision attaquée. Il se trouvait ainsi dans le cas prévu au 8° de l'article L. 612-3 précité, permettant de regarder comme établi, sauf circonstance particulière, le risque qu'il se soustraie à l'obligation qui lui avait été faite de quitter le territoire français. En outre, il ressort des pièces du dossier que M. A D a été condamné à une peine d'emprisonnement de quatre mois pour des faits d'agression sexuelle. Par suite, le préfet n'a pas inexactement apprécié sa situation en refusant de lui accorder un délai de départ volontaire au motif que sa présence en France constituerait une menace pour l'ordre public.

Sur la décision fixant le pays de destination :

9. Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Ce dernier texte énonce que : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants ".

10. M. A D soutient que son retour au Maroc l'exposerait à des traitements contraires aux textes susvisés. Toutefois, il n'établit pas la réalité des risques personnels auxquels il serait exposé en cas de retour au Maroc. Si M. A D invoque son état de santé, les éléments qu'il produit ne permettent pas d'établir l'impossibilité de voyager et de bénéficier d'un traitement approprié au Maroc. Au surplus, un certificat de compatibilité avec une mesure de rétention, émis par un chirurgien de centre hospitalier de Metz, atteste de la possible prise en charge de la maladie de l'intéressé au Maroc. Dans ces conditions, le moyen tiré de la violation des textes précités ne peut être accueilli.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

11. En troisième lieu, aux termes de l'article L.612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

12. Il résulte de ces dispositions que lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, le préfet assortit, en principe et sauf circonstances humanitaires, l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour. La durée de cette interdiction doit être déterminée en tenant compte des critères tenant à la durée de présence en France, à la nature et l'ancienneté des liens de l'intéressé avec la France, à l'existence de précédentes mesures d'éloignement et à la menace pour l'ordre public représentée par la présence en France de l'intéressé.

13. En l'espèce, l'intéressé n'ayant aucune attache en France et ayant été condamné à 4 mois d'emprisonnement pour des faits d'agression sexuelle, la durée de l'interdiction de retour du territoire français n'est pas disproportionnée et ce moyen doit donc être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir, que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

15. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution. Il s'ensuit que les conclusions susvisées ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

16. Les dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que la somme demandée par M. A D au titre des frais exposés et non compris dans les dépens soit mise à la charge de l'Etat qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. G A D et au préfet de la Meurthe-et-Moselle.

Lu en audience publique le 31 août 2022 à 15 heures 24.

Le magistrat désigné,

D. B

Le greffier,

L. Thomas

La République mande et ordonne au préfet de la Meurthe-et-Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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