mercredi 7 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2202502 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | DUFLO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 1er septembre 2022, à 14 heures 13, et un mémoire enregistré le 6 septembre 2022, M. C A demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 30 août 2022 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trente-six mois ;
2°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge du préfet la somme de 2 000 euros à verser à son avocat, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que son conseil s'engage à renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Il soutient que :
En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :
- elles sont entachées d'incompétence de l'auteur de l'acte ;
- elles sont insuffisamment motivées ;
- elles ne lui ont pas été notifiées dans une langue qu'il comprend.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- son droit d'être entendu a été méconnu ;
- la décision est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;
- elle est entachée d'un défaut de base légale dès lors que le préfet aurait dû se fonder sur le 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et non sur le 1° de ce même article ;
- elle est entachée d'erreurs de fait quant à son nom et son année de naissance ; la décision mentionne également, à tort, qu'il n'a jamais sollicité de titre de séjour et qu'il ne dispose pas d'attaches familiales sur le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions des articles 6.4 et 6.5 de l'accord franco-algérien ;
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que sa situation entrait dans le cas de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation sur sa situation personnelle ;
- elle porte atteinte à sa vie privée et familiale et est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;
- elle porte atteinte aux articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;
- son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;
- il ne présente pas de risque de fuite.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant à sa durée et à l'existence de circonstances humanitaires ;
- elle méconnaît le droit constitutionnel d'asile ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 septembre 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Cabecas, conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8, L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- les observations de Me Duflo, avocate commise d'office de M. A, qui reprend les moyens et conclusions de la requête, indique qu'elle n'entend pas demander le bénéfice de l'aide juridictionnelle et fait valoir en outre que la décision contestée est entachée d'erreurs relatives à sa situation privée et familiale dès lors qu'il est marié avec une ressortissante française avec laquelle il a une fille,
- les observations de M. A, assisté d'un interprète en langue arabe, qui déclare s'occuper de sa fille et vouloir travailler pour pourvoir aux besoins de sa famille,
- et les observations de M. D, représentant du préfet de Meurthe-et-Moselle qui reprend les termes du mémoire en défense et fait en outre valoir que le requérant a déposé une demande de titre de séjour qui a été rejetée comme incomplète, que sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public et que, s'agissant de ses liens familiaux en France, il ne produit pas de preuves de son mariage, de la communauté de vie avec sa compagne ni de la contribution à l'entretien et à l'éducation de sa fille.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant algérien né le 26 octobre 1992, serait entré en France au cours de l'année 2018, selon ses déclarations. Il a été incarcéré, le 21 janvier 2022, au centre pénitentiaire de Nancy-Maxéville. Par un arrêté du 30 août 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, en fixant son pays de destination et en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trente-six mois. Placé en rétention administrative, M. A demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Il ressort des pièces du dossier que, contrairement à ce que mentionne la décision contestée, M. A a présenté une demande de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en qualité de parent d'enfant français auprès des services de la préfecture de Meurthe-et-Moselle, le 2 décembre 2021. A l'appui de cette demande, M. A a produit divers documents de nature à démontrer sa situation maritale et la naissance de sa fille, le 14 août 2021. Si, par un courriel du 3 janvier 2021, les services de la préfecture ont " classé sans suite " sa demande au motif qu'il n'avait pas produit de pièces justifiant de l'entretien et de l'éducation de son enfant, M. A a produit les documents demandés par un courriel du 5 janvier suivant. Par ailleurs, le requérant a déclaré lors de son audition, préalable à l'édiction de la décision contestée, être marié avec une ressortissante française et contribuer à l'entretien et à l'éducation de sa fille, de nationalité française. Le requérant avait déjà déclaré, à plusieurs reprises, aux services de police et à ceux de la préfecture, lors de précédentes auditions dont les procès-verbaux sont produits par le préfet de Meurthe-et-Moselle, vivre avec une ressortissante de nationalité française et avait transmis, au mois de février 2021, un certificat de grossesse de sa compagne. Par suite, alors que le requérant avait précisé sa situation familiale et transmis les documents afférents, c'est à tort que le préfet a mentionné, dans la décision contestée, que M. A n'avait pas présenté de demande de titre de séjour et qu'il n'apportait pas la preuve de son mariage avec une ressortissante française et de la naissance de leur fille. Le requérant est, par suite, fondé à soutenir que le préfet de Meurthe-et-Moselle n'a pas sérieusement examiné sa situation avant de prendre à son encontre la décision litigieuse l'obligeant à quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être accueilli.
3. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 30 août 2022 par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français, ainsi que, par voie de conséquence, les décisions refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, fixant son pays de destination et lui interdisant le retour sur le territoire français.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
4. Le présent jugement implique qu'il soit immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues par les dispositions de l'article L. 741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, il y a lieu d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de délivrer à M. A une autorisation provisoire de séjour valable jusqu'à ce qu'il ait à nouveau statué sur son cas, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, en application de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a toutefois pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais de l'instance :
5. Dès lors que M. A n'a pas sollicité le bénéfice de l'aide juridictionnelle, son avocate ne peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Par suite, ses conclusions tendant à la condamnation de l'Etat sur le fondement de ces dispositions doivent être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 30 août 2022 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle a fait obligation à M. A de quitter le territoire français sans délai en fixant son pays de destination et en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trente-six mois est annulé.
Article 2 : Il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues par les dispositions de l'article L. 741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application des dispositions de l'article L. 614-16 du même code.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de Meurthe-et-Moselle de délivrer à M. A une autorisation provisoire de séjour valable jusqu'à ce qu'il ait de nouveau statué sur son cas, dans un délai de quinze jours, à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de Meurthe-et-Moselle.
Lu en audience publique, le 7 septembre 2022, à 15 heures 45.
La magistrate désignée,
L. B La greffière,
L. Stupar
La République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°220250
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026