jeudi 8 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2202533 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | MOUTON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 3 septembre 2022, M. G E demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 29 août 2022 par lequel le préfet de la Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de l'expiration d'un délai de 15 jours suivant la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
M. E soutient que :
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'incompétence ;
- elle n'est pas suffisamment motivée, notamment en droit ;
- elle n'a pas été précédée d'un examen complet et sérieux de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'irrégularité dès lors qu'aucun interprète n'était présent lorsqu'elle lui a été notifiée ;
- elle est entachée d'une erreur de fait ;
- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 521-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur la décision portant refus de délai de départ volontaire :
- elle est entachée d'incompétence ;
- elle n'est pas suffisamment motivée ;
- elle n'a pas été précédée d'un examen complet et sérieux de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant à la menace pour l'ordre public que représente son comportement et quant au risque de fuite ;
Sur la décision fixant le pays de destination :
- elle est entachée d'incompétence ;
- elle n'est pas suffisamment motivée ;
- elle est dépourvue de base légale dès lors qu'elle est fondée sur une obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;
- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est entachée d'incompétence ;
- elle n'est pas suffisamment motivée ;
- elle est dépourvue de base légale dès lors qu'elle est fondée sur une obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant aux circonstances humanitaires ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant à la durée de l'interdiction prononcée à son encontre ;
- elle porte une atteinte grave et disproportionnée à son droit constitutionnel de demander l'asile ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 8 septembre 2022, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- à titre principal : la requête est tardive ;
- à titre subsidiaire : aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Coudert, vice-président, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8, L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C,
- les observations de Me Mouton, avocat commis d'office, représentant M. E qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et indique que la tardiveté ne peut pas être opposée à sa requête, qui est donc recevable ; que l'arrêté est entaché d'erreurs de fait en ce qui concerne le pays de renvoi et les attaches familiales dont il dispose en France ; que son épouse et ses deux enfants résident régulièrement sur le territoire français et y sont parfaitement intégrés ; que la mesure d'éloignement porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ; que son comportement ne constitue pas une menace grave et actuelle à l'ordre public ; qu'il n'existe aucun risque de fuite,
- et les observations de M. F, représentant le préfet de la Moselle, qui conclut aux mêmes fins que le mémoire en défense, par les mêmes moyens, et souligne que la requête est tardive ; que le requérant n'a accompli aucune démarche pour déposer sa demande de réexamen devant l'OFPRA alors qu'il en avait la possibilité même en étant incarcéré ; que l'intensité des liens avec sa famille en France n'est pas établie par les pièces versées par le requérant, qui a fait l'objet de dix-sept condamnations et ne justifie pas être intégré en France.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. E, né le 4 décembre 1979 à Tbilissi (Géorgie), est entré sur le territoire français le 22 mars 2010. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 24 octobre 2011. Il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français édictée par le préfet de Meurthe-et-Moselle le 8 août 2013. Le préfet a pris à son encontre le 9 décembre 2017 une nouvelle décision portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Cette mesure d'éloignement a été exécutée le 13 janvier 2018. M. E est revenu sur le territoire français le 3 septembre 2021. Il a été incarcéré à compter du 1er février 2022 au centre pénitentiaire de Metz. Par arrêté du 29 août 2022, le préfet de la Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Placé en rétention administrative, M. E demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige :
2. L'arrêté contesté a été signé par M. A D, chef du bureau de l'éloignement et de l'asile à la préfecture de la Moselle, qui bénéficiait d'une délégation de signature consentie pour signer un tel acte, en cas d'absence ou d'empêchement de la directrice de l'immigration et de l'intégration, par un arrêté du préfet du 2 juin 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision en litige doit être écarté.
En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, la décision par laquelle le préfet de la Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait, notamment au regard des attaches familiales dont il se prévaut, qui en constituent le fondement et est, par suite, suffisamment motivée. La circonstance alléguée que le préfet aurait inexactement apprécié sa situation au regard de ses démarches pour obtenir le bénéfice de l'asile est sans incidence sur la motivation de la décision en cause.
4. En deuxième lieu, les conditions de notification de la décision attaquée sont sans incidence sur la légalité de celle-ci. Le moyen tiré de l'irrégularité de cette notification en raison de l'absence d'un interprète ne peut donc qu'être écarté comme inopérant.
5. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Moselle n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. E préalablement à l'édiction de la mesure d'éloignement en litige.
6. En quatrième lieu, si le requérant soutient que la décision est entachée d'erreurs de fait dès lors qu'il ne vit pas en concubinage avec Mme B mais est marié avec celle-ci et qu'il est de nationalité russe et non géorgienne, ces erreurs purement matérielles sont, en l'espèce, sans incidence sur la légalité de la décision litigieuse.
7. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; / () ".
8. Aux termes de l'article L. 521-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'enregistrement de sa demande d'asile a été effectué, l'étranger se voit remettre une attestation de demande d'asile dont les conditions de délivrance et de renouvellement sont fixées par décret en Conseil d'Etat. () ". Aux termes de l'article L. 541-1 du même code : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français. " Aux termes de l'article L. 541-2 dudit code : " L'attestation délivrée en application de l'article L. 521-7, dès lors que la demande d'asile a été introduite auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, vaut autorisation provisoire de séjour et est renouvelable jusqu'à ce que l'office et, le cas échéant, la Cour nationale du droit d'asile statuent ".
9. Il ressort des pièces du dossier que, pour prendre à l'encontre de M. E la mesure d'éloignement en litige, le préfet de la Moselle s'est fondé, d'une part, sur la circonstance que l'intéressé, qui s'était présenté en préfecture pour solliciter le réexamen de sa demande d'asile et à qui une attestation de demande avait été délivrée, n'a pas introduit sa demande de réexamen devant l'OFPRA et ne bénéficiait donc plus, à la date de la décision, du droit de se maintenir en France et, d'autre part, sur le fait que le comportement de l'intéressé constituait une menace pour l'ordre public.
10. D'une part, M. E ne conteste pas, ainsi que le fait valoir le préfet de la Moselle, que bien que s'étant vu délivrer une attestation de demande d'asile il n'a pas introduit sa demande de réexamen devant l'OFPRA. A cet égard, si le requérant fait valoir qu'il a été incarcéré à compter du 1er février 2022 il n'apporte aucun élément permettant d'établir qu'il aurait été dans l'impossibilité d'adresser à l'Office sa demande de réexamen pendant sa période de détention. Ainsi, à défaut d'avoir saisi l'OFPRA, le requérant ne bénéficiait plus, à la date de la décision attaquée, du droit de se maintenir sur le territoire français. Le préfet a donc pu à bon droit fonder sa décision sur les dispositions précitées du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
11. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. E a été condamné à plusieurs reprises à des peines allant de quelques mois à deux ans d'emprisonnement pour des faits de vol, de vol en réunion, de vol par effraction (récidive) et de recel de bien provenant d'un vol. L'intéressé a également été condamné à une peine de six mois d'emprisonnement avec sursis assorti d'une mise à l'épreuve pendant un an et six mois pour des faits commis en 2011 de violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint de la victime et à une peine d'emprisonnement d'un an et six mois dont neuf mois avec sursis assorti d'une mise à l'épreuve de deux ans pour des faits similaires commis en 2013. Au regard de l'ensemble de ces éléments, le préfet n'a pas commis d'erreur d'appréciation en estimant que le comportement de M. E constituait une menace pour l'ordre public et a pu à bon droit fonder sa décision sur les dispositions précitées du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
12. En dernier lieu aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
13. M. E soutient qu'il est marié avec une ressortissante russe qui réside régulièrement en France et que leurs deux enfants majeurs résident régulièrement sur le territoire français. Toutefois, eu égard à la menace pour l'ordre public que représente le comportement du requérant et alors qu'il n'apporte pas d'élément suffisant permettant d'attester notamment du maintien des relations avec son épouse pendant la période où il résidait en Géorgie ou de l'intensité des liens qui l'unissent à cette dernière depuis son retour récent en France, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en prononçant à son encontre une obligation de quitter le territoire français, le préfet de la Moselle aurait porté au droit de M. E au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des objectifs de la mesure. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision portant refus de délai de départ volontaire :
14. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ". Aux termes de l'article L. 613-2 dudit code : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ".
15. En premier lieu, contrairement à ce que soutient M. E, l'arrêté du préfet de la Moselle comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision portant refus de délai de départ volontaire. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit, par suite, être écarté.
16. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Moselle n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. E préalablement à l'édiction de la décision par laquelle il a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire.
17. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 11, que le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en estimant que le comportement de M. E constituait une menace pour l'ordre public. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait fait une inexacte application des dispositions précitées du 1° de l'article L. 612-2 en refusant de lui accorder un délai de départ volontaire.
18. En dernier lieu, le requérant apporte des éléments permettant de considérer que, contrairement à ce que le préfet a indiqué dans son arrêté, il présente des garanties de représentation suffisantes et qu'ainsi l'arrêté est entaché d'une erreur d'appréciation quant au risque que M. E se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. Toutefois, la circonstance que le comportement de l'intéressé constitue une menace pour l'ordre public justifie légalement à elle seule la décision portant refus de délai de départ volontaire prise par le préfet de la Moselle. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées du 3° de l'article L. 612-2 et du 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision fixant le pays de renvoi :
19. En premier lieu, l'arrêté du préfet de la Moselle comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision fixant le pays de renvoi. Contrairement à ce que soutient M. E, la décision indique avec une précision suffisante le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit, par suite, être écarté.
20. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Moselle n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. E préalablement à l'édiction de la décision fixant le pays de renvoi.
21. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. E n'établit pas que la décision portant obligation de quitter le territoire français prise à son encontre est illégale. Dès lors, l'exception d'illégalité de cette décision, soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de renvoi, n'est pas fondée et doit être rejetée.
22. En dernier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.
En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision prononçant à l'encontre de M. E une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans :
23. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. /() ".
24. En premier lieu, l'arrêté du préfet de la Moselle comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français. A cet égard, contrairement à ce que soutient M. E, le préfet s'est expressément prononcé sur l'absence de circonstances humanitaires justifiant que la mesure d'interdiction ne soit pas prononcée. En outre, le préfet a justifié la durée de l'interdiction de retour prononcée à l'encontre de M. E en se fondant sur la durée de son séjour en France, sur les attaches personnelles et familiales dont il pouvait se prévaloir et sur la menace à l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il suit de là que le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit être écarté.
25. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. E n'établit pas que la décision portant obligation de quitter le territoire français prise à son encontre est illégale. Dès lors, l'exception d'illégalité de cette décision, soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français, n'est pas fondée et doit être rejetée.
26. En troisième lieu, M. E soutient que la décision porte une atteinte grave et disproportionnée à son droit constitutionnel d'asile dès lors qu'elle fait obstacle à son retour en France afin d'y solliciter l'asile. Il résulte toutefois des dispositions de l'article L. 613-7 que l'intéressé peut solliciter à tout moment l'abrogation de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français. Si cette demande n'est recevable que si l'intéressé réside hors de France, une telle condition n'est pas de nature à porter atteinte au droit d'asile dès lors que le refus d'entrée sur le territoire ne fait pas obstacle au dépôt d'une demande d'asile à la frontière, comme l'a relevé le Conseil constitutionnel dans sa décision n° 2011-631 DC du 9 juin 2011, aux termes de laquelle il a, dans ses motifs et son dispositif, déclaré conformes à la Constitution les dispositions du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, reprises à l'identique à l'article L. 613-7. Par suite, le moyen tiré de la violation du droit constitutionnel d'asile doit être écarté.
27. En quatrième lieu, M. E soutient que le préfet de la Moselle a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en estimant qu'il ne justifiait pas de circonstances humanitaires. Toutefois, ni la circonstance que l'intéressé souhaite demander le réexamen de sa demande d'asile, ni, au regard de ce qui a été dit au point 13, la circonstance que l'épouse du requérant et ses deux fils résident régulièrement en France ne permettent, en l'espèce, de caractériser l'existence de circonstances humanitaires à raison desquelles le préfet aurait pu s'abstenir d'édicter la décision portant interdiction de retour sur le territoire français en litige. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier, compte tenu notamment de ces mêmes circonstances, que le préfet aurait commis une erreur d'appréciation en fixant à deux ans la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à l'encontre de M. E.
28. En dernier lieu, pour les mêmes motifs de fait que ceux énoncés au point 13, le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français porterait au droit de M. E au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des objectifs de la mesure et, par suite, méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doit être écarté.
29. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet de la Moselle, que les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté attaqué ne peuvent qu'être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions aux fins d'injonction et des conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. G E et au préfet de la Moselle.
Lu en audience publique le 8 septembre 2022.
Le magistrat désigné,
B. C
La greffière,
L. Stupar
La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026