vendredi 30 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2202587 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 1 |
| Avocat requérant | JEANNOT |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête enregistrée le 16 mars 2022 sous le n° 2200845, Mme D C, représentée par Me Jeannot, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 16 août 2021 par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a rejeté le recours gracieux qu'elle a présenté le 14 juin 2021 à l'encontre de la décision portant refus de renouvellement de sa carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " du 30 avril 2021 ;
2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer un titre de séjour d'un an portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " ou " travailleur temporaire " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer immédiatement, et ce pendant le réexamen, une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ;
3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et de lui délivrer immédiatement une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ;
4°) en tout état de cause, de mettre à la charge de l'Etat les entiers dépens de l'instance ainsi qu'une somme de 2 000 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que sa demande aurait dû être examinée au regard des stipulations des articles 2.2 et 3 de l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République gabonaise relatif à la gestion concernée des flux migratoires et au codéveloppement, signé à Libreville le 5 juillet 2007 ;
- en lui opposant les dispositions du 1° et du 2° de l'article L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sans faire application des dispositions des articles 2.2 et 3 de l'accord franco-gabonais du 5 juillet 2007 et du pouvoir discrétionnaire de régularisation à titre exceptionnel, le préfet a entaché sa décision d'illégalité ;
- il appartenait au préfet de saisir la DIRECCTE pour avis sur le fondement de l'article 3 de l'accord franco-gabonais ;
- le préfet ne pouvait en aucun cas lui opposer la situation de l'emploi compte tenu des dispositions de cet accord ;
- il appartenait à la préfecture de lui délivrer un titre de séjour dès lors qu'elle satisfait aux conditions des articles 2.2 et 3 de l'accord franco-gabonais ;
- le préfet a entaché sa décision d'illégalité en lui opposant l'absence de contrat de travail à durée indéterminée ;
- la décision contestée est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il appartenait au préfet d'examiner sa demande sur le fondement de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile tant en qualité de salarié / travailleurs temporaire, qu'au titre de la vie privée et familiale ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en raison des conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense enregistré le 5 décembre 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nancy en date du 7 janvier 2022.
II. Par une requête enregistrée le 9 septembre 2022 sous le n° 2202587, Mme D C, représentée par Me Jeannot, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 23 mai 2022 par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé d'instruire sa demande de titre de séjour ;
2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer immédiatement une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ;
3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et de lui délivrer immédiatement, et ce pendant le réexamen, une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ;
4°) en tout état de cause, de mettre à la charge de l'Etat les entiers dépens de l'instance ainsi qu'une somme de 2 000 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;
- elle n'est pas motivée en droit ni en fait, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
- le préfet n'a pas examiné sa situation ;
- la décision est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'elle a présenté des éléments nouveaux à l'appui de sa demande ;
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet n'a pas tenu compte de cette nouvelle demande et a méconnu l'étendue de sa compétence en la rejetant sans examen ;
- elle est entachée d'illégalité en ce qu'elle n'a pas été examinée sous l'angle du droit à une vie privée et familiale ;
- elle est manifestement contraire à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle remplit les conditions des articles L. 423-22 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour obtenir un titre de séjour portant la mention " salarié " ou " vie privée et familiale " ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 25 novembre 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nancy en date du 1er juillet 2022.
Vu :
- l'ordonnance du juge des référés n° 2202586 du 27 septembre 2022 ;
- les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention franco-gabonaise relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Paris le 2 décembre 1992, publiée par le décret n° 2003-963 du 3 octobre 2003 ;
- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République gabonaise relatif à la gestion concertée des flux migratoires et au codéveloppement signé à Libreville le 5 juillet 2007 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code du travail ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, ressortissante gabonaise née le 25 août 1989, est entrée en France le 1er septembre 2015 munie de son passeport revêtu d'un visa long séjour afin d'y poursuivre ses études. A l'expiration de son visa long séjour la requérante s'est vu délivrer un titre de séjour valable du 5 octobre 2016 au 4 octobre 2017. Un titre de séjour en qualité de salarié lui a été délivré au titre de la période du 11 octobre 2019 au 10 octobre 2020. Par décision du 30 avril 2021 le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office. Par un courrier du 16 août 2021, le préfet de Meurthe-et-Moselle a rejeté le recours gracieux formé par Mme C contre cet arrêté. Par un courrier du 5 janvier 2022, reçu par les services de la préfecture de Meurthe-et-Moselle le 13 janvier 2022, Mme C a sollicité la délivrance, à titre principal, d'un titre de séjour portant la mention " salarié " ou " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, à titre subsidiaire, la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 423-23 du même code. Par une décision du 23 mai 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de procéder à l'enregistrement de cette demande. Par les requêtes susvisées, qu'il y a lieu de joindre pour statuer par un même jugement, Mme C demande au tribunal d'annuler la décision du 16 août 2021 portant rejet de son recours gracieux et la décision du 23 mai 2022 portant refus d'enregistrement de sa demande de titre de séjour.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 16 août 2021 :
2. Il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux devant l'auteur de cet acte et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours gracieux a été rejeté. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. Il appartient, en conséquence, au juge administratif, s'il est saisi dans le délai de recours contentieux qui a recommencé de courir à compter de la notification du rejet du recours gracieux, de conclusions dirigées formellement contre le seul rejet du recours gracieux, d'interpréter les conclusions qui lui sont soumises comme étant aussi dirigées contre la décision administrative initiale.
3. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de Mme C dirigées contre la décision du 16 août 2021 par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a rejeté le recours gracieux qu'elle a présenté le 14 juin 2021 doivent être regardées comme étant dirigées également contre la décision du 30 avril 2021 par laquelle le préfet a refusé de renouveler sa carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ".
4. En premier lieu, par un arrêté du 9 avril 2021, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture de Meurthe-et-Moselle, le préfet de Meurthe-et-Moselle a donné délégation à M. Julien Le Goff, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer toutes les décisions relatives aux attributions de l'Etat dans le département. Dans ces conditions, M. A, signataire de l'arrêté contesté, était compétent pour signer la décision de refus de titre de séjour litigieuse. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision contestée doit être écarté.
5. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier ni des termes de l'arrêté attaqué que le préfet de Meurthe-et-Moselle n'aurait pas procédé à un examen complet de la demande de Mme C.
6. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article 2.2 de l'accord franco-gabonais susvisé, entré en vigueur le 1er septembre 2008 et complétant la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République gabonaise relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Paris le 2 décembre 1992 : " Une autorisation provisoire de séjour d'une durée de validité de neuf mois renouvelable une fois est délivrée au ressortissant gabonais qui, ayant achevé avec succès, dans un établissement d'enseignement supérieur habilité au plan national, un cycle de formation conduisant à la licence professionnelle ou à un diplôme au moins équivalent au master, souhaite compléter sa formation par une première expérience professionnelle (). A l'issue de la période de validité de l'autorisation provisoire de séjour, l'intéressé pourvu d'un emploi ou titulaire d'une promesse d'embauche, satisfaisant aux conditions ci-dessus, est autorisé à séjourner en France pour l'exercice de son activité professionnelle, sans que soit prise en considération la situation de l'emploi ". Aux termes de l'article 3 de cet accord : " 3.1. - Les Parties s'engagent à faciliter et à organiser la mobilité professionnelle pendant une période maximale de dix-huit mois de jeunes travailleurs gabonais en France et français au Gabon, âgés de dix-huit (18) à trente-cinq (35) ans, afin d'exercer une activité professionnelle salariée, sous couvert d'un contrat de travail et sans que soit prise en considération la situation de l'emploi. / A cette fin, elles conviennent d'engager des négociations afin de conclure un accord relatif aux échanges de jeunes professionnels, dont un projet est joint au présent accord, afin d'assurer l'application du présent article./ 3.2.-La carte de séjour temporaire portant la mention salarié ou travailleur temporaire est délivrée sans que soit prise en compte la situation de l'emploi : / a) Au ressortissant gabonais titulaire d'un contrat de travail visé par l'autorité française compétente dans les métiers énumérés en annexe I. / b) Au ressortissant gabonais titulaire d'un contrat de travail, visé par l'autorité française compétente, destiné à lui assurer un complément de formation professionnelle en entreprise d'une durée inférieure à douze mois. () ". Aux termes de l'article 12 de la convention conclue le 2 décembre 1992 entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République gabonaise : " Les dispositions de la présente convention ne font pas obstacle à l'application des législations respectives des deux Parties contractantes sur l'entrée et le séjour des étrangers sur tous les points non traités par la convention ".
7. D'autre part, aux termes de l'article L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable : " Une carte de séjour temporaire, d'une durée maximale d'un an, autorisant l'exercice d'une activité professionnelle est délivrée à l'étranger : / () / 2° Pour l'exercice d'une activité salariée sous contrat de travail à durée déterminée ou dans les cas prévus aux articles L. 1262-1 et L. 1262-2 du même code, dans les conditions prévues à l'article L. 5221-2 dudit code. Cette carte est délivrée pour une durée identique à celle du contrat de travail ou du détachement, dans la limite d'un an. Elle est renouvelée pour une durée identique à celle du contrat de travail ou du détachement. Elle porte la mention " travailleur temporaire " ; () ". Aux termes de l'article R. 5221-20 du code du travail alors applicable : " Pour accorder ou refuser l'une des autorisations de travail mentionnées à l'article R. 5221-11, le préfet prend en compte les éléments d'appréciation suivants : 1° La situation de l'emploi dans la profession et dans la zone géographique pour lesquelles la demande est formulée, compte tenu des spécificités requises pour le poste de travail considéré, et les recherches déjà accomplies par l'employeur auprès des organismes concourant au service public de l'emploi pour recruter un candidat déjà présent sur le marché du travail ; () ".
8. D'une part, il ressort des pièces du dossier que Mme C a sollicité le renouvellement de son titre de séjour portant la mention " salarié " valable du 11 octobre 2019 au 10 octobre 2020 et qu'elle n'était pas titulaire d'une autorisation provisoire de séjour délivrée sur le fondement des stipulations précitées de l'article 2.2 de l'accord franco-gabonais. Par suite, elle ne peut utilement soutenir que le préfet aurait dû, à l'issue de la période de validité de cette autorisation provisoire de séjour, l'autoriser à séjourner en France pour l'exercice de son activité professionnelle en application de ces stipulations.
9. D'autre part, les stipulations de l'article 3-1 de l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République gabonaise relatif à la gestion concertée des flux migratoires et au co-développement signé le 5 juillet 2007 requièrent l'intervention d'actes complémentaires pour produire des effets à l'égard des particuliers et sont, par suite, dépourvues d'effet direct. Dès lors, leur méconnaissance ne peut être utilement invoquée à l'encontre de la décision portant refus de titre de séjour.
10. Enfin, dès lors que l'emploi de chargé de projet analytique que souhaitait exercer Mme C ne figure pas dans la liste des métiers permettant la délivrance d'un titre de séjour sans que soit prise en compte la situation de l'emploi, et qu'il ne ressort pas des pièces du dossier, et n'est pas allégué, que le contrat de travail pour l'exercice de cet emploi aurait pour objet de lui assurer un complément de la formation professionnelle qu'elle avait suivie et pour laquelle elle avait obtenu un master en sciences du médicament, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet aurait dû faire application des stipulations de l'article 3-2 de l'accord franco-gabonais susvisé.
11. Il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à soutenir que le préfet de Meurthe-et-Moselle aurait entaché la décision de refus de séjour litigieuse d'une erreur de droit en ne faisant pas application des stipulations des articles 2.2 et 3 de l'accord franco-gabonais susvisé, ni qu'il aurait dû saisir les services de la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi sur le fondement des stipulations de l'article 3 de cet accord, ni même que le préfet lui aurait illégalement opposé la situation de l'emploi en méconnaissance de ces mêmes stipulations. De même, la requérante ne peut utilement soutenir qu'elle aurait dû bénéficier d'un titre de séjour sur le fondement de ces stipulations.
12. En quatrième lieu, si Mme C fait valoir que le préfet de Meurthe-et-Moselle a entaché la décision de refus de séjour litigieuse d'une erreur de droit en lui opposant l'absence de production d'un contrat de travail à durée indéterminée, il ressort des termes de la décision contestée que le préfet s'est également fondé sur le motif, non contesté, tiré de ce que l'établissement qui souhaitait l'embaucher n'avait pas suffisamment justifié de ses recherches, auprès des organismes concourant au service public de l'emploi, pour recruter un candidat déjà présent sur le marché du travail. Dans ces conditions, le préfet a pu à bon droit, et pour ce seul motif, refuser de procéder au renouvellement de sa carte de séjour en qualité de salarié.
13. En cinquième lieu, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que Mme C aurait sollicité, préalablement à l'introduction de son recours gracieux du 5 juin 2021, la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ne ressort pas des termes de l'arrêté contesté que le préfet aurait examiné d'office la possibilité de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de ces dispositions ni sur celles des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions et stipulations doit être écarté comme inopérant.
14. En sixième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicables : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2. () ".
15. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté litigieux, après avoir visé l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et rappelé les conditions d'entrée et de séjour de Mme C sur le territoire français ainsi que sa situation familiale et professionnelle, indique que " l'intéressée ne fait valoir aucun autre argument en vue d'une admission exceptionnelle au séjour () ". Les termes de cet arrêté révèlent que le préfet a examiné la possibilité de délivrer à l'intéressée tant un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " qu'un titre de séjour portant la mention " salarié " sur le fondement des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
16. En septième lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme C est entrée sur le territoire français le 1er septembre 2015, alors qu'elle était âgée de vingt-six ans, en vue d'y poursuivre ses études, et ce après avoir vécu en Italie de 2011 à 2015. Si la requérante se prévaut de la présence en France de ses parents et d'un frère et d'une sœur en situation régulière, il ne ressort pas des attestations peu circonstanciées versées à l'instance qu'elle aurait entretenu des liens d'une particulière intensité avec ces derniers. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que les membres de la famille de la requérante, dont les titres de séjour portant la mention " passeport talent " arrivent à expiration le 1er janvier 2023, auraient vocation à s'établir durablement en France. Mme C, célibataire et sans charge de famille sur le territoire français, ne fait état d'aucun autre lien personnel ou professionnel d'une intensité ou d'une stabilité particulière et n'établit pas être dépourvue de toutes attaches familiales dans son pays d'origine. Enfin, si la requérante se prévaut d'une promesse d'embauche en qualité de chargée de projet analytique sous couvert d'un contrat d'intérim d'une durée de douze mois, cette dernière est postérieure à la date d'édiction de la décision de refus de séjour contestée. Dans ces conditions, en dépit des efforts d'insertion dont la requérante se prévaut, à travers l'obtention en 2018 d'un diplôme de master en sciences du médicament et de ses perspectives de travail en adéquation avec sa formation, ni la durée de la présence en France de Mme C ni sa situation personnelle et familiale ne peuvent être regardées comme constituant des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels au sens des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet aurait entaché la décision attaquée d'une erreur manifeste d'appréciation. Pour les mêmes motifs, et alors que la requérante ne fait état d'aucun obstacle à la poursuite d'une activité professionnelle en adéquation avec sa formation et les diplômes obtenus dans son pays d'origine, Mme C n'est pas fondée à soutenir que la décision contestée serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme C dans l'instance n° 2200845 ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 23 mai 2022 :
18. Aux termes de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. () ". Il résulte de ces dispositions qu'en dehors du cas d'une demande à caractère abusif ou dilatoire, l'autorité administrative chargée d'instruire une demande de titre de séjour ne peut refuser de l'enregistrer, et de délivrer le récépissé y afférent, que si le dossier présenté à l'appui de cette demande est incomplet. Le caractère abusif ou dilatoire de la demande doit s'apprécier compte tenu d'éléments circonstanciés. Le simple fait que l'étranger ait fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français exécutoire ne suffit pas à le caractériser.
19. Pour refuser de procéder à l'enregistrement de cette demande de titre de séjour, le préfet s'est fondé, d'une part, sur le motif tiré de ce que Mme C faisait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français édictée par un arrêté du 30 avril 2021, et, d'autre part, sur l'absence d'éléments nouveaux de fait ou de droit susceptibles de remettre en cause les termes de cette mesure d'éloignement. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que par sa demande présentée le 3 février 2021, ayant fait l'objet de l'arrêté du préfet de Meurthe-et-Moselle du 30 avril 2021 portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, la requérante s'était bornée à solliciter le renouvellement de son titre de séjour portant la mention " salarié " valable du 11 octobre 2019 au 10 octobre 2020, en se prévalant d'un contrat de mission en qualité d'intérimaire pour le compte de la société Capsugel en qualité de chargée de projet analytique du 22 mars 2021 au 7 mai 2021. Or, il ressort des pièces du dossier que dans sa demande de titre de séjour présentée le 13 janvier 2022, la requérante a notamment sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 423-23 de ce code, qui n'avait pas été sollicité dans sa précédente demande, en faisant notamment valoir la présence en France en situation régulière de ses parents, de son frère et de sa sœur et l'obtention d'une promesse d'embauche au sein de la société Expectra pour un poste de chargée de projet analytique dans le cadre d'un contrat à durée déterminée d'un an et un salaire annuel brut de 37 800 euros. Dans ces conditions, cette demande de titre de séjour ne saurait être regardée comme présentant un caractère abusif ou dilatoire. Par suite, Mme C est fondée à soutenir que la décision contestée de refus d'enregistrement de sa demande de titre de séjour est entachée d'une erreur de droit.
20. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme C dans l'instance n° 2202587 doivent être accueillies.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
21. L'annulation de la décision de refus d'enregistrement du 23 mai 2022 implique seulement que le préfet de Meurthe-et-Moselle procède à l'examen de la demande de titre de séjour présentée par Mme C le 13 janvier 2022. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de procéder à cet examen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de mettre immédiatement la requérante en possession d'une autorisation provisoire de séjour.
22. En revanche, dès lors que Mme C se borne à solliciter un titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, un tel récépissé n'emporte pas, conformément aux dispositions de l'article R. 431-14 du même code, autorisation pour l'intéressée d'exercer une activité professionnelle. Les conclusions à fin d'injonction présentées par la requérante doivent donc, dans cette mesure, être rejetées.
En ce qui concerne les frais liés aux litiges :
23. Les présentes instances ne comportent aucun dépens. Par suite, les conclusions présentées à ce titre ne peuvent qu'être rejetées.
24. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que la somme demandée par Mme C dans l'instance n° 2200845 soit mise à la charge de l'Etat qui n'est pas la partie perdante.
25. Dans l'instance n° 2202587, Mme C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. En conséquence, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Jeannot, conseil de Mme C, d'une somme de 1 200 euros, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
D E C I D E :
Article 1 : La décision du 23 mai 2022 par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé d'enregistrer la demande de titre de séjour présentée par Mme C est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de Meurthe-et-Moselle de procéder à l'examen de la demande de titre de séjour présentée par Mme C le 13 janvier 2022 dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer immédiatement une autorisation provisoire de séjour.
Article 3 : L'Etat versera à Me Jeannot, avocate de Mme C, une somme de 1 200 (mille deux cents) euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de la renonciation de Me Jeannot à percevoir la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C, au préfet de Meurthe-et-Moselle et à Me Jeannot.
Délibéré après l'audience du 13 décembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Coudert, président,
Mme Grandjean, première conseillère,
M. Gottlieb, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 décembre 2022.
Le rapporteur,
R. B Le président,
B. Coudert
La greffière,
A. Mathieu
La République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Nos 2200845,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026