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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2202710

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2202710

mercredi 5 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2202710
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantKOHLER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 septembre 2022 à 11 heures 38, M. D A, représenté par Me Gatin, demande au tribunal d'annuler l'arrêté en date du 2 septembre 2022 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trente-six mois.

M. A soutient que :

- sa requête est recevable ;

- l'arrêté du préfet de Meurthe-et-Moselle méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il a été pris sans que sa situation, notamment médicale, ait été prise en compte.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 septembre 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la requête de M. A est irrecevable en raison de sa tardiveté et qu'en tout état de cause aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Coudert, vice-président, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8, L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

- le rapport de M. B,

- les observations de Me Kohler, avocat commis d'office substituant Me Gatin, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et indique en outre que les conditions de notification de l'arrêté attaqué ne permettent pas de faire courir le délai de quarante-huit heures et qu'ainsi la fin de non-recevoir opposée par le préfet sera écartée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né à Oran le 30 août 1992, actuellement incarcéré à la maison d'arrêt de Maxéville-Nancy, demande au tribunal d'annuler l'arrêté en date du 2 septembre 2022 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trente-six mois.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; /() ". Pour prendre à l'encontre de M. A la mesure d'éloignement litigieuse, le préfet de Meurthe-et-Moselle s'est fondé sur la circonstance que l'intéressé n'avait pas demandé le renouvellement du titre de séjour dont il disposait et dont la validité expirait le 29 juin 2017.

3. En premier lieu aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

4. M. A soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire français prise à son encontre par le préfet de Meurthe-et-Moselle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale dès lors qu'il réside en France depuis l'âge de six ans, qu'il n'a plus d'attaches familiales dans son pays d'origine alors qu'il justifie d'attaches fortes en France où il a séjourné régulièrement. D'une part, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant résiderait en France depuis l'âge de six ans, le préfet mentionnant dans la décision litigieuse qu'il est entré sur le territoire en 2004, alors qu'il avait douze ans. D'autre part, si le requérant soutient que sa famille réside en France, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé, âgé de trente ans, est célibataire et sans charge de famille en France et ne justifie pas être isolé en cas de retour dans son pays d'origine dès lors qu'il mentionnait le 16 août 2022, dans une note de renseignements relative à sa situation administrative et personnelle, avoir de la famille en Algérie. Enfin, il ressort des pièces du dossier que M. A a fait l'objet à compter de 2011 de nombreuses condamnations à des peines d'emprisonnement notamment pour des faits de tentative et extorsion par violence, menace ou contrainte en récidive, de vol en récidive, d'outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique, de vol avec violence en récidive, outrage et menace de crime contre une personne chargée d'une mission de service public, de dégradation ou détérioration de bien public, de vol en réunion, d'extorsion par violence en récidive et d'escroquerie. Le requérant a ainsi été incarcéré, dès l'âge de dix-neuf ans, du 21 octobre 2011 au 27 avril 2015. Il a été de nouveau incarcéré à compter du 4 juin 2018, sa date de levée d'écrou étant prévue pour le 7 octobre 2022. Compte-tenu des faits pour lesquels M. A a été condamné, le préfet de Meurthe-et-Moselle était fondé à estimer, nonobstant la pathologie dont l'intéressé fait état, que sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public. Au regard de l'ensemble de ces éléments, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en prononçant à l'encontre de M. A une obligation de quitter le territoire français, le préfet de Meurthe-et-Moselle aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des objectifs de la mesure. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

5. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

6. Si M. A soutient que l'arrêté du préfet de Meurthe-et-Moselle méconnaît ces stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ce moyen, qui n'est opérant qu'à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi, doit être écarté dès lors que si l'état de santé de l'intéressé nécessite une prise en charge médicale, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il ne pourrait pas bénéficier en Algérie d'un traitement adapté à sa pathologie.

7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet de Meurthe-et-Moselle, que la requête de M. A doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet de Meurthe-et-Moselle.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 octobre 2022.

Le magistrat désigné,

B. B

La greffière,

M. C

La République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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