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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2202728

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2202728

mardi 24 juin 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2202728
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 1
Avocat requérantSELARL NIANGO

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nancy a annulé l'arrêté du 15 avril 2022 par lequel le maire de Vigneulles-lès-Hattonchâtel a refusé un permis de construire à M. A pour un chenil. La décision a été censurée pour insuffisance de motivation en droit, le refus se bornant à mentionner une erreur de formulaire sans préciser les dispositions légales applicables, en méconnaissance de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme. Le tribunal a jugé qu'aucun autre moyen n'était fondé en l'état du dossier pour justifier l'annulation. En conséquence, il a enjoint à la commune de réexaminer la demande de permis de construire.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 septembre 2022, M. B A, représenté par Me Coissard, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 15 avril 2022 par lequel le maire de la commune de Vigneulles-lès-Hattonchâtel a refusé de lui accorder un permis de construire, ensemble la décision de rejet de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de lui délivrer l'autorisation sollicitée ;

3°) de mettre à la charge de la commune la somme de 4 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté litigieux est insuffisamment motivé en droit ;

- il est entaché d'une erreur de fait, l'erreur de formulaire n'étant pas susceptible de justifier le rejet, les documents produits permettant de comprendre la nature du projet et d'en étudier la conformité aux règles d'urbanisme ;

- il est illégal du fait de l'erreur manifeste d'appréciation dont est affecté le classement de la parcelle en zone naturelle ; la commune a entrepris de rectifier cette erreur en modifiant le plan local d'urbanisme en classant la parcelle en zone agricole avant l'acquisition du terrain ; elle était tenue, conformément au principe général du droit, de ne pas faire application du classement illégal et devait apprécier le projet au regard des dispositions applicables à la zone agricole ;

- le motif tiré de la méconnaissance de l'orientation principale du PADD est illégal, en ce que ce document n'est pas directement opposable et en ce que la méconnaissance de ce document par le projet n'est pas établie.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 janvier 2025, la commune de Vigneulles-lès-Hattonchâtel, représentée par Me Niango, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge du requérant d'une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par un courrier en date du 27 mai 2025, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le tribunal était susceptible de relever d'office, dans l'hypothèse où la légalité du classement de la parcelle litigieuse en zone N serait confirmée, le moyen tiré de ce que le maire de la commune se trouvait en situation de compétence liée pour refuser la délivrance du permis de construire sollicité, et, en conséquence, que les autres moyens soulevés seraient inopérants.

Par un mémoire enregistré le 28 mai 2025, M. A a présenté des observations en réponse au moyen d'ordre public.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Vigneulles-lès-Hattonchâtel approuvé le 27 février 2004 et révisé le 9 août 2016 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Milin-Rance, rapporteure,

- les conclusions de M. Gottlieb, rapporteur public,

- les observations Me Degoulet, représentant M. A,

- et les observations Me Niango, représentant la commune de Vigneulles-lès-Hattonchâtel.

Considérant ce qui suit :

1. M. A est propriétaire d'une parcelle cadastrée section ZA n° 54 sur le territoire de la commune de Vigneulles-lès-Hattonchâtel. Le 19 novembre 2019, il a déclaré la création d'une pension canine sur cette parcelle, suivant le régime des installation classées pour la protection de l'environnement, et, le 27 janvier 2022, il a déposé une demande de permis de construire en vue de démolir un hangar préexistant et de le reconstruire pour y abriter un chenil. Il demande l'annulation de l'arrêté en date du 15 avril 2022 par lequel le maire de la commune a rejeté sa demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme : " Lorsque la décision rejette la demande ou s'oppose à la déclaration préalable, elle doit être motivée. / Cette motivation doit indiquer l'intégralité des motifs justifiant la décision de rejet ou d'opposition, notamment l'ensemble des absences de conformité des travaux aux dispositions législatives et réglementaires mentionnées à l'article L. 421-6 () ".

3. En se bornant à indiquer que le projet ne relève pas du formulaire de demande de permis de construire pour maison individuelle mais d'une demande de permis de construire avec le Cerfa 13409*09, sans préciser les dispositions sur lesquelles ce motif de refus est fondé, le maire de la commune de Vigneulles-lès-Hattonchâtel n'a pas mis le pétitionnaire à même de comprendre les motifs de la décision. M. A est ainsi fondé à soutenir que l'arrêté du 15 avril 2022 est insuffisamment motivé en droit.

4. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen n'est de nature, en l'état du dossier, à fonder l'annulation de l'arrêté attaqué.

5. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté du 15 avril 2022 par lequel le maire de la commune de Vigneulles-lès-Hattonchâtel a refusé de délivrer à M. A un permis de construire doit être annulé.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ". Aux termes de l'article L. 911-2 du même code : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé ".

7. L'exécution du présent jugement implique seulement qu'il soit enjoint au maire de la commune de Vigneulles-lès-Hattonchâtel de réexaminer la demande de M. A dans un délai d'un mois.

Sur les frais du litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. A, qui n'est pas la partie perdante à l'instance, la somme demandée par la commune de Vigneulles-lès-Hattonchâtel. Dans les circonstances de l'espèce, la commune de Vigneulles-lès-Hattonchâtel versera à M. A une somme de 1 500 euros sur le fondement de ces mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 15 avril 2022 par lequel le maire de la commune de Vigneulles-lès-Hattonchâtel a refusé de délivrer à M. A un permis de construire est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au maire de la commune de Vigneulles-lès-Hattonchâtel de réexaminer la demande de M. A dans un délai d'un mois.

Article 3 : La commune de Vigneulles-lès-Hattonchâtel versera à M. A une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 5 : Les conclusions présentées par la commune de Vigneulles-lès-Hattonchâtel sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune de Vigneulles-lès-Hattonchâtel.

Délibéré après l'audience du 3 juin 2025, à laquelle siégeaient :

M. Coudert, président,

Mme Milin-Rance, première conseillère,

Mme Grandjean, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 juin 2025.

La rapporteure,

F. Milin-Rance

Le président,

B. Coudert

La greffière,

I. Varlet

La République mande et ordonne au préfet de la Meuse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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