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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2202743

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2202743

jeudi 6 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2202743
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 2
Avocat requérantMARIAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 septembre 2022, Mme D A, représentée par Me Marian, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision en date du 7 juin 2022 par laquelle le directeur du centre hospitalier régional universitaire (CHRU) de Nancy l'a suspendue de ses fonctions à compter du 8 juin 2022, ensemble le rejet de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au directeur du CHRU de Nancy de rétablir le versement de son traitement ;

3°) de mettre à la charge du CHRU de Nancy la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le signataire n'avait pas compétence pour signer la décision de suspension ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision méconnait les droits de la défense attachés à la procédure disciplinaire ;

- la notion de " schéma vaccinal complet " est source d'insécurité juridique ;

- la décision ne pouvait être prononcée en l'absence de décret d'application de l'article 12 de la loi du 5 août 2021 ;

- la décision contestée méconnait les dispositions applicables à la date de son certificat de dépistage qui prévoyaient une durée de validité de six mois ;

- elle méconnaît l'article 9 ter de la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 en ce que le conseil commun de la fonction publique n'a pas été saisi ;

- elle porte atteinte au principe de non-discrimination selon l'état de santé ;

- elle porte atteinte au consentement préalable aux soins ;

- elle porte atteinte au consentement aux expérimentations médicales ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 2 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle porte une atteinte à son droit au travail ;

- elle est disproportionnée.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 février 2023, le CHRU de Nancy, représenté par Me Marrion, conclut au rejet de la requête. Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le décret n°86-442 du 14 mars 1986 ;

- la loi n° 2021-1040 du 5 août 2021 ;

- le décret n° 2021-699 du 1er juin 2021 ;

- l'arrêté du 4 août 2014 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Marini ;

- les conclusions de Mme Milin-Rance, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Dubois, substituant Me Marrion et représentant le CHRU de Nancy.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A est préparatrice en pharmacie au CHRU de Nancy. Le 1er juin 2022, il était constaté qu'elle ne disposait plus d'un certificat de rétablissement Covid valide. Par une décision du 7 juin 2022, dont la requérante demande l'annulation, le directeur du CHRU de Nancy l'a informée de sa décision de la suspendre de ses fonctions à compter du 8 juin 2022. Mme A a exercé un recours gracieux qui a été rejeté le 25 juillet 2022.

Sur le cadre juridique :

2. Aux termes de l'article 12 de la loi du 5 août 2021, relative à la gestion de la crise sanitaire, dans sa version applicable au présent litige : " I. - Doivent être vaccinés, sauf contre-indication médicale reconnue, contre la covid-19 : / ()2° Les professionnels de la santé mentionnés à la quatrième partie du code de la santé publique () ". L'article 13 de la même loi dispose, dans sa version alors en vigueur : " I. - Les personnes mentionnées au I de l'article 12 établissent : 1° Satisfaire à l'obligation de vaccination en présentant le certificat de statut vaccinal prévu au second alinéa du II du même article 12. / Par dérogation au premier alinéa du présent 1°, peut être présenté, pour sa durée de validité, le certificat de rétablissement prévu au second alinéa du II de l'article 12. () 2° Ne pas être soumises à cette obligation en présentant un certificat médical de contre-indication () ". Selon l'article 14 de cette loi : " I. () B - A compter du 15 septembre 2021, les personnes mentionnées au I de l'article 12 ne peuvent plus exercer leur activité si elles n'ont pas présenté les documents mentionnés au I de l'article 13 ou, à défaut, le justificatif de l'administration des doses de vaccins requises par le décret mentionné au II de l'article 12. / Par dérogation au premier alinéa du présent B, à compter du 15 septembre 2021 et jusqu'au 15 octobre 2021 inclus, sont autorisées à exercer leur activité les personnes mentionnées au I de l'article 12 qui, dans le cadre d'un schéma vaccinal comprenant plusieurs doses, justifient de l'administration d'au moins une des doses requises par le décret mentionné au II du même article 12, sous réserve de présenter le résultat, pour sa durée de validité, de l'examen de dépistage virologique ne concluant pas à une contamination par la covid-19 prévu par le même décret. () III. - Lorsque l'employeur constate qu'un agent public ne peut plus exercer son activité en application du I, il l'informe sans délai des conséquences qu'emporte cette interdiction d'exercer sur son emploi ainsi que des moyens de régulariser sa situation. L'agent public qui fait l'objet d'une interdiction d'exercer peut utiliser, avec l'accord de son employeur, des jours de congés payés. A défaut, il est suspendu de ses fonctions ou de son contrat de travail. / La suspension mentionnée au premier alinéa du présent III, qui s'accompagne de l'interruption du versement de la rémunération, prend fin dès que l'agent public remplit les conditions nécessaires à l'exercice de son activité prévues au I (). La dernière phrase du deuxième alinéa du présent III est d'ordre public ".

3. Aux termes de l'article 2-2 du décret du 1er juin 2021, dans sa version applicable au litige : " () 3° Un certificat de rétablissement à la suite d'une contamination par la covid-19 est délivré sur présentation d'un document mentionnant un résultat positif à un examen de dépistage RT-PCR ou à un test antigénique réalisé plus de onze jours auparavant. Sa durée de validité est fixée à quatre mois pour l'application des articles 47-1 et 49-1 et à six mois pour l'application du titre 2 bis, à compter de la date de réalisation de l'examen ou du test mentionnés à la phrase précédente. ".

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. En premier lieu, par une décision n°2021-DG42 du 6 septembre 2021, le directeur général du CHRU de Nancy, Bernard Dupont, a donné délégation de signature à M. B C, chef du département ressources humaines et affaires sociales, à l'effet de signer les mémoires en justice et les décisions administratives concernant l'ensemble des personnels contractuels, stagiaires et titulaires des catégories A, B et C relevant de la fonction publique hospitalière. Par suite, le moyen tiré du vice d'incompétence dont serait entaché la décision contestée ne peut qu'être écarté.

5. En deuxième lieu, Mme A fait valoir que la décision du 7 juin 2022 par laquelle le directeur du CHRU de Nancy l'a suspendue de ses fonctions sans traitement, qui constitue une sanction, est insuffisamment motivée et est irrégulière car elle n'a pas bénéficié des garanties de la procédure disciplinaire. Toutefois, lorsque l'autorité administrative suspend le contrat de travail d'un agent public qui ne satisfait pas à l'obligation vaccinale et interrompt, en conséquence, le versement de son traitement, elle ne prononce pas une sanction mais se borne à constater que l'agent ne remplit plus les conditions légales pour exercer son activité. Dès lors, les moyens ainsi soulevés par la requérante sont inopérants et doivent être écartés.

6. En troisième lieu, la circonstance que la définition de ce qu'est un schéma vaccinal complet ait évolué à plusieurs reprises en fonction de l'évolution des connaissances scientifiques ne saurait être regardée comme constitutive d'une méconnaissance du principe de sécurité juridique. Par suite, le moyen doit être écarté.

7. En quatrième lieu, il résulte des dispositions précitées que les conditions de vaccination des personnels des établissements de santé ont été précisées par un décret du 7 août 2021, pris après des avis de la Haute Autorité de Santé des 4 et 6 août 2021. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée ne pouvait être prise sur le fondement de la loi du 5 août 2021 avant la publication du décret mentionné au II de l'article 12, intervenu le 22 septembre 2021, doit être écarté.

8. En cinquième lieu, le moyen tiré de ce que les auteurs de la loi du 5 août 2021 l'ont adoptée sans consulter préalablement le conseil commun de la fonction publique, en méconnaissance de l'article 9 ter de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations de fonctionnaires est inopérant pour critiquer la légalité de la décision attaquée.

9. En sixième lieu, d'une part, la mesure contestée, fondée sur les dispositions de la loi du 5 août 2021, s'applique de manière identique à l'ensemble des personnes qui exercent leur activité professionnelle au sein des établissements de santé et des professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du code de la santé publique. La circonstance que ce dispositif fait peser sur ces personnes une obligation vaccinale qui n'est pas imposée à d'autres catégories de personnes, constitue, compte tenu des missions des établissements et professionnels de santé et de la vulnérabilité des patients qu'ils prennent en charge, une différence de traitement en rapport avec cette différence de situation, qui n'est pas manifestement disproportionnée au regard de l'objectif poursuivi. D'autre part, l'article 13 de la même loi du 5 août 2021 prévoit que l'obligation de vaccination ne s'applique pas aux personnes qui présentent un certificat médical de contre-indication ainsi que, pendant la durée de sa validité, aux personnes disposant d'un certificat de rétablissement. Le champ de cette obligation apparaît ainsi cohérent et proportionné au regard de l'objectif de santé publique poursuivi alors même que l'obligation ne concerne pas l'ensemble de la population mais seulement les professionnels qui se trouvent dans une situation qui les expose particulièrement au virus et au risque de le transmettre aux personnes les plus vulnérables à ce virus. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée serait discriminatoire ou contraire au principe d'égalité.

10. En septième lieu, contrairement à ce que soutient Mme A, la décision contestée n'a ni pour objet ni pour effet de la contraindre à se vacciner. Par suite, les moyens tirés de l'atteinte au consentement préalable aux soins, de l'atteinte au consentement aux expérimentations médicales et de la méconnaissance des stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales sont inopérants.

11. En huitième lieu, la décision contestée qui prévoit non pas la cessation des fonctions de Mme A mais la suspension de ses fonctions jusqu'à ce que la requérante produise les justificatifs requis ne porte pas atteinte au droit à l'emploi mais opère une conciliation équilibrée entre les exigences constitutionnelles qui découlent du droit à l'emploi et du droit à la protection de la santé.

12. En dernier lieu, les certificats de rétablissement prévus par la loi du 31 mai 2021 attestent, pour la mise en œuvre des règles sanitaires susceptibles d'être fixées au cours de leur période de validité par cette loi et les mesures réglementaires prises pour son application, de la contamination de leur porteur par la covid-19 et de son rétablissement. Le décret du 15 février 2022 a réduit de six à quatre mois la durée de validité des certificats de rétablissement en cours de validité à cette date. Le principe de non-rétroactivité des actes administratifs ne fait pas obstacle à l'application immédiate des dispositions réglementaires modifiant la durée de validité du certificat de rétablissement, laquelle ne constitue pas un droit acquis pour les personnes possédant un tel document. Par conséquent, Mme A n'est pas fondée à soutenir que la décision contestée a un effet rétroactif.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 7 juin 2022 par laquelle le directeur du CHRU de Nancy a suspendu Mme A de ses fonctions sans traitement doivent être rejetées ainsi que par voie de conséquence les conclusions à fin d'injonction et les conclusions en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A et au centre hospitalier régional universitaire de Nancy.

Délibéré après l'audience du 15 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Marti, président,

M. Durand, premier conseiller,

Mme Marini, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juillet 2023.

La rapporteure,

C. Marini

Le président,

D. Marti

Le greffier,

F. Richard

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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