vendredi 14 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2202776 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | GEHIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 29 septembre et 13 octobre 2022, M. A B, représenté par Me Géhin, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 16 juin 2022 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de procéder à l'échange de son permis de conduire algérien contre un permis de conduire français ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de lui délivrer un permis de conduire français dans les cinq jours suivant la notification de l'ordonnance à intervenir ou, à titre subsidiaire, de statuer à nouveau sur la demande ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors que la décision en litige le prive de la possibilité de conduire alors que son épouse a de graves problèmes de santé et qu'il doit la conduire à ses examens et soins médicaux ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :
- elle a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'erreur de fait et d'erreur d'appréciation dès lors que son permis de conduire n'est pas falsifié.
Par un mémoire enregistré le 3 octobre 2022, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la condition d'urgence n'est pas remplie, dès lors que le requérant a la possibilité d'utiliser un autre moyen de transport ;
- aucun des moyens soulevés n'est de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 septembre 2022.
Vu :
- la requête n° 2202777 enregistrée le 29 septembre 2022 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la route ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- l'arrêté du 12 janvier 2012 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Kohler, première conseillère, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative pour statuer sur les demandes de référés.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 14 octobre 2022 à 9h30 :
- le rapport de Mme Kohler, juge des référés ;
- les observations de Me Géhin, représentant M. B, qui reprend les conclusions et moyens de la requête et les observations de celui-ci ;
- le préfet de la Loire-Atlantique n'étant ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique du 14 octobre 2022 à 10h01.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant algérien, est titulaire d'un certificat de résidence algérien délivré le 26 juillet 2021. Dans le délai d'un an à compter de cette date, il a demandé l'échange de son permis de conduire, délivré le 11 mars 1989 et renouvelé le 5 décembre 2012 par les autorités algériennes, contre un permis de conduire français. Par une décision du 16 juin 2022, le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de faire droit à cette demande. M. B demande au juge des référés d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de cette décision.
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
3. D'une part, la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient ainsi au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
4. En l'espèce, M. B se prévaut de l'état de santé de son épouse dont les diverses pathologies nécessitent des soins pluri-hebdomadaires au sein de plusieurs établissements de santé distincts qui ne sont pas tous accessibles en transport en commun. Il produit également des certificats médicaux justifiant que celle-ci ne peut se rendre seule à ces différents rendez-vous dès lors qu'existe un risque de malaise. Il a également indiqué à l'audience avoir dû renoncer à son activité professionnelle faute de pouvoir se déplacer. Dans ces conditions, M. B justifie d'une situation d'urgence au sens des dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.
5. D'autre part, aux termes de l'article 7 de l'arrêté du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les États n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen : " A. - Avant tout échange, l'autorité administrative compétente s'assure de l'authenticité du titre de conduite et, en cas de doute, de la validité des droits. / B. - Pour vérifier l'authenticité du titre de conduite, l'autorité administrative compétente sollicite, le cas échéant, l'aide d'un service spécialisé dans la détection de la fraude documentaire. () / D. - Néanmoins, quand bien même l'authenticité du titre de conduite est établie, l'autorité administrative compétente peut, avant de se prononcer sur la demande d'échange, en cas de doute selon les informations dont elle dispose, consulter l'autorité étrangère ayant délivré le titre afin de s'assurer des droits de conduite de son titulaire. La demande auprès des autorités étrangères est transmise, sous couvert du ministre chargé des affaires étrangères, service de la valise diplomatique, au consulat de France compétent qui la transmet aux autorités compétentes et avise l'autorité administrative compétente de la date de cette transmission. La demande peut être adressée également par courriel soit aux autorités consulaires françaises, soit lorsque les circonstances le permettent, directement aux autorités compétentes de l'État de délivrance. () / E.-Si le caractère frauduleux du titre est établi, l'échange n'a pas lieu et le titre est retiré par l'autorité administrative compétente, qui saisit le procureur de la République en le lui transmettant ".
6. Il résulte de ces dispositions qu'en cas de doute sur l'authenticité du titre dont l'échange est demandé, le préfet fait procéder à son analyse avec l'aide d'un service spécialisé dans la détection de la fraude documentaire et peut compléter son analyse en consultant par la voie diplomatique l'autorité étrangère qui a délivré le titre. L'intéressé peut, lors de l'instruction de sa demande par l'administration comme à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir contre une décision refusant l'échange pour absence d'authenticité du titre, apporter la preuve de son authenticité par tout moyen présentant des garanties suffisantes. Cette possibilité lui est ouverte y compris dans le cas où l'autorité étrangère, consultée par le préfet, n'a pas répondu. Si des documents produits par l'intéressé et présentés comme des attestations de l'autorité étrangère ne peuvent être pris en considération que s'ils présentent eux-mêmes des garanties suffisantes d'authenticité, ils ne sauraient être écartés au seul motif qu'ils n'ont pas été transmis aux autorités françaises par la voie diplomatique.
7. En l'espèce, le préfet de la Loire-Atlantique a refusé d'échanger le permis de conduire algérien de M. B au motif que ce permis, conforme au modèle de référence, avait subi des altérations et devait être regardé comme une falsification. Il résulte de l'instruction que l'altération portée au permis de conduire de M. B consiste en une réécriture, au stylo, de son mois de naissance. M. B a produit, à l'appui de sa requête, plusieurs documents justifiant de son état-civil et de sa date de naissance, conforme à celle indiquée sur son titre de conduite, ainsi que deux certificats de capacité de permis de conduire établis par le Consul Général à Strasbourg en mai et octobre 2022 et un certificat de capacité établi en juin 2022 par la daïra de Miliana en Algérie. Ces documents, dont l'authenticité n'est pas contestée, suffisent, en l'état de l'instruction, à remettre en en cause le caractère falsifié du permis de conduire dont l'échange est demandé. Dans ces conditions, les moyens tirés de l'erreur de fait et de l'erreur d'appréciation sont de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. Il y a lieu, par suite, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 16 juin 2022.
8. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire () ". Dans ces conditions, et eu égard aux moyens regardés comme sérieux, l'exécution de la présente ordonnance implique nécessairement la délivrance d'une attestation tenant lieu de permis de conduire, valable jusqu'à ce que le tribunal administratif ait statué sur la demande de l'intéressé tendant à l'annulation de la décision du 16 juin 2022. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de délivrer cette attestation dans un délai de huit jours à compter de la présente ordonnance.
9. M. B bénéficie de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Géhin, avocat de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à cet avocat de la somme de 1 500 euros.
ORDONNE :
Article 1er : L'exécution de la décision du 16 juin 2022 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé d'échanger le permis de conduire de M. B est suspendue.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de délivrer à M. B une attestation tenant lieu de permis de conduire, valable jusqu'à ce que le tribunal administratif ait statué sur la demande de l'intéressé tendant à l'annulation de la décision du 16 juin 2022 dans un délai de huit jours à compter de la présente ordonnance.
Article 3 : Sous réserve que Me Géhin, avocat de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle, l'Etat lui versera la somme de 1 500 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, à Me Géhin, au préfet de la Loire-Atlantique et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Fait à Nancy, le 14 octobre 2022.
La juge des référés,
J. Kohler
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026