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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2202817

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2202817

mercredi 5 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2202817
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantSELARL CENTAURE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 octobre 2022 à 17 heures 59 et un mémoire enregistré le 4 octobre 2022, M. J H, représenté par Me Boudhane, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 30 septembre 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans ;

3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut de réexaminer sa situation administrative et dans l'attente, de le mettre en possession d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à rester sur le territoire français dans les délais, de respectivement, un mois et quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la compétence de l'auteur de la décision n'est pas établie ;

- le préfet ne l'a pas mis en mesure de présenter des observations préalablement à cette décision en méconnaissance des articles L. 122-1 et L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision est insuffisamment motivée en fait ;

- le préfet n'a pas pris en compte sa situation personnelle et objective ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :

- le préfet ne l'a pas mis en mesure de présenter des observations préalablement à cette décision ;

- le préfet n'a pas motivé sa décision au regard de circonstances factuelles particulières ;

- la décision est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et qu'il a tenté de régulariser sa situation en détention ;

- il présente des garanties de représentation ;

- compte tenu de sa situation personnelle, le préfet a entaché sa décision d'une erreur sur les motifs juridiques qui en sont le fondement ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- il n'a pas été tenu compte de la durée de sa présence en France, de ses attaches familiales dans ce pays ou d'une éventuelle menace à l'ordre public ;

- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation compte tenu de sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 octobre 2022, le préfet de Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. H ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Grandjean, première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme E,

- les observations de Me Issa, substituant Me Boudhane et représentant M. H, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens, ajoute d'une part, que la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français est disproportionnée et d'autre part, qu'il est l'objet de menaces réelles dans son pays d'origine, et insiste sur :

. le fait que le requérant ne représente aucune menace à l'ordre public, dès lors que la peine à laquelle il a été condamné a été assortie d'un sursis, que les faits pour lesquels il a été condamné ont été requalifiés en faits de violences, la fiche pénale présentée par le préfet qui mentionne une condamnation pour tentative de meurtre ne démontrant pas le contraire, une copie du jugement ou un extrait de casier judiciaire pouvant seuls faire foi ;

. les attaches familiales qu'il détient en France, en particulier sa sœur en situation régulière, son frère dont la demande d'asile est en cours d'examen et son cousin qui l'héberge ;

- les observations de M. H, qui confirme être entré en France en mai 2016 et avoir été condamné à deux ans d'emprisonnement dont un an avec sursis, non pour tentative de meurtre mais pour violences volontaires ;

- et les observations de M. G, représentant le préfet de Seine-Saint-Denis, qui conclut aux mêmes fins que le mémoire en défense, par les mêmes moyens et précise notamment que la décision portant obligation de quitter le territoire français est fondée sur la situation irrégulière en France du requérant et la menace pour l'ordre public qu'il représente.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. H, ressortissant sri-lankais né le 25 novembre 1995, est entré en France, selon ses déclarations en mai 2016 pour y solliciter le statut de réfugié. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 18 mai 2017 et une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 11 juillet 2018. Par un arrêté du 27 mai 2021, le préfet de police de Paris a décidé de l'obliger à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination. Par un arrêté du 30 septembre 2022, le préfet de Seine-Saint-Denis lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. M. H, placé en centre de rétention par une décision du même jour, demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions relatives à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 61 du décret susvisé du 28 décembre 2020 portant application de la loi du 10 juillet 1991 : " () L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et compte tenu de l'urgence, d'admettre provisoirement M. H au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré de l'incompétence :

4. L'arrêté est signé par Mme A B, cheffe de la mission ordre public du bureau de l'éloignement, à laquelle le préfet de Seine-Saint-Denis établit avoir délégué sa signature en cas d'absence ou d'empêchement de Mme C D, directrice des étrangers et des naturalisations par un arrêté en date du 25 avril 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le 26 avril 2022. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la directrice des étrangers et de la naturalisation n'était pas absente ou empêchée à la date de la décision contestée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, l'arrêté attaqué mentionne les considérations de droit et de fait qui fondent la décision portant obligation de quitter le territoire français prononcée à l'encontre du requérant. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision manque ainsi en fait et doit, par suite, être écarté.

6. En deuxième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de l'arrêté attaqué que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation du requérant avant de prendre une mesure d'éloignement à son encontre. Par suite ce moyen doit être écarté.

7. En troisième lieu, il résulte des dispositions du livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des décisions par lesquelles l'autorité administrative signifie à l'étranger l'obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français. Dès lors, la procédure contradictoire préalable prévue par les dispositions des articles L. 121-1 et suivants du code des relations entre le public et l'administration n'est pas applicable aux décisions énonçant une obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination. Par suite, M. H ne peut utilement invoquer la méconnaissance des dispositions des articles L. 121-1 et L. 122-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger () ; / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; / () ".

9. Il ressort des pièces du dossier que la demande d'asile présentée par M. H, qui est entré irrégulièrement en France pour la première fois en mai 2016, a été rejetée par la CNDA le 11 juillet 2018 et qu'il se trouve depuis en situation irrégulière sur le territoire français. Il ne ressort pas non plus des pièces du dossier que le requérant aurait sollicité un titre de séjour avant son incarcération le 29 mai 2021, ni qu'il aurait été ensuite empêché de le faire. Le préfet pouvait ainsi, pour ces seuls motifs, obliger le requérant à quitter le territoire français. En outre, il ressort des pièces du dossier que le requérant a été placé en détention provisoire le 29 mai 2021 par le tribunal judiciaire de Paris pour des faits de tentative de meurtre commis le 9 mars 2021, faits pour lesquels il a été condamné par un jugement du 30 septembre 2022 du tribunal correctionnel de Paris à deux ans d'emprisonnement dont un an avec sursis. Quand bien même les faits auraient, ainsi que le soutient le requérant à la barre, été requalifiés en violences volontaires et alors qu'il est constant qu'il a bénéficié d'un an de sursis sur les deux ans de détention à auxquels il a été condamné, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait commis une erreur de droit ou une erreur manifeste d'appréciation en estimant en outre qu'il représentait une menace pour l'ordre public et en décidant pour ce motif également son éloignement.

10. Par ailleurs, si M. H, célibataire et sans enfant à charge en France se prévaut de la présence régulière de sa sœur sur le territoire français, il n'établit pas les relations qu'il entretiendrait avec elle. S'il se prévaut également de la présence d'un de ses frères et d'un cousin, il n'établit pas leur présence régulière sur le territoire français. Il ne démontre pas non plus l'absence d'attaches personnelles dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-et-un ans et où vivent sa mère et un autre de ses frères. Enfin, la circonstance qu'il ait bénéficié de contrats de travail auprès de diverses entreprises depuis février 2021 n'est pas non plus de nature à faire obstacle à son éloignement. Par suite, à supposer ce moyen soulevé, la décision attaquée n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit du requérant à mener une vie privée et familiale normale en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :

11. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, (), qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".

12. En premier lieu, M. H n'établissant pas l'illégalité de la décision du préfet de Seine-Saint-Denis lui faisant obligation de quitter le territoire français, il n'est pas fondé à soutenir que la décision lui refusant un délai de départ volontaire serait illégale en raison de l'illégalité de la mesure précédente.

13. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que le requérant a été reçu en entretien le 6 juin 2021, après son incarcération, par un fonctionnaire de la police aux frontières et a été mis à même à cette occasion de faire valoir ses observations sur sa situation relative à son droit au séjour et au risque d'éloignement. Au demeurant, si le requérant soutient qu'il n'a pu porter à la connaissance de l'administration des informations relatives à ses attaches familiales en France, à son insertion professionnelle et aux difficultés qu'il rencontre dans son pays avant que ne soit prise la décision lui refusant le délai de départ volontaire, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles auraient été de nature à influencer le sens de la décision contestée. Le moyen tiré du vice de procédure doit, dès lors, être écarté.

14. En troisième lieu, l'arrêté attaqué mentionne les considérations de droit et de fait qui fondent la décision refusant le délai de départ volontaire. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision manque ainsi en fait et doit, par suite, être écarté.

15. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas tenu compte de la situation personnelle du requérant avant de prendre la décision contestée. Par suite, ce moyen doit être écarté.

16. En cinquième lieu, le requérant soutient que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public et qu'il n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement. Toutefois, il ne ressort pas des termes de la décision contestée ni des pièces du dossier que le préfet de Seine-Saint-Denis ait entendu se fonder sur ces motifs pour prendre la décision contestée. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.

17. En sixième lieu, si le requérant soutient qu'il dispose d'un justificatif de résidence, il ressort des pièces du dossier que l'attestation d'hébergement qu'il présente établit qu'il n'est hébergé par son cousin, M. I, que depuis le 3 octobre 2022, soit postérieurement à la décision du préfet. En outre, la situation régulière en France de M. I n'est pas établie. Dans ces conditions, le requérant ne peut se prévaloir d'un hébergement stable. La circonstance que le requérant ait demandé à effectuer sa période de détention provisoire chez son cousin dans le cadre d'une assignation à résidence avec surveillance électronique est sans incidence sur la légalité de la décision en litige, alors au demeurant qu'il est constant qu'il a effectué l'intégralité de sa période de détention provisoire à la maison d'arrêt de Villepinte. Par suite, M. H n'est pas fondé à soutenir que le préfet ne pouvait fonder sa décision sur le 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne le pays de destination :

18. Le requérant soutient ne pas pouvoir rejoindre son pays d'origine en raison des risques qu'il y encourrait tenant, selon ses déclarations à la barre, à ses convictions religieuses qui seraient réprouvées par le pouvoir en place dans son pays d'origine. Toutefois, M. H n'apporte aucun élément de nature à établir la réalité et l'actualité des risques encourus.

En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

19. En premier lieu, les moyens dirigés contre l'obligation de quitter le territoire français ayant été écartés, l'exception d'illégalité de cette mesure d'éloignement soulevée à l'appui de la contestation de l'interdiction de retour sur le territoire français ne peut être accueillie.

20. En deuxième lieu, l'arrêté contesté vise les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, rappelle l'irrégularité du séjour de l'intéressé en France, l'absence de justification de liens intenses et stables sur le territoire national, la mesure d'éloignement dont il a précédemment fait l'objet le 27 mai 2021 qu'il n'a pas exécutée ainsi que la menace à l'ordre public que constitue son comportement. Dans ces conditions, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de son insuffisante motivation doit, par suite, être écarté.

21. En troisième lieu, il résulte des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que, lorsque l'intéressé fait l'objet d'une obligation de quitter sans délai le territoire français, l'autorité administrative doit assortir cette mesure d'éloignement d'une interdiction de retour sur ce territoire, sauf lorsque des circonstances humanitaires s'y opposent. M. H ne se prévaut d'aucune circonstance humanitaire.

22. Par ailleurs, il ressort des termes de l'arrêté contesté que, pour fixer la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français, le préfet de Seine-Saint-Denis a tenu compte des quatre critères fixés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, tenant à la durée de présence de l'intéressé en France, à la nature et à l'ancienneté des liens qu'il a développés avec la France, à la circonstance qu'il a déjà fait ou non l'objet d'une mesure d'éloignement et à la menace pour l'ordre public que représente sa présence en France. M. H a déclaré être entré irrégulièrement en France en mai 2016. S'il établit que sa sœur réside régulièrement en France, il ne justifie pas entretenir avec elle des liens d'une particulière intensité, ne démontre pas, alors même qu'il bénéficie d'un contrat de travail depuis février 2021, avoir noué d'autres liens personnels sur le territoire français et il ressort des pièces du dossier que sa mère et l'un de ses frères résident dans son pays d'origine dans lequel il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-et-un ans. S'il fait valoir qu'il ne saurait lui être fait grief de n'avoir pas exécuté la précédente obligation de quitter le territoire en date du 27 mai 2021 dès lors qu'il a été écroué seulement deux jours plus tard, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que le requérant aurait manifesté son intention de s'y conformer à sa sortie de détention. Enfin, il ressort des pièces du dossier que le requérant a été placé en détention provisoire le 29 mai 2021 par le tribunal judiciaire de Paris pour des faits de tentative de meurtre. La menace à l'ordre public est ainsi établie, alors même que le requérant, ainsi qu'il le soutient à la barre sans l'établir, n'aurait été finalement condamné qu'à raison de faits de violence volontaire. Par suite, compte tenu de l'entrée récente de M. H et des conditions de séjour en France ainsi rappelées, le préfet de Seine-Saint-Denis n'a pas commis une erreur d'appréciation en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans.

23. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation des décisions du 30 septembre 2022 prises par le préfet de Seine-Saint-Denis doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

24. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution. Il s'ensuit que les conclusions susvisées ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais d'instance :

25. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie tenue aux dépens ou la partie perdante, la somme demandée par M. H au bénéfice de son conseil au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er :M. H est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. J H et au préfet de Seine-Saint-Denis.

Lu en audience publique le 5 octobre 2022 à 15 heures 10.

La magistrate désignée,

G. ELe greffier,

L. Thomas

La République mande et ordonne au préfet de Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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