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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2202829

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2202829

mardi 22 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2202829
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 1
Avocat requérantCONTI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés le 3 octobre 2022 et le 12 décembre 2022, M. B A, représenté par Me Enard-Bazire, demande au tribunal :

1°)d'annuler la décision en date du 29 avril 2022 par laquelle le maire de Royaumeix lui a adressé un rappel à ses obligations professionnelles ;

2°)d'annuler la décision en date du 24 septembre 2022 par laquelle le maire de la commune de Royaumeix a rejeté sa demande indemnitaire préalable en date du 3 août 2022 tendant au versement de la somme de 15 000 euros ;

3°)de condamner la commune de Royaumeix à lui verser la somme de 15 000 euros assortie des intérêts au taux légal à compter du 6 août 2022 ;

4°)de mettre à la charge de la commune de Royaumeix la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le maire ne dispose pas de l'habilitation à ester en justice ;

- en ce qui concerne la décision du 29 avril 2022, il a été privé des garanties attachées à la procédure disciplinaire dès lors qu'il n'a pas été mis à même de consulter son dossier, de se faire assister et de produire des observations en défense ; cette décision contrevient ainsi aux dispositions de l'article 65 de la loi du 22 avril 1905 portant fixation du budget des dépenses et des recettes de l'exercice 1905 et de l'article L. 532-4 du code général de la fonction publique ;

- l'avertissement qui lui a été infligé ne comporte aucune considération de droit et est insuffisamment motivé en fait ;

- aucune faute ne peut lui être reprochée ;

- des faits de harcèlement moral répétés sont à l'origine d'une dégradation de son état de santé physique et mental ; il a été invité puis contraint à la démission ;

- il a subi un préjudice financier du fait d'une perte importante de rémunération en raison de la diminution substantielle du volume horaire de travail, un préjudice moral important et des troubles dans ses conditions d'existence.

Par des mémoires en défense enregistrés les 20 octobre 2022 et 14 septembre 2024, la commune de Royaumeix, représentée par Me Loctin, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de M. A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- à titre principal, la requête est irrecevable dès lors, d'une part, que le courrier du 29 avril 2022 ne lui inflige aucune sanction, de sorte que celui-ci est insusceptible de lui faire grief et que le requérant conteste une décision inexistante, d'autre part, qu'elle est tardive ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code général de la fonction publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Grandjean, première conseillère,

- les conclusions de M. Gottlieb, rapporteur public ;

- et les observations de Me Conti, substituant Me Loctin, représentant la commune de Royaumeix.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 1er février 2020, M. A a été recruté par la commune de Royaumeix (Meurthe-et-Moselle) en qualité de rédacteur principal de première classe titulaire, à temps non complet pour une durée hebdomadaire de douze heures. Après que le maire de Royaumeix eût adressé à M. A, le 29 avril 2022, un courrier lui rappelant ses obligations professionnelles, l'intéressé a présenté sa démission le 9 mai 2022, laquelle a été acceptée par arrêté du 16 mai 2022. Par courrier du 3 août 2022, M. A a présenté à la commune de Royaumeix une demande indemnitaire préalable, à hauteur de 15 000 euros, tendant à la réparation de son préjudice en raison de faits de harcèlement moral commis par le maire. Cette demande a été rejetée par une décision du 24 septembre 2022. Par la requête susvisée, M. A demande l'annulation du courrier du maire de Royaumeix du 29 avril 2022 et la condamnation de la commune de Royaumeix à lui verser la somme de 15 000 euros en réparation du

préjudice subi.

Sur la recevabilité du mémoire en défense présenté par la commune de Royaumeix :

2. Aux termes de l'article L. 2132-1 du code général des collectivités territoriales : " Sous réserve des dispositions du 16° de l'article L. 2122-22, le conseil municipal délibère sur les actions à intenter au nom de la commune ". Aux termes de l'article L. 2132-2 du même code : " Le maire, en vertu de la délibération du conseil municipal, représente la commune en justice ". Aux termes de l'article L. 2122-22 du même code : " Le maire peut, en outre, par délégation du conseil municipal, être chargé, en tout ou partie, et pour la durée de son mandat : / () / 16° D'intenter au nom de la commune les actions en justice ou de défendre la commune dans les actions intentées contre elle, dans les cas définis par le conseil municipal () ".

3. Par une délibération du 5 septembre 2022, le conseil municipal de la commune de Royaumeix a décidé d'autoriser le maire à ester en justice en vue d'obtenir le rejet de l'action engagée par M. A. Par suite, et alors même que cette délibération vise une procédure engagée devant le " tribunal de grande instance ", la fin de non-recevoir tirée du défaut de production de l'habilitation du maire à agir en justice doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation du courrier du 29 avril 2022 :

4. Le 29 avril 2022, le maire de la commune de Royaumeix a adressé à M. A un courrier le rappelant à ses obligations professionnelles d'obéissance, de neutralité et de discrétion professionnelle, et exprimant le souhait que ce rappel permette d'éviter l'engagement d'" une procédure de niveau supérieur ". Ce courrier, dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait été destiné à être versé au dossier de M. A, ne prononce pas un avertissement constitutif d'une sanction disciplinaire mais a le caractère d'une mesure d'ordre intérieur qui ne fait pas grief et n'est ainsi pas susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir. Par suite, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'autre fin de non-recevoir invoquée par la commune tirée de la tardiveté de la requête, les conclusions tendant à l'annulation du courrier du 29 avril 2022 ne peuvent qu'être rejetées comme irrecevables.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

5. Aux termes des dispositions de l'article L. 133-2 du code général de la fonction publique : " Aucun agent public ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel ". Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. Pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'agent auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral. En revanche, la nature même des agissements en cause exclut, lorsque l'existence d'un harcèlement moral est établie, qu'il puisse être tenu compte du comportement de l'agent qui en a été victime pour atténuer les conséquences dommageables qui en ont résulté pour lui. Le préjudice résultant de ces agissements pour l'agent victime doit alors être intégralement réparé.

6. M. A estime avoir été victime d'un harcèlement moral exercé par le maire de Royaumeix l'ayant conduit à présenter sa démission le 9 mai 2022. Il résulte de l'instruction que M. A a, le 15 mars 2022, signalé à deux conseillers municipaux les décisions du maire qu'il estimait répréhensibles relatives, l'une, aux conditions de paiement de la location de la salle polyvalente par une conseillère municipale, l'autre, à l'achat de fioul dont la livraison a été, dans un premier temps, faite au domicile du père du maire. Le maire a, de son côté, lors de la séance du conseil municipal, informé les élus du comportement qu'il estimait fautif du secrétaire de mairie. M. A fait par ailleurs valoir que, après qu'il eût dénoncé ces faits au procureur de la République par un courrier du 26 avril 2022, le maire l'aurait menacé en tenant les propos suivants : " si je suis impacté, vous l'êtes aussi ", que le maire engageait des dépenses sans l'en avoir averti au préalable et excédant les crédits votés malgré ses avertissements et qu'au cours d'un entretien qui s'est tenu en présence de deux adjoints, le 19 avril 2022, le maire lui a vivement reproché de ne pas exercer correctement sa mission de comptable et l'a menacé. S'il résulte de l'instruction que les méthodes de travail du maire de la commune de Royaumeix ont déstabilisé M. A, l'absence de rigueur comptable qu'il lui reproche ne saurait constituer un acte de harcèlement moral et si la publicité que le maire a donné à leurs désaccords en conseil municipal en l'absence de l'intéressé s'avère à tout le moins maladroite, elle ne procède pas plus d'agissements constitutifs de harcèlement moral. Enfin, alors même que la dégradation de l'état de santé du requérant a pu trouver son origine dans ses difficultés relationnelles avec le maire de la commune et son incompréhension face aux initiatives de ce dernier, le requérant n'apporte pas d'éléments susceptibles de faire présumer l'existence d'un harcèlement.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'indemnisation présentées par M. A doivent être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Royaumeix, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de M. A une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la commune de Royaumeix et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er :La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : M. A versera à la commune de Royaumeix une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la commune de Royaumeix présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune de Royaumeix.

Délibéré après l'audience du 1er octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Coudert, président,

Mme Grandjean, première conseillère,

Mme Jouguet, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 octobre 2024.

La rapporteure,

G. Grandjean Le président,

B. Coudert

La greffière,

I. Varlet

La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N° 2203329

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