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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2202832

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2202832

jeudi 12 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2202832
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 2
Avocat requérantKIPFFER

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I- Par une requête n°2202832, enregistrée le 3 octobre 2022, M. C A, représenté par Me Kipffer, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite du préfet de Meurthe-et-Moselle de rejet de sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de saisir l'Office français de l'immigration et de l'intégration pour qu'il statue sur sa demande de titre de séjour pour raisons médicales, dans un délai de quatre mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 500 euros par jour de retard et de lui délivrer pendant cet examen une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail d'une durée minimale de quatre mois, dans le délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 513 euros à verser à son conseil au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision a été prise à la suite d'une procédure irrégulière dès lors que le préfet n'a pas saisi la commission du titre de séjour, en méconnaissance de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur de droit dès lors que le préfet n'a pas examiné si son état de santé nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et s'il pouvait bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 août 2023, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 2 août 2022.

II- Par une requête n°2301811, enregistrée le 15 juin 2023, M. C A, représenté par Me Kipffer, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner la communication à son avocat de l'entier dossier sur la base duquel l'administration a pris l'arrêté attaqué ;

3°) d'annuler l'arrêté du 2 juin 2023 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 013 euros à verser à son conseil au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

- elles sont entachées d'incompétence ;

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet s'est considéré lié par l'avis de l'Office français de l'immigration et de l'intégration en n'examinant pas lui-même son droit au séjour au regard de son état de santé et a ainsi méconnu l'étendue de sa compétence ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que la demande de titre de séjour n'était pas fondée sur l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle doit être annulée par voie de conséquence de la décision portant refus de titre de séjour ;

En ce qui concerne la décision relative au pays de renvoi :

- elle est entachée d'erreur de droit dès lors qu'elle ne désigne pas directement et expressément le pays de renvoi ;

- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 août 2023, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 juin 2023.

La clôture de l'instruction a été fixée au 13 septembre 2023 par une ordonnance du 17 août 2023.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Wolff a été entendu au cours de l'audience publique :

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant nigérian, né le 7 janvier 1991, s'est présenté auprès du guichet unique de la préfecture de la Moselle afin d'y déposer sa demande d'asile. La consultation du fichier EURODAC a fait apparaître qu'il avait sollicité l'asile auprès des autorités néerlandaises et italiennes préalablement au dépôt de sa demande d'asile en France. Saisies le 14 novembre 2019 d'une demande en ce sens, les autorités italiennes ont accepté la reprise en charge de l'intéressé le 27 novembre 2019. Par un arrêté du 7 janvier 2020, confirmé par un jugement n° 2000199 du 10 février 2020 du présent tribunal, la préfète du Bas-Rhin a prononcé le transfert de M. A aux autorités italiennes responsables de l'examen de sa demande d'asile. Par un jugement du 18 mars 2021, le tribunal administratif de Nancy a annulé la décision du 17 février 2020 par laquelle la préfète du Bas-Rhin lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour. M. A indique n'avoir reçu aucune réponse à sa demande de titre de séjour à la suite de ce jugement. Par un arrêté du 2 juin 2023, le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé d'admettre M. A au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de ces dernières décisions.

Sur l'étendue du litige :

2. Il est constant que par une demande du 27 janvier 2020, réitérée le 2 décembre 2022, M. A a sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Par une décision du 2 juin 2023, le préfet a explicitement refusé de lui délivrer un titre de séjour. Dès lors que cette décision s'est substituée à la décision implicite née de l'absence de réponse initiale à la demande du requérant, ses conclusions doivent être regardées comme dirigées exclusivement contre la décision du 2 juin 2023.

Sur les conclusions tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ".

4. M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par des décisions du bureau d'aide juridictionnelle du 2 août 2022 dans l'instance n°2202832 et du 23 juin 2023 dans l'instance n°2301811. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire dans cette dernière instance.

Sur la demande de production par le préfet de l'entier dossier du requérant :

5. Selon les dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin le concours d'un interprète et la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise ". En l'espèce, le préfet de Meurthe-et-Moselle ayant produit le dossier contenant les pièces sur la base desquelles l'arrêté contesté a été pris, il n'y a pas lieu d'ordonner la production d'une quelconque autre pièce, ni de l'entier dossier du requérant.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

6. Par un arrêté du 24 mai 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du 25 mai 2023, le préfet de Meurthe-et-Moselle a donné délégation de signature à Mme B E, adjointe à la cheffe du bureau de l'asile et de l'éloignement, à l'effet de signer notamment toutes décisions de refus de séjour, faisant obligation de quitter le territoire et fixant le pays de renvoi. Par suite, l'arrêté litigieux n'a pas été signé par une autorité incompétente.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

7. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat () ". Aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () ".

8. D'une part, si la décision du 2 juin 2023 mentionne que l'Office français de l'immigration et de l'intégration a rendu une " décision négative le 3 avril 2023 ", il ne ressort ni des pièces du dossier, ni des autres termes de l'arrêté attaqué, qui précise d'ailleurs " qu'après un examen approfondi de la situation, aucun élément du dossier, ni aucune circonstance particulière ne permet, en l'état, de remettre en cause cet avis " que le préfet de Meurthe-et-Moselle se serait cru lié par cet avis du 3 avril 2023. Par suite, M. A n'est pas fondé, compte tenu de cette seule erreur de plume, à soutenir que le préfet a méconnu l'étendue de sa compétence.

9. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que, pour refuser de délivrer un titre de séjour à M. A à raison de son état de santé, le préfet de Meurthe-et-Moselle s'est fondé sur l'avis du 3 avril 2023 du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui a estimé que l'état de santé de l'intéressé nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et que, au vu des éléments du dossier à la date de l'avis, l'état de santé de l'intéressé lui permet de voyager sans risque vers son pays d'origine. En outre, le préfet produit les documents médicaux transmis lors du dépôt de sa demande de M. A, qui a levé le secret médical, desquels il ressort qu'à la suite d'une fracture du fémur gauche, l'intéressé présente un raccourcissement de la jambe de 2 cm, un raidissement et des difficultés de flexion et qu'une intervention d'arthrolyse du genou pourrait être envisagée, sans aucun caractère obligatoire ou urgent. Ces éléments, qui ne sont complétés par aucun autre document de nature à remettre en cause l'avis du collège des médecins, ne permettent pas d'établir que l'absence de prise en charge de l'état de santé de l'intéressé pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Par suite, c'est sans commettre d'erreur de droit ou d'erreur d'appréciation que le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de délivrer un titre de séjour pour raisons de santé à M. A.

10. En deuxième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; () ". Il résulte de ces dispositions que le préfet n'est tenu de saisir la commission du titre de séjour, lorsqu'il envisage de refuser un titre mentionné à l'article L. 432-13, que du cas des étrangers qui remplissent effectivement l'ensemble des conditions de procédure et de fond auxquelles est subordonnée la délivrance d'un tel titre, et non de celui de tous les étrangers qui se prévalent des articles auxquels les dispositions de l'article L. 432-13 ci-dessus renvoient.

11. Il résulte de ce qui vient d'être dit au point 9 concernant la situation du requérant que le préfet n'était donc pas tenu de saisir la commission du titre de séjour. Par suite, ce moyen ne pourra qu'être écarté.

12. En troisième lieu, si le préfet de Meurthe-et-Moselle a estimé que M. A ne pouvait pas prétendre à un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors que l'intéressé n'avait pas sollicité un tel titre, ce motif surabondant n'est pas de nature à entacher d'illégalité le refus de titre qui lui a été opposé, dès lors que sa demande a été également appréciée sur le fondement sollicité de l'article L. 423-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

13. Les moyens dirigés contre la décision portant refus de séjour ayant été écartés, l'exception d'illégalité de cette décision invoquée par M. A à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut également qu'être écartée.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

14. En premier lieu, aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une décision de mise en œuvre d'une décision prise par un autre État, d'une interdiction de circulation sur le territoire français, d'une décision d'expulsion, d'une peine d'interdiction du territoire français ou d'une interdiction administrative du territoire français ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 721-4 du même code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile () ". Il résulte de ces dispositions qu'en décidant que l'étranger serait reconduit à destination de tout pays dans lequel il serait légalement admissible, le préfet doit être regardé comme ayant décidé qu'il pourrait notamment être reconduit dans le pays dont il a la nationalité.

15. Il ressort de la décision attaquée que M. A sera reconduit, à l'expiration du délai de départ volontaire de trente jours, à destination du pays dont il a la nationalité ou de tout pays dans lequel il est légalement admissible. Par suite, le préfet de Meurthe-et-Moselle, qui n'avait pas à désigner expressément le pays concerné, n'a pas commis d'erreur de droit.

16. En dernier lieu, les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français ayant été écartés, l'exception d'illégalité de cette décision invoquée par M. A à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination ne peut qu'être écartée.

17. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité de la requête n°2202832, que les conclusions à fin d'annulation et, par voie de conséquence, d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais du litige :

18. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par M. A sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. A tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Kipffer et à la préfète de Meurthe-et-Moselle.

Délibéré après l'audience publique du 21 septembre 2023 à laquelle siégeaient :

M. Marti, président,

M. Durand, premier conseiller,

Mme Wolff, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 octobre 2023.

La rapporteure,

É. WolffLe président,

D. Marti

La greffière,

M. D

La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2202832 et 2301811

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