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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2202872

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2202872

mardi 19 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2202872
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 1
Avocat requérantASSFAM – GROUPE SOS SOLIDARITÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 octobre 2022, M. F E A demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 6 octobre 2022 par laquelle le préfet de la Moselle a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé en exécution de l'interdiction judiciaire du territoire français prononcée à son encontre le 18 novembre 2019 ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Moselle de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous une astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de l'expiration d'un délai de quinze jours suivant la notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- la compétence du signataire de la décision n'est pas établie ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision ne lui a pas été notifiée dans une langue qu'il comprend ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La procédure a été communiquée au préfet de la Moselle qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nancy a constaté le 14 septembre 2023 la caducité de la demande d'aide juridictionnelle présentée par M. E A.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public désigné en application du second alinéa de l'article R. 222-24 du code de justice administrative, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Grandjean a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. E A, ressortissant algérien né le 16 novembre 1992, également connu sous le nom de B E, a été condamné le 18 novembre 2019, par un jugement du tribunal judiciaire d'Avignon, à une peine d'interdiction définitive du territoire français. L'intéressé a par ailleurs été condamné par le tribunal judiciaire de Metz à une peine d'emprisonnement d'un mois et quinze jours pour des faits de " pénétration non autorisée sur le territoire national après interdiction judiciaire du territoire " et écroué au centre pénitentiaire de Metz le 5 juillet 2022. En vue de l'exécution de l'interdiction judiciaire du territoire français, le préfet de la Moselle a pris, le 10 août 2022, un arrêté fixant le pays à destination duquel M. E A est susceptible d'être éloigné en exécution de cette mesure. M. E A a été placé en rétention administrative par un arrêté du 12 août 2022. Par un jugement du 15 septembre 2022, le magistrat désigné a annulé cette décision. Par un arrêté du 6 octobre 2022, le préfet de la Moselle a pris un nouvel arrêté fixant le pays à destination duquel M. E A est susceptible d'être reconduit en application de la mesure d'interdiction judiciaire du territoire dont il est l'objet puis l'a éloigné vers l'Algérie le 10 octobre 2022. Par la requête susvisée, l'intéressé demande l'annulation de l'arrêté du 6 octobre 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 641-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La peine d'interdiction du territoire français susceptible d'être prononcée contre un étranger coupable d'un crime ou d'un délit est régie par les dispositions des articles 131-30, 131-30-1 et 131-30-2 du code pénal ". En vertu du deuxième alinéa de l'article 131-30 du code pénal, auquel renvoie l'article L. 641-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'interdiction du territoire français prononcée contre un étranger coupable d'un crime ou d'un délit " entraîne de plein droit la reconduite du condamné à la frontière ", le cas échéant, à l'expiration de sa peine d'emprisonnement ou sa réclusion.

3. Aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office () d'une peine d'interdiction du territoire français () ". Aux termes de l'article L. 721-4 du même code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Il résulte de ces dispositions qu'aussi longtemps que la personne condamnée n'a pas obtenu de la juridiction qui a prononcé la condamnation pénale le relèvement de cette peine, l'autorité administrative est tenue de pourvoir à son exécution sauf à solliciter du ministère public la levée de ses réquisitions aux fins d'exécution, spécialement au cas où le renvoi exposerait l'étranger à des traitements inhumains ou dégradants prohibés par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

4. En premier lieu, par un arrêté du 11 février 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs, M. C D, directeur de l'immigration et de l'intégration, a reçu délégation de signature du préfet de la Moselle. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision litigieuse manque en fait et doit être écarté.

5. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise notamment l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicable aux étrangers faisant l'objet d'une interdiction judiciaire de séjour sur le territoire français, ainsi que l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et expose, d'une part, que le requérant a fait l'objet d'une condamnation pénale ainsi que d'une interdiction définitive de retour sur le territoire français prononcée par le tribunal correctionnel d'Avignon le 18 novembre 2019, d'autre part, que l'intéressé n'allègue pas être exposé à des peines ou traitements contraires la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. L'arrêté comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui fondent la décision fixant le pays de destination. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision manque ainsi en fait et doit, par suite, être écarté.

6. En troisième lieu, les conditions de notification d'une décision sont sans incidence sur la légalité de celle-ci. Le requérant ne peut ainsi utilement faire valoir que la décision contestée ne lui aurait pas été notifiée dans une langue qu'il comprend. Par suite, ce moyen doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

8. L'intéressé se borne à soutenir que la décision méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales sans autre précision. Ce faisant, il ne met pas le tribunal en mesure d'apprécier la portée, sur la légalité de la décision contestée, de ce moyen qui ne peut, par suite, qu'être écarté.

9. En dernier lieu, l'éloignement de M. E A est la conséquence nécessaire de l'interdiction judiciaire du territoire français prononcée à son encontre par le jugement du tribunal correctionnel d'Avignon le 18 novembre 2019, devenu définitif et qui emporte de plein droit cette mesure d'éloignement dont le préfet de la Moselle était tenu d'assurer l'exécution. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'atteinte portée par l'arrêté contesté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale en France protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, inopérant, ne peut qu'être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. E A doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ne peuvent qu'être également rejetées.

D E C I D E :

Article 1er :La requête de M. E A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F E A et au préfet de la Moselle.

Délibéré après l'audience publique du 29 août 2023 à laquelle siégeaient :

M. Coudert, président,

Mme Florence Milin-Rance, première conseillère,

Mme Grandjean, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2023.

La rapporteure,

G. Grandjean Le président,

B. Coudert

La greffière,

I. Varlet

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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