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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2202926

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2202926

mardi 1 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2202926
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 1
Avocat requérantTADIC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 12 octobre 2022 et 8 août 2024, Mme C A et M. B A, représentés par Me Lemaire-Vuitton, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 19 août 2022 par laquelle le maire de la commune de Neuves-Maisons a refusé de réaliser les travaux nécessaires à l'alimentation en eau des moyens du service d'incendie et de secours de nature à assurer la défense extérieure contre l'incendie des parcelles cadastrées section AN n° 1017, 1018, 1025 et 1026 ;

2°) d'enjoindre à la commune de Neuves-Maisons de réaliser ces travaux, conformément aux préconisations du service départemental d'incendie et de secours de Meurthe-et-Moselle émises dans son avis du 10 janvier 2022 dans un délai de six mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous une astreinte de 100 euros par jour de retard passé ce délai ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Neuves-Maisons une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la commune a méconnu les dispositions des articles L. 2213-32 et L. 2225-1 et suivants du code général des collectivités territoriales ;

- le transfert de la compétence eau à la communauté de communes Moselle et Madon ne fait pas obstacle à la réalisation des travaux relatifs à la sécurité incendie qui relève de la compétence de la commune.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 octobre 2023, la commune de Neuves-Maisons, représentée par Me Tadic, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge solidaire de Mme et M. A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité de la requête au motif que la décision du 16 août 2022 attaquée ne constitue pas, au vu de son contenu, un refus susceptible de faire l'objet d'un recours en excès de pouvoir.

Des observations ont été présentées en réponse à ce moyen d'ordre public pour Mme et M. A par un mémoire enregistré le 5 septembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Grandjean, rapporteure,

- les conclusions de M. Gottlieb, rapporteur public,

- les observations de Me Lemaire-Vuitton, représentant Mme et M. A,

- et les observations de Me Tadic, représentant la commune de Neuves-Maisons.

Considérant ce qui suit :

1. Par un courrier du 11 juillet 2022, Mme A et M. A ont demandé au maire de la commune de Neuves-Maisons de faire procéder à la réalisation de l'un des aménagements préconisés par le service départemental d'incendie et de secours de Meurthe-et-Moselle le 10 janvier 2022 afin d'assurer, soit par un poteau incendie normalisé délivrant 60 m3/heure sous 1 bar de pression dynamique situé à moins de 200 mètres des risques à défendre, soit, à défaut d'atteindre le débit ainsi requis, par l'implantation d'une réserve d'eau, la défense incendie de leurs biens situés sur les parcelles cadastrées section AN n° 1017, 1018, 1025 et 1026 et que le maire de la commune s'était engagé, le 7 avril 2017, à réaliser. Eu égard aux termes du courrier du 16 août 2022 du maire de la commune, celui-ci doit être regardé comme ayant rejeté la demande de M. et Mme A. Par la requête susvisée, ces derniers demandent l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 2213-32 du code général des collectivités territoriales : " Le maire assure la défense extérieure contre l'incendie ". Aux termes de l'article L. 2225-1 du même code : " La défense extérieure contre l'incendie a pour objet d'assurer, en fonction des besoins résultant des risques à prendre en compte, l'alimentation en eau des moyens des services d'incendie et de secours par l'intermédiaire de points d'eau identifiés à cette fin. Elle est placée sous l'autorité du maire conformément à l'article L. 2213-32 ". Aux termes de l'article L. 2225-2 du même code : " Les communes sont chargées du service public de défense extérieure contre l'incendie et sont compétentes à ce titre pour la création, l'aménagement et la gestion des points d'eau nécessaires à l'alimentation en eau des moyens des services d'incendie et de secours. Elles peuvent également intervenir en amont de ces points d'eau pour garantir leur approvisionnement ". Aux termes du I de l'article R. 2225-7 du même code : " Relèvent du service public de défense extérieure contre l'incendie dont sont chargées les communes en application de l'article L. 2225-2, ou les établissements publics de coopération intercommunale lorsqu'ils sont compétents : / 1° Les travaux nécessaires à la création et à l'aménagement des points d'eau incendie identifiés ; / ()3° En amont de ceux-ci, la réalisation d'ouvrages, aménagements et travaux nécessaires pour garantir la pérennité et le volume de leur approvisionnement ; / 5° Les actions de maintenance destinées à préserver les capacités opérationnelles des points d'eau incendie ".

3. Mme A et M. A sont propriétaires des parcelles cadastrées section AN n° 1017, 1018, 1025 et 1026 sur lesquelles sont édifiées deux maisons d'habitation dont la déclaration d'achèvement des travaux a été déposée auprès de la commune le 17 septembre 2018. Il ressort de l'avis émis par le service départemental d'incendie et de secours (SDIS) de Meurthe-et-Moselle le 25 janvier 2017 dans le cadre de l'instruction des permis de construire de ces deux constructions que " la sécurité incendie est insuffisante et doit être améliorée pour assurer la couverture des constructions dans ce secteur ", celui-ci devant être défendu par un poteau d'incendie normalisé de 60 m3/h sous 1 bar de pression situé à moins de 200 mètres des risques à défendre. Malgré l'engagement qu'avait alors pris le maire de la commune de Neuves-Maisons, le 10 avril 2017, de réaliser les travaux nécessaires en ce sens, il ressort des pièces du dossier que le poteau incendie n° 49 le plus proche de ces constructions ne présente toujours qu'un débit de 14 m3/h sous 1 bar de pression. La commune, qui ne conteste pas la nécessité d'améliorer la capacité des points d'eau incendie du secteur d'habitation des requérants, invoque les difficultés techniques rencontrées au cours de l'été 2022 pour justifier le rejet de la demande des requérants. Toutefois, de telles circonstances, au demeurant identifiées postérieurement au rejet opposé le 16 août 2022 aux requérants, ne sauraient décharger le maire de l'obligation, qui lui incombe en vertu des dispositions précitées du code général des collectivités territoriales, d'assurer la défense extérieure contre l'incendie des habitations des requérants dans les conditions conformes à leurs besoins.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner l'autre moyen de la requête, que Mme et M. A sont fondés à demander l'annulation de la décision du 16 août 2022 du maire de la commune de Neuves-Maisons.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

5. La présente décision implique nécessairement que le maire de la commune de Neuves-Maisons fasse procéder aux travaux propres à assurer la défense extérieure contre l'incendie des parcelles cadastrées section AN n° 1017, 1018, 1025 et 1026 dont sont propriétaires Mme et M. A, dans un délai de six mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais de l'instance :

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme et de M. A, qui ne sont pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune de Neuves-Maisons demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune de Neuves-Maisons une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme et M. A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er :La décision du 16 août 2022 du maire de la commune de Neuves-Maisons est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au maire de la commune de Neuves-Maisons de faire procéder aux travaux propres à assurer la défense extérieure contre l'incendie des parcelles cadastrées section AN n° 1017, 1018, 1025 et 1026 dont sont propriétaires Mme et M. A, dans un délai de six mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La commune de Neuves-Maisons versera à Mme et M. A une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme et M. A est rejeté.

Article 5 : Les conclusions de la commune de Neuves-Maisons présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, à M. B A et à la commune de Neuves-Maisons.

Délibéré après l'audience du 10 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Coudert, président,

Mme Milin-Rance, première conseillère,

Mme Grandjean, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2024.

La rapporteure,

G. Grandjean Le président,

B. Coudert

La greffière,

A. Mathieu

La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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