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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2202959

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2202959

jeudi 23 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2202959
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 2
Avocat requérantMINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 octobre 2022, M. D A, représenté par Me Mine, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 septembre 2022 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " dans un délai de dix jours à compter de la notification du jugement à intervenir, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que son conseil renonce à percevoir la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'arrêté contesté est entaché d'incompétence en l'absence de délégation de signature régulièrement publiée ;

- il méconnaît le principe du contradictoire prévu à l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- il est insuffisamment motivé au regard des dispositions de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- il est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- il est entaché d'une erreur de droit au regard de l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation au regard du pouvoir discrétionnaire de régularisation donc dispose le préfet ;

- le préfet s'est cru en situation de compétence liée du précédent refus de prolongation de visa du 29 avril 2019 ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 février 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Wolff a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant marocain, né le 20 octobre 2001, est entré en France sous couvert d'un visa de court séjour valable du 31 juillet 2015 au 14 septembre 2015. Le 4 octobre 2021, il a formé une demande d'admission au séjour au motif de la vie privée et familiale et de l'admission exceptionnelle. Par un arrêté du 7 décembre 2022, dont M. A demande l'annulation, le préfet de Meurthe-et-Moselle lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté du 8 août 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, le préfet de Meurthe-et-Moselle a donné délégation à M. Julien Le Goff, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer notamment tous les arrêtés et décision relevant des attributions de l'État dans le département, à l'exception des arrêtés de conflit. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de M. B, signataire de l'arrêté contesté, doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ".

4. Dès lors que la décision portant refus de séjour intervient en réponse à la demande de titre de séjour présentée par M. A, ce dernier ne peut utilement invoquer la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration. Le moyen tenant à la méconnaissance de la procédure contradictoire ne peut qu'être écarté.

5. En troisième lieu, alors que le préfet n'est pas tenu de mentionner tous les éléments relatifs à la situation de l'étranger auquel il refuse l'admission au séjour, la décision portant refus de séjour indique que la délivrance d'un titre de séjour est refusée à M. A sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 de ce code, au motif qu'à l'exception de son hébergement chez son grand-père, l'intéressé ne justifie pas de l'intensité des liens qu'il entretient sur le territoire et, sur le fondement de l'article L. 435-1 du même code en l'absence de motif exceptionnel ou de circonstance humanitaire de nature à permettre son admission exceptionnelle au séjour. L'arrêté précise également que cette décision n'est pas de nature à porter une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Dès lors que le préfet a suffisamment énoncé les considérations de droit et de fait fondant sa décision de refus de titre de séjour, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

6. En quatrième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté contesté ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet de Meurthe-et-Moselle n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle et familiale de M. A avant de rejeter sa demande de titre de séjour.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui justifie par tout moyen avoir résidé habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans avec au moins un de ses parents se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / Pour l'application du premier alinéa, la filiation s'entend de la filiation légalement établie, y compris en vertu d'une décision d'adoption, sous réserve de la vérification par le ministère public de la régularité de cette décision lorsqu'elle a été prononcée à l'étranger ".

4. Pour soutenir que le préfet de Meurthe-et-Moselle a méconnu les dispositions précitées, M. A se prévaut d'un acte de kafala établi par la cour d'appel d'Agadir le 30 août 2018 aux termes duquel il a été confié sous le régime de l'adoption simple à son grand-père et tuteur, M. C. Il est toutefois constant que M. A est entré en France sous couvert d'un visa de court séjour valable de juillet à septembre 2015, soit neuf mois après son treizième anniversaire. Par suite, c'est sans entacher sa décision d'erreur de droit que le préfet a pu refuser de lui délivrer un titre de séjour au motif qu'il ne justifiait pas avoir résidé habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans.

5. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

6. M. A se prévaut de la durée de sa présence en France et du fait qu'il est hébergé chez son grand-père, M. C, ressortissant français, auquel il a été confié par acte de kafala du 30 août 2018. Il justifie avoir obtenu deux certificats d'aptitude professionnelle en cuisine, en 2019, et en restauration polyvalente, en 2020. Il produit également une proposition de contrat de travail à durée indéterminée en qualité d'agent polyvalent au sein de la société " Aux mille saveurs " à compter du 4 octobre 2022. Toutefois, M. A ne produit pas d'autre élément de nature à établir l'intensité des liens qu'il a noués sur le territoire français pendant le temps de sa présence en France. Il n'établit en outre pas ne plus avoir de lien avec son pays d'origine dans lequel résident son père et sa mère. Dans ces conditions, au regard des pièces qu'il produit, c'est sans porter une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ni méconnaître les dispositions et stipulations précitées que le préfet de Meurthe-et-Moselle a pris l'arrêté contesté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ne peut qu'être écarté.

8. En septième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

9. En présence d'une demande de régularisation sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité, présentée par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ".

10. M. A se prévaut de la durée de son séjour en France, de son arrivée en qualité de mineur et de la présence sur le territoire de son grand-père, de nationalité française, qui était son tuteur le temps de sa minorité. Il produit également des certificats de scolarité pour les années 2015 à 2020 et justifie avoir obtenu deux certificats d'aptitude professionnelle dans les domaines de la cuisine et de la restauration polyvalente. Il ne justifie toutefois pas, par les pièces qu'il produit, de l'intensité et de la réalité des liens qu'il a créés sur le territoire. M. A se prévaut également d'une proposition de contrat de travail à durée indéterminée en qualité d'agent polyvalent au sein de l'entreprise " Aux milles saveurs " datée du 1er septembre 2022, soit postérieurement à sa demande de titre de séjour. Cet élément est toutefois insuffisant à lui seul à constituer un motif d'admission exceptionnelle au séjour au titre du travail. Dans ces conditions, c'est sans méconnaître les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées que le préfet de Meurthe-et-Moselle a pu prendre à son encontre l'arrêté contesté. Le moyen doit être écarté.

11. En huitième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 6 et 10 ci-dessus, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de faire usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation.

12. En dernier lieu, si le requérant soutient que le préfet s'est cru en situation de compétence liée pour refuser son admission au séjour au regard d'un précédent refus de renouvellement de visa daté du 29 avril 2019, ce moyen n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. Il ne peut donc qu'être écarté.

13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

14. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'emporte aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte présentées par M. A doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie tenue aux dépens ou la partie perdante, la somme demandée par M. A au bénéfice de son conseil au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à la préfète de Meurthe-et-Moselle et à Me Mine.

Délibéré après l'audience publique du 14 mars 2024 à laquelle siégeaient :

M. Davesne, président,

M. Durand, premier conseiller,

Mme Wolff, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2024.

La rapporteure,

É. WolffLe président,

S. Davesne

Le greffier,

F. Richard

La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2202959

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