jeudi 27 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2203026 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | ASSFAM – GROUPE SOS SOLIDARITÉS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 22 octobre 2022 à 21 heures 41 et un mémoire complémentaire enregistré le 26 octobre 2022, M. C D demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 10 mars 2022 par lequel le préfet du Haut-Rhin a retiré le titre de séjour dont il était titulaire, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;
2°) d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de l'expiration d'un délai de 15 jours suivant la notification de la décision à intervenir, en application des dispositions des articles L. 911-2 et L. 911-3 du code de justice administrative ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- sa requête n'est pas tardive dès lors que l'arrêté attaqué ne lui a pas été notifié en présence d'un interprète en langue géorgienne ou russe ;
En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions :
- la compétence du signataire des décisions n'est pas établie ;
- les décisions sont insuffisamment motivées ;
- les décisions ne lui ont pas été notifiées dans une langue qu'il comprend ;
En ce qui concerne la décision portant retrait d'un titre de séjour :
- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle ;
- la décision est entachée d'une erreur de droit ;
- il était en situation régulière depuis plus de cinq ans lorsque l'OFPRA lui a retiré son statut de réfugié, ainsi le préfet ne pouvait procéder au retrait de son titre de séjour en méconnaissance de l'article L. 424-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- la décision porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen complet de sa situation personnelle ;
- elle est irrégulière dans la mesure où elle est fondée sur une décision portant retrait du titre de séjour qui est elle-même illégale ;
- il était en situation régulière depuis plus de cinq ans lorsque l'OFPRA lui a retiré son statut de réfugié, il bénéficiait ainsi d'un droit au séjour et ne pouvait faire l'objet de la décision attaquée ;
- son droit d'être entendu a été méconnu ;
En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :
- son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public ;
- le préfet a commis une erreur d'appréciation quant au risque de fuite ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- la décision a été prise en méconnaissance des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;
- elle est irrégulière dans la mesure où elle est fondée sur des décisions portant retrait du titre de séjour et obligation de quitter le territoire français qui sont elles-mêmes illégales ;
- la décision a été prise en méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale contre la torture et autres traitements cruels et inhumains ;
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation quant à la durée de l'interdiction de retour et au regard des circonstances humanitaires ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen complet de sa situation personnelle ;
- elle est irrégulière dans la mesure où elle est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français qui est elle-même illégale ;
- la décision porte atteinte au principe de la liberté de circulation.
- la décision porte atteinte à son droit constitutionnel d'asile ;
- la décision porte atteinte à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
- la décision porte atteinte à l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense enregistré le 27 octobre 2022, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête et sollicite une substitution de motif tirée de ce que le préfet pouvait procéder au retrait du titre de séjour de M. D dès lors que ce dernier avait perdu le bénéfice de la protection subsidiaire à la date de l'arrêté attaqué.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- - le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Sousa Pereira, première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B E
- les observations de Me Champy, avocate commise d'office, représentant M. D qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et insiste sur la recevabilité de la requête introduite par M. D qui n'a pas été assisté par un interprète au moment de la notification de l'arrêté attaqué ; que le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 424-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et non l'article L. 424-6 du même code, en procédant au retrait du titre de séjour ; que le statut de réfugié est recognitif et l'intéressé résidait régulièrement en France depuis plus cinq ans à la date de la décision attaquée ; qu'il contribue à l'entretien et à l'éducation de ses enfants, l'un d'eux est d'ailleurs présents dans la salle ; qu'il n'a jamais reçu notification de la décision par laquelle l'OFPRA a mis fin à la protection subsidiaire ; qu'il encourt des risques en cas de retour dans son pays d'origine ; que dans l'hypothèse où la substitution de motif serait retenue, le préfet ne pouvait se fonder sur le 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; que le retrait de la protection subsidiaire n'est pas devenu définitif, de sorte que l'intéressé ne pouvait pas faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français.
- les observations de M. D, assisté d'un interprète en langue géorgienne, qu'il a un comportement exemplaire depuis trois ans, qu'il a suivi une formation de 750 heures qui s'est terminée au septembre 2021 ; qu'il rend visite à sa fille tous les quinze jours ; qu'il ne peut pas retourner dans son pays d'origine où il est en danger.
- et les observations de M. A, représentant le préfet du Haut-Rhin, qui conclut aux mêmes fins que le mémoire en défense, par les mêmes moyens et revient sur le parcours de l'intéressé, que si l'intéressé ne sait pas lire le français, il le comprend ; que l'intéressé n'était pas présent lorsque l'OFPRA l'a convoqué pour se prononcer sur le maintien ou non de la protection subsidiaire ; que le comportement délictuel de l'intéressé l'emporte sur les éléments de sa vie privée; que M. D n'a pas informé les autorités administratives de son changement d'adresse.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant géorgien né le 2 mars 1973, est entré en France le 20 février 2016 pour y solliciter l'asile. Il a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire, le 27 avril 2017 et a obtenu la délivrance d'un titre de séjour. Par une décision du 25 février 2022, le directeur de l'Office de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a retiré le bénéfice de la protection subsidiaire dont M. D bénéficiait. Placé sous surveillance électronique et défavorablement connu par les services de police pour plusieurs faits de vol, le préfet du Haut-Rhin a décidé, par un arrêté du 10 mars 2022, de lui retirer son titre de séjour, de l'obliger à quitter le territoire français sans délai, de fixer le pays à destination duquel il pourra être renvoyé et de prononcer à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Placé en rétention administrative, M. D demande l'annulation de cet arrêté.
Sur l'étendue du litige :
2. Il résulte des dispositions des articles L. 614-8 et L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article R. 776-17 du code de justice administrative, qu'en cas de placement en rétention ou d'assignation à résidence du requérant, il appartient au magistrat désigné par le président du tribunal administratif de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français, dont il pourrait être saisi. Toutefois, il ne lui appartient pas de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision relative au séjour.
3. Ainsi, il n'y a lieu de statuer que sur les conclusions de la requête de M. D tendant à l'annulation des décisions du 10 mars 2022 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour pour une durée de deux ans ainsi que sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte et tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 dont elles sont assorties. En revanche, les conclusions dirigées contre la décision du 10 mars 2022 par laquelle le préfet du Haut-Rhin a procédé au titre de séjour dont était titulaire M. D doivent être réservées jusqu'en fin d'instance devant une formation collégiale du tribunal administratif de Nancy.
Sur les autres conclusions à fin d'annulation :
4. Il est constant que M. D a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire le 27 avril 2017 et a obtenu le bénéfice de titres de séjour, dont le dernier était valable jusqu'au 22 mai 2018. Par une décision du 12 octobre 2021, le préfet du Haut-Rhin a refusé de renouveler son titre de séjour au motif que le comportement de l'intéressé constitue une menace à l'ordre public et lui a délivré, le 27 décembre 2021, une autorisation provisoire de séjour valable jusqu'au 26 juin 2022. En procédant au retrait d'un titre de séjour qui n'existait plus à la date à laquelle le préfet s'est prononcé pour prendre la décision contestée, le préfet du Haut-Rhin n'a pas procédé à un examen sérieux et complet de la situation du requérant. Dans ces conditions, le requérant est fondé à exciper de l'illégalité la décision procédant au retrait d'un titre de séjour à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui a été prise sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 du code de justice administrative.
5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête et sur la substitution de motif sollicitée par le préfet du Haut-Rhin, que M. D est fondé à demander l'annulation de la décision du 10 mars 2022 par lequel le préfet du Haut-Rhin l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, ainsi que, par voie de conséquence, des décisions refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
6. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ".
7. En application de ces dispositions, il y a lieu d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin de réexaminer la situation de M. D dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, et de lui délivrer, immédiatement, une autorisation provisoire de séjour. Il n'y a toutefois pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais d'instance :
Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de D présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Les conclusions de la requête de M. D tendant à l'annulation de la décision du 10 mars 2022 procédant au retrait du titre de séjour, ainsi que les conclusions à fin d'injonction et tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 qui s'y rapportent, sont réservées jusqu'en fin d'instance pour être jugées devant une formation collégiale du tribunal administratif de Nancy.
Article 2 : Les décisions du 10 mars 2022 par lesquelles le préfet du Haut-Rhin l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans sont annulées.
Article 3 : Il est enjoint au préfet du Haut-Rhin de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur la situation de M. D dans un délai de quinze jours de la notification du jugement à intervenir.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête M. D est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et au préfet du Haut-Rhin.
Lu en audience publique le 27 octobre 2022 à 17 heures 55.
La magistrate désignée,
C. Sousa ELe greffier,
L. Thomas
La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026