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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2203055

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2203055

jeudi 26 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2203055
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 2
Avocat requérantGEHIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête enregistrée sous le n°2203054 le 24 octobre 2022, M. E B, représenté par Me Géhin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 26 juillet 2022 par lequel le préfet des Vosges lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet des Vosges de lui délivrer un titre de séjour, subsidiairement de réexaminer sa situation, dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai de 48 heures à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Le requérant soutient que :

-son recours est recevable

En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

- la décision est entachée d'incompétence ;

- la décision est insuffisamment motivée en violation de l'article L. 211-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- son droit d'être entendu a été méconnu dès lors qu'il a sollicité en vain un rendez-vous en préfecture pour présenter des observations orales ;

- il a été privé de la possibilité d'être assisté par un avocat dans ses démarches en méconnaissance de l'article 6 de la loi du 31 décembre 1971 ;

- le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et a entachée sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a entachée sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision est entachée d'incompétence ;

- son droit d'être entendu a été méconnu ;

- son droit d'être assisté lors de ses démarches par un avocat a été méconnu ;

- la décision sera annulée en conséquence de l'annulation de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour ;

- la décision est entachée d'une erreur de fait dès lors que sa fille aînée est majeure et a présenté une demande de délivrance d'un titre de séjour ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen sérieux de sa situation personnelle ;

- la décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision sur leur situation personnelle ;

- la décision méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- la décision sera annulée en conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- la décision méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

-la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision est entachée d'incompétence ;

- la décision sera annulée en conséquence de l'annulation de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour ;

- la décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision est disproportionnée et porte une atteinte illégale à sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 décembre 2022, la préfète des Vosges conclut au rejet de la requête. Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 septembre 2022.

Par une ordonnance en date du 24 novembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 16 décembre 2022.

II. Par une requête enregistrée sous le n°2203055 le 24 octobre 2022, Mme A D, représentée par Me Géhin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 26 juillet 2022 par laquelle le préfet des Vosges lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet des Vosges de lui délivrer un titre de séjour, subsidiairement de réexaminer sa situation, dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai de 48 heures à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

La requérante soulève les mêmes moyens que M. B.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 décembre 2022, la préfète des Vosges conclut au rejet de la requête. Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 septembre 2022.

Par une ordonnance en date du 24 novembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 16 décembre 2022.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n°91-1266 du 19 décembre 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. E B, né en 1980 et sa compagne, Mme A D, née en 1984, de nationalité albanaise, sont entrés en France le 8 octobre 2016, accompagnés de leurs deux enfants mineurs. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), le 27 janvier 2017, puis la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), le 12 juillet 2017, ont rejeté leurs demandes d'asile. Les demandes de séjour des consorts I en date du 7 août 2017 ont fait l'objet, le 9 juillet 2018, d'un refus de la part du préfet des Vosges, assorti d'une obligation de quitter le territoire français et d'une décision fixant le pays de retour dont la légalité a été confirmée par le tribunal administratif de Nancy. Par un courrier du 28 juin 2021, M. B a sollicité son admission exceptionnelle au séjour qui lui a été refusée par un arrêté du 23 août 2021 portant également obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Un second arrêté de la même date, a fait obligation à Mme D de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Ces arrêtés ont été annulés par un jugement du 27 janvier 2022 du présent tribunal et injonction a été faite au préfet des Vosges de réexaminer la situation de M. B et de Mme D. Le 23 juin 2022, les requérants ont sollicité la délivrance d'un titre de séjour " vie privée et familiale ". Par des arrêtés du 26 juillet 2022, dont les requérants demandent l'annulation, le préfet des Vosges leur a refusé la délivrance d'un titre de séjour, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et leur a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

2. Les requêtes nos 2203054 et 2203055 concernent la situation de membres d'une même famille et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions :

3. Les arrêtés litigieux ont été signés par Mme H G, directrice de cabinet, à laquelle le préfet des Vosges établit avoir délégué sa signature aux fins de signer les décisions en litige par un arrêté en date du 23 novembre 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du 24 novembre 2021, en cas d'absence ou d'empêchement du secrétaire général de la préfecture et de la sous-préfète de Saint-Dié. Il ne ressort pas des pièces des dossiers que ces derniers n'auraient pas été absents ou empêchés à la date des décisions en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des arrêtés attaqués doit être écarté.

En ce qui concerne les décisions portant refus de titre de séjour :

4. En premier lieu, les décisions contestées comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation manque en fait et doit être écarté.

5. En deuxième lieu, il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.

6. Lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, l'étranger, à l'occasion du dépôt de sa demande, est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux.

7. Au cas d'espèce, M. B et Mme D soutiennent que leur droit d'être entendus a été méconnu dès lors qu'ils n'ont pas pu présenter des observations orales alors même qu'ils en avaient fait la demande au moment du dépôt de leur dossier et que, partant, ils n'ont pas pu se faire assister d'un avocat. Toutefois, les requérants ne font état d'aucun élément particulier qu'ils auraient été empêchés de faire valoir auprès de l'administration et qui aurait été jugé utile à la compréhension de leur situation. Ainsi, il ne ressort pas des pièces des dossiers que les intéressés, qui avaient la possibilité de consulter un avocat au cours de l'instruction de leur demande, ce qu'ils ont d'ailleurs fait, auraient pu se prévaloir de faits qui auraient conduit le préfet des Vosges à prendre des décisions différentes. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu, tel que garanti par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, ne peut qu'être écarté.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ".

9. Dès lors que les décisions portant refus de séjour interviennent en réponse aux demandes de titre de séjour présentées par M. B et Mme D, le préfet n'était pas tenu d'entendre leurs observations orales et les requérants ne peuvent utilement invoquer la méconnaissance des dispositions des articles L. 121-1 et L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration. En tout état de cause, les requérants ne se prévalent d'aucun élément utile qui aurait pu influer sur le sens des décisions et qu'ils auraient été empêchés de faire valoir devant les services de la préfecture.

10. En quatrième lieu aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale ".

11. M. B et Mme D soutiennent qu'ils ont transféré en France le centre de leurs intérêts privés, en faisant valoir notamment la durée de leur présence, leurs efforts d'intégration notamment par la pratique courante de la langue française, leurs liens personnels et familiaux. Ils ont cinq enfants dont trois enfants nés sur le territoire français. Leurs enfants sont scolarisés en France notamment l'aînée qui est scolarisée en lycée professionnel. Ils ont suivi des cours de français. M. B a conclu un contrat à durée déterminée avec la société Tok Bâtiment, pour un emploi d'ouvrier qualifié. Toutefois, les intéressés ne doivent leur temps de présence en France qu'à la circonstance qu'ils n'ont pas exécuté de précédentes mesures d'éloignement. Ils ne justifient par ailleurs d'aucune attache familiale en France en dehors de leur cellule familiale qui pourra se reconstituer dans leur pays d'origine dans lequel ils ont vécu la majeure partie de leur vie. Dans ces conditions, en dépit de leurs efforts d'intégration, c'est sans méconnaître les dispositions susmentionnées de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que le préfet des Vosges a pu refuser de délivrer à M. B et Mme D un titre de séjour.

12. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

13. S'il ressort des pièces des dossiers que les requérants ont indéniablement fait des efforts d'intégration sur le territoire français, ces éléments restent cependant insuffisants pour caractériser des circonstances humanitaires ou des motifs exceptionnels de nature à ce qu'ils soient admis au séjour sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

14. Il résulte de ce qui précède que M. B et Mme D ne sont pas fondés à demander l'annulation des décisions du 26 juillet 2022 par lesquelles le préfet des Vosges a refusé de faire droit à leur demande de titre de séjour.

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français :

15. En premier lieu, les requérants n'établissant pas l'illégalité des décisions du préfet des Vosges leur refusant le séjour en France, ils ne sont pas fondés à soutenir que les mesures leur faisant obligation de quitter le territoire français seraient illégales en raison de l'illégalité des décisions précédentes.

16. En deuxième lieu, s'il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union, ce droit ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause. A l'occasion du dépôt de sa demande de titre de séjour, l'étranger ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. A cette occasion, il est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Le droit de l'intéressé d'être entendu, ainsi satisfait avant que n'intervienne le refus de titre de séjour, n'impose pas à l'autorité administrative de mettre l'intéressé à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur l'obligation de quitter le territoire français ni sur la décision fixant le pays de renvoi, prises concomitamment et en conséquence du refus de titre de séjour.

17. En l'espèce, M. B et Mme D, qui avaient la possibilité de consulter un avocat au cours de l'instruction de leur demande de titre de séjour, ce qu'ils ont d'ailleurs fait, se bornent à soutenir que leur droit d'être entendus aurait été méconnu et ne démontrent pas qu'ils disposaient d'informations pertinentes tenant à leur situation personnelle qu'ils auraient été empêchés de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soient prise les décisions de refus de titre de séjour contestées et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à ces décisions. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu, ne peut qu'être écarté.

18. En troisième lieu, la circonstance que la décision du préfet ne mentionne que les enfants mineurs de M. B et de Mme D et omet la présence de leur fille aînée, laquelle est majeure et a présenté une demande de délivrance d'un titre de séjour, ne saurait suffire à établir un défaut d'examen particulier de la situation des requérants.

19. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs qu'exposés au point 11, le moyen, dirigé contre les mesures d'éloignement et tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doit être écarté.

20. En dernier lieu, aux termes des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

21. Les requérants font valoir que leur fille aînée étant majeure, les obligations de quitter le territoire français entraînerait la séparation de la fratrie. La circonstance qu'Esmeralda soit éventuellement séparée de ses frères et sœurs ne saurait suffire à ce que les décisions d'éloignement prononcées contre ses parents soient regardées comme contraire aux stipulations précitées, dès lors qu'il n'est pas établi que, séparés, la fratrie se verrait dans l'impossibilité de se rencontrer dans l'un ou l'autre de leur pays de résidence. Par suite le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 précité de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.

22. Il résulte de ce qui précède que M. B et Mme D ne sont pas fondés à demander l'annulation des décisions du 26 juillet 2022 par lesquelles le préfet des Vosges leur a fait obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne les décisions fixant le pays de destination :

23. En premier lieu, les requérants n'établissant pas l'illégalité des décisions du préfet des Vosges leur faisant obligation de quitter le territoire français, ils ne sont pas fondés à soutenir que les mesures fixant leur pays de renvoi seraient illégales en raison de l'illégalité des décisions précédentes.

24. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants ".

25. En se bornant à soutenir que les décisions contestées méconnaissent les dispositions précitées, les requérants n'établissent pas qu'ils encourent des risques de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour en Albanie. Dans ces conditions, le moyen tiré de la violation du texte précité ne peut être accueilli.

En ce qui concerne les décisions d'interdiction de retour sur le territoire français :

26. En premier lieu, les requérants n'établissant pas l'illégalité des décisions du préfet des Vosges leur faisant obligation de quitter le territoire français, ils ne sont pas fondés à soutenir que les décisions leur interdisant le retour sur le territoire français seraient illégales en raison de l'illégalité des décisions précédentes.

27. En deuxième lieu, les décisions par lesquelles le préfet des Vosges a fait interdiction de retour sur le territoire français à M. B et Mme D, pour une durée d'un an, comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de leur insuffisante motivation doit être écarté comme manquant en fait.

28. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces des dossiers, au regard notamment des éléments de faits rappelés au point 11 du présent jugement, que les décisions par lesquelles le préfet des Vosges a pris à l'encontre de M. B et Mme D des mesures d'interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an porteraient une atteinte disproportionnée à leur droit au respect de leur vie privée et familiale, et ce alors même que leur fille aînée majeure aurait sollicité la délivrance d'un titre de séjour en France.

29. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité de la requête, que les conclusions des requêtes de M. B et Mme D tendant à l'annulation des arrêtés contestés doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de loi du 10 juillet 1991 doivent aussi être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. B et de Mme D sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E B, à Mme A D et à la préfète des Vosges.

Copie en sera transmise, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 5 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M Marti, président,

M. Durand, premier conseiller,

Mme Marini, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 janvier 2023.

La rapporteure,

C. C

Le président,

D. Marti

La greffière,

M. F

La République mande et ordonne à la préfète des Vosges en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°s 2203054 et 2203055

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