jeudi 28 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2203159 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 3 |
| Avocat requérant | BACH-WASSERMANN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 31 octobre 2022, M. B A représenté par Me Bach-Wassermann, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de renouveler son titre de séjour ;
2°) d'enjoindre à la préfète de Meurthe-et-Moselle, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " vie privée et familiale ", le cas échéant sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, à titre de subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son avocate, Me Bach-Wassermann, sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de renouvellement d'un titre de séjour :
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 423-23 et L. 433-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il réside en France depuis quatorze ans, avec ses quatre enfants qui sont scolarisés ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'il ne peut plus retourner en Tchétchénie, compte tenu de la situation politique.
Par des mémoires en défense enregistrés les 26 octobre et 14 novembre 2023, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut à titre principal au non-lieu à statuer sur la requête et, subsidiairement, au rejet de la requête de M. A.
Elle fait valoir, que la décision de classement sans suite du 8 octobre 2021 ayant été abrogée en raison de l'incompétence territoriale de son auteur, il n'y a plus lieu de statuer sur la légalité d'une décision qui a disparu de l'ordonnancement juridique et, à titre subsidiaire, que la requête est irrecevable car dirigée contre la décision inexistante.
M. B A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 août 2022 du bureau d'aide juridictionnelle.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Agnès Bourjol a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant tchétchène né en 1985, a déclaré être entré en France en mars 2009 afin d'y solliciter l'asile. Par des décisions des 6 septembre 2010 et 26 septembre 2012 et 29 novembre 2011 et 18 avril 2014, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides puis la Cour nationale du droit d'asile ont rejeté à la fois ses demandes d'asile et de réexamen. M. A s'est vu délivrer par le préfet des Yvelines une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " vie privée et familiale " valable du 20 septembre 2019 au 19 septembre 2021. Après avoir emménagé en Meurthe-et-Moselle, M. A en a sollicité le renouvellement auprès des services de la préfecture de Meurthe-et-Moselle, lesquels ont accusé réception de son dossier le 4 octobre 2021 et indiqué qu'ils procéderaient à son instruction dans les meilleurs délais. M. A demande au tribunal d'annuler la décision implicite née du silence gardé par les services de la préfecture sur sa demande.
Sur l'exception de non-lieu et la fin de non-recevoir opposées en défense :
2. D'une part, un recours pour excès de pouvoir dirigé contre un acte administratif n'a d'autre objet que d'en faire prononcer l'annulation avec effet rétroactif. Si, avant que le juge n'ait statué, l'acte attaqué est rapporté par l'autorité compétente et si le retrait ainsi opéré acquiert un caractère définitif faute d'être critiqué dans le délai du recours contentieux, il emporte alors disparition rétroactive de l'ordonnancement juridique de l'acte contesté, ce qui conduit à ce qu'il n'y ait lieu pour le juge de la légalité de statuer sur le mérite du recours dont il était saisi. Il en va ainsi, quand bien même l'acte rapporté aurait reçu exécution. Dans le cas où l'administration se borne à procéder à l'abrogation de l'acte attaqué, cette circonstance prive d'objet le recours formé à son encontre, à la double condition que cet acte n'ait reçu aucune exécution pendant la période où il était en vigueur et que la décision procédant à son abrogation soit devenue définitive.
3. D'autre part, la circonstance qu'un étranger se soit vu délivrer un récépissé valant autorisation provisoire de séjour pour une durée supérieure à quatre mois ne fait pas obstacle à ce qu'une décision implicite de refus naisse du silence gardé par l'administration pendant quatre mois à compter de la demande de titre de séjour de l'intéressé.
4. S'il ressort des pièces du dossier que le 8 octobre 2021, le préfet de Meurthe-et-Moselle a classé sans suite la demande présentée par M. A, procédant ainsi implicitement mais nécessairement au retrait de la décision du 4 octobre 2021 l'informant que son dossier serait instruit, il ressort également de l'arrêté du 14 février 2023 que cette décision classant sans suite la demande de M. A a été abrogée par le préfet de Meurthe-et-Moselle au motif que son auteur était incompétent pour prendre une telle décision et que le préfet a délivré un récépissé de demande de titre à M. A. Toutefois, Dès lors, le préfet de Meurthe-et-Moselle, qui devait s'estimer saisi de la même demande de M. A, a fait naître une décision implicite de rejet sur cette demande de titre dans un délai de quatre mois à compter de l'abrogation de la décision de classer sans suite sa demande, soit le 14 juin 2023. Si le préfet de Meurthe-et-Moselle a par ailleurs délivré un récépissé d'une durée de six mois à l'intéressé, cette circonstance ne fait pas obstacle à ce qu'une décision implicite naisse sur la demande de titre de l'intéressé. Dans ces conditions, l'exception de non-lieu à statuer et la fin de non-recevoir opposées en défense à la requête présentée par M. A, qui tend à l'annulation de la décision implicite née du silence gardée par le préfet de Meurthe-et-Moselle sur sa demande de titre de séjour, ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
5. Aux termes de l'article L. 423-23 du même code : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. "
6. En l'espèce, M. A, soutient sans être contredit résider en France depuis quatorze ans et fait valoir que le centre de sa vie privée et familiale se situe désormais en France, où il vit avec ses quatre enfants mineurs, tous scolarisés à Nancy et à Vandoeuvre-les Nancy, dont la mère est décédée. En outre, le requérant justifie y avoir un travail et un logement stable. Dans ces conditions, eu égard à la durée de séjour de l'intéressé et à l'intensité de ses attaches personnelles et familiales en France, le requérant est fondé à soutenir qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet de Meurthe-et-Moselle a méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision implicite de refus de séjour née du silence gardé par le préfet de Meurthe-et-Moselle sur sa demande de titre de séjour " vie privée et familiale ".
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
8. Eu égard au motif d'annulation de l'arrêté attaqué ci-dessus retenu et alors qu'il ne résulte pas de l'instruction que des éléments de fait ou de droit nouveaux justifieraient que l'autorité administrative oppose une nouvelle décision de refus, le présent jugement implique nécessairement que cette autorité délivre à M. A un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Il y a lieu, par suite, d'enjoindre à la préfète de Meurthe-et-Moselle de délivrer ce titre dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et, dans cette attente, de lui délivrer immédiatement une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à exercer une activité professionnelle. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a toutefois pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais d'instance :
9. M. A ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, son avocate, Me Bach-Wassermann, peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Bach-Wassermann de la somme de 1 200 euros, sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
D E C I D E :
Article 1er : La décision implicite par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de renouveler la carte de séjour pluriannuelle portant la mention " vie privée et familiale " de M. A est annulée.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète de Meurthe-et-Moselle de délivrer à M. A une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et, immédiatement, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à exercer une activité professionnelle.
Article 3 : L'Etat versera à Me Bach-Wassermann, avocate de M. A, une somme de 1 200 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Bach-Wassermann renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la préfète de Meurthe-et-Moselle et à Me Bach-Wassermann.
Délibéré après l'audience publique du 7 décembre 2023 à laquelle siégeaient :
M. Di Candia, président,
Mme Bourjol, première conseillère,
Mme Philis, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 décembre 2023.
La rapporteure,
A. Bourjol
Le président,
O. Di Candia
La greffière,
L. Bourger
La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2303159
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026