jeudi 2 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2203175 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Chambre 3 |
| Avocat requérant | MARTIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 4 novembre 2022, M. A B représenté par Me Martin, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 13 septembre 2022 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné ;
2°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié ", ou " travailleur temporaire " l'autorisant à travailler ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, le tout dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de huit jours ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 800 euros sur le fondement des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que Me Martin s'engage à renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions :
- l'auteur de l'arrêté est incompétent.
En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :
- le fonctionnaire de la police aux frontières n'a pas compétence pour émettre un avis juridique sur la régularité de ses documents d'état civil mais peut seulement émettre un avis technique ;
- l'avis du fonctionnaire a été rendu en méconnaissance du principe du contradictoire ;
- l'autorité administrative n'a pas compétence pour apprécier le bien-fondé d'une décision rendue par une autorité juridictionnelle étrangère ;
- le préfet ne renverse pas la présomption d'authenticité de ses actes d'état civil :
- le préfet s'est estimé être lié par le rapport de la police aux frontières et a ainsi entaché sa décision d'une erreur de droit ;
- cette décision méconnaît les dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle est susceptible d'avoir sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle est susceptible d'avoir sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense enregistré le 5 janvier 2023, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet des conclusions de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
M. B été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 octobre 2022 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nancy.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Fabas, rapporteure,
- et les observations de Me Martin, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant malien né le 20 septembre 2002, serait entré sur le territoire français au mois de novembre 2018, selon ses déclarations. Il a été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance par un jugement du tribunal de grande instance de Nancy du 3 mai 2019. Le 4 décembre 2020, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Par un arrêté du 13 septembre 2022, dont il demande l'annulation, le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné.
Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :
2. Aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou du tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. ".
3. Aux termes des dispositions de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente 1° les documents justifiant de son état civil 2° les documents justifiant de sa nationalité () ". Aux termes des dispositions de l'article L. 811-2 du même code : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil () ". L'article 47 du code civil précise que : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. ". La force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties.
4. Il n'appartient pas aux autorités administratives françaises de mettre en doute le bien-fondé d'une décision rendue par une autorité juridictionnelle étrangère, hormis le cas où le document produit aurait un caractère frauduleux. Si l'arrêté attaqué refuse la délivrance du titre de séjour sollicité par M. B au motif que les documents présentés par le requérant pour justifier de son état civil et de sa nationalité étaient " irréguliers ", il ressort des écritures du préfet en défense qu'il entend se prévaloir du caractère frauduleux du jugement supplétif présenté par l'intéressé.
5. A l'appui de sa demande de titre de séjour, M. B a produit un certificat de nationalité établi le 3 décembre 2020, un acte de naissance établi le 28 août 2018, un extrait de jugement supplétif d'acte de naissance émis le 28 août 2019 ainsi qu'une carte consulaire délivrée le 24 juillet 2020. Pour estimer que l'extrait de jugement supplétif était frauduleux, le préfet se fonde sur la circonstance que l'écriture employée pour la rédaction de ce jugement était la même que celle employée pour la rédaction de l'acte de naissance de l'intéressé, alors que ces deux documents sont supposés avoir été établis par deux autorités différentes. Toutefois, il ne ressort pas de la lecture de ces documents qu'ils présenteraient une calligraphie totalement identique. Par ailleurs, rien ne s'oppose à ce que le requérant produise uniquement un extrait de jugement supplétif et non un jugement supplétif. Si le préfet fait également grief à l'extrait de jugement supplétif de ne pas comporter certaines mentions prévues par les articles 125 et 126 du code des personnes et de la famille malien, ces articles ne sont applicables qu'aux actes d'état civil eux-mêmes et non aux jugements supplétifs. Or, cet extrait de jugement supplétif, dont le caractère frauduleux n'est pas établi, était suffisant pour démontrer l'identité de M. B. Au surplus, le préfet ne soutient ni même n'allègue que la carte consulaire et le certificat de nationalité malienne, établis sur la base du jugement supplétif, ne présenteraient pas un caractère authentique. Dans ces conditions, M. B est fondé à soutenir que le préfet n'a pas renversé la présomption d'authenticité des actes d'état civil. Il est donc fondé à soutenir que c'est à tort que le préfet a estimé que l'intéressé ne justifiait ni de son état civil ni de sa nationalité et a refusé, pour ce motif, de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 13 septembre 2022 par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour, ainsi que, par voie de conséquence, celles lui faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant son pays de destination.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. Le présent jugement, par lequel le tribunal fait droit aux conclusions à fin d'annulation présentées par M. B, n'implique cependant pas la délivrance à l'intéressé d'un titre de séjour. Il y a seulement lieu d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de réexaminer la situation de M. B dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sans que celui-ci puisse de nouveau lui opposer le caractère non probant des actes d'état civil qu'il produit. En application de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a également lieu d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de délivrer immédiatement à M. B une autorisation provisoire de séjour, valable jusqu'à ce qu'il ait de nouveau statué sur sa demande. Il n'y a toutefois pas lieu, en application des dispositions de l'article R. 431-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'enjoindre au préfet d'assortir cette autorisation provisoire de séjour d'une autorisation d'exercer une activité professionnelle.
Sur les frais liés au litige :
8. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Martin, avocate de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la contribution de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Martin de la somme de 1 500 euros.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 13 septembre 2022 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de délivrer un titre de séjour à M. B et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays à destination duquel il pourra être éloigné est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de Meurthe-et-Moselle de réexaminer la situation de M. B selon les modalités fixées dans le présent jugement dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer immédiatement une autorisation provisoire de séjour.
Article 3 : L'Etat versera une somme de 1 500 euros à Me Martin en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Martin renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de Meurthe-et-Moselle et à Me Martin.
Délibéré après l'audience du 12 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
- M. Di Candia, président,
- M. Gottlieb, premier conseiller,
- Mme Fabas, conseillère
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 février 2023.
La rapporteure,
L. Fabas
Le président,
O. Di Candia
Le greffier,
P. Lepage
La République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026