jeudi 2 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2203230 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 3 |
| Avocat requérant | JEUGUE DOUNGUE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 9 novembre 2022, M. D C, représenté par Me Jeugue Doungue, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 12 août 2022 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné ;
2°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de cinquante euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le même délai et sous la même astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à lui verser sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il a été pris en méconnaissance des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de la circulaire du 7 octobre 2008 du ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire et de la convention franco-sénégalaise relative à la circulation et au séjour des personnes ;
- il porte atteinte à son droit à l'éducation et à l'instruction et à sa liberté d'aller et venir ;
- il a été pris en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnaît son droit au contrôle garanti par les dispositions de la loi du 10 août 2018 ;
- les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination sont illégales dès lors qu'elles sont fondées sur la décision portant refus de renouvellement du titre de séjour elle-même illégale ;
- l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'il est susceptible d'avoir sur sa situation personnelle ;
- son comportement ne représente aucune menace pour l'ordre public.
Par un mémoire en défense enregistré le 3 janvier 2023, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet des conclusions de la requête.
Il soutient que la décision portant refus de renouvellement du titre de séjour aurait également pu être prise au motif que M. C ne justifiait pas de moyens d'existence suffisants et que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par un courrier du 6 janvier 2023, les parties ont été informées de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de la substitution de base légale de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour, les articles 9 et 13 de la convention franco-sénégalaise du 1er août 1995 devant se substituer aux dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention franco-sénégalaise du 1er août 1995 ;
- la loi n°2018-727 du 10 août 2018 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Fabas, rapporteure,
- et les observations de Me Jeugue Doungue, représentant M. C.
Considérant ce qui suit :
1. M. D C, ressortissant sénégalais né le 9 février 1999, est entré sur le territoire français le 8 octobre 2018 muni d'un visa long séjour portant la mention " étudiant ". Ses titres de séjour étudiant ont été régulièrement renouvelés jusqu'au 25 janvier 2022. Par un courrier du 8 février 2022, M. C a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêté du 12 août 2022, dont le requérant demande l'annulation, le préfet de Meurthe-et-Moselle lui a refusé le renouvellement de son titre et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné.
Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :
2. En premier lieu, par un arrêté n°21.BCI.41 du 8 septembre 2021, publié le lendemain au recueil des actes administratifs de la préfecture de Meurthe-et-Moselle, le préfet de Meurthe-et-Moselle a donné délégation à M. A B, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer tous les arrêtés, décisions, requêtes (y compris déférés), circulaires, rapports, documents et correspondances relevant des attributions de l'Etat dans le département de la Meurthe-et-Moselle, à l'exception des arrêtés de conflit. Dès lors, M. B, signataire de l'arrêté attaqué du 12 août 2022, était compétent pour signer. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte attaqué doit donc être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté mentionne les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation ne peut qu'être écarté.
4. En troisième lieu, les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives aux différents titres de séjour qui peuvent être délivrés aux étrangers en général et aux conditions de leur délivrance s'appliquent, ainsi que le rappelle l'article L. 110-1 du même code, " sous réserve des conventions internationales ". L'article 9 de la convention franco-sénégalaise du 1er août 1995 modifiée stipule que : " Les ressortissants de chacun des Etats contractants désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation qui ne peut être assuré dans le pays d'origine, sur le territoire de l'autre Etat, doivent, pour obtenir le visa de long séjour prévu à l'article 4, présenter une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement choisi ou une attestation d'accueil de l'établissement où s'effectue le stage. Ils doivent en outre justifier de moyens d'existence suffisants, tels qu'ils figurent en annexe. Les intéressés reçoivent le cas échéant, un titre de séjour temporaire portant la mention " étudiant ". Ce titre de séjour est renouvelé annuellement sur justification de la poursuite des études ou du stage, ainsi que de la possession de moyens d'existence suffisants ". L'article 13 de la même convention stipule que : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation respective des deux Etats sur l'entrée et le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord () ".
5. Lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.
6. En l'espèce et ainsi que les parties en ont été informées, la décision portant refus de renouvellement d'un titre de séjour trouve son fondement légal non dans les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lesquelles ne sont pas applicables aux ressortissants sénégalais, mais dans les stipulations de l'article 9 de la convention franco-sénégalaise du 1er août 1995 qui peuvent leur être substituées dès lors, en premier lieu, que les stipulations précitées de l'article 9 de la convention franco-sénégalaise du 1er août 1995 et les dispositions de l'article L.422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont équivalentes au regard des garanties qu'elles prévoient, en deuxième lieu, que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation sur la réalité et le sérieux des études poursuivies par l'intéressé pour appliquer l'un ou l'autre de ces deux textes, et, en troisième lieu, que M. C a été en mesure de produire ses observations sur ce point. Il y a donc lieu, dans ces conditions, de procéder à cette substitution de base légale.
7. Pour refuser à M. C de renouveler le titre de séjour étudiant qui lui avait été délivré, le préfet de Meurthe-et-Moselle a estimé que celui-ci ne justifiait pas du caractère sérieux des études qu'il poursuivait. Il ressort des pièces du dossier que, depuis son arrivée sur le territoire français, M. C a seulement validé sa première année de DUT génie civil, au titre des années scolaires 2018-2019 et 2019-2020. Au titre de l'année scolaire 2020-2021, le requérant s'est inscrit en deuxième année dans la même formation mais a été déclaré défaillant aux examens. Il a été autorisé à redoubler son année mais a de nouveau été déclaré défaillant aux examens l'année suivante. Si M. C justifie s'être orienté en BTS services informatiques au titre de l'année 2022-2023, cette formation ne présente aucun lien avec celle suivie auparavant et M. C n'a donc obtenu aucun diplôme depuis son arrivée sur le territoire français en 2018. Si le requérant se prévaut de la pandémie de Covid-19 ainsi que d'une agression subie en 2020 ayant pu avoir des répercussions sur sa progression, de telles circonstances n'ont pu obérer ses chances de réussite qu'au titre de l'année 2020. Dans ces conditions, le caractère sérieux de la poursuite des études de M. C, en particulier au titre de la période de janvier 2021 à juin 2022 n'étant pas établi, la décision par laquelle le préfet a refusé de renouveler le titre de séjour étudiant dont il bénéficiait n'a pas été prise en méconnaissance des stipulations précitées de la convention franco-sénégalaise du 1er août 1995.
8. En quatrième lieu, M. C ne peut se prévaloir des énonciations de la circulaire ministérielle du 7 octobre 2008 relative à l'appréciation du caractère sérieux des études des étudiants étrangers, lesquelles sont dépourvues de caractère règlementaire et ne comportent aucune ligne directrice qu'il pourrait utilement invoquer devant le juge.
9. En cinquième lieu, les dispositions de la loi n°2018-727 du 10 août 2018, aujourd'hui codifiées aux articles L. 124-1 et 2 du code des relations entre le public et l'administration, n'ont ni pour objet, ni pour effet de faire obstacle à ce que le préfet procède, sur la demande de M. C, à un examen particulier de sa situation à l'issue duquel il a fait le choix de ne pas renouveler le titre de séjour qu'il lui avait délivré. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.
10. En sixième lieu, l'arrêté attaqué ne porte aucune atteinte au droit à l'instruction et à l'éducation de M. C ainsi qu'à sa liberté d'aller et venir, qui, s'agissant d'un ressortissant étranger, ne peuvent s'exercer que dans le respect des dispositions applicables à l'entrée et au séjour sur le territoire national. Par ailleurs, le requérant ne justifie d'aucun obstacle à ce qu'il poursuive sa formation professionnelle hors de France. Le moyen tiré de leur méconnaissance doit donc, en tout état de cause, être écarté.
11. En septième lieu, aux termes des dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".
12. Il ressort des pièces du dossier que M. C, célibataire et sans charge de famille, réside sur le territoire français depuis moins de quatre ans à la date de l'arrêté attaqué. S'il se prévaut de sa scolarisation et de la présence régulière sur le territoire français de plusieurs membres de sa famille, notamment de son oncle, de sa tante et de son cousin, il est constant qu'il ne s'est maintenu sur le territoire qu'au bénéfice de titres de séjour délivrés en qualité d'étudiant, ne lui donnant pas vocation à demeurer sur le territoire français. Par ailleurs, il n'établit pas être dépourvu de tout lien dans son pays d'origine. Dans ces conditions, et alors même que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public, l'arrêté n'a pas été pris en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'est pas davantage entaché d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'il est susceptible d'avoir sur la situation du requérant.
13. En dernier lieu, M. C n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour il n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision à l'encontre des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination.
14. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 12 août 2022 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour étudiant et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être également rejetées.
Sur les frais de l'instance :
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par M. C au titre des frais qu'il a exposés et non compris dans les dépens soit mise à la charge de l'Etat qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et au préfet de Meurthe-et-Moselle.
Délibéré après l'audience du 12 janvier 2022, à laquelle siégeaient :
- M. Di Candia, président,
- M. Gottlieb, premier conseiller,
- Mme Fabas, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 2 février 2023.
La rapporteure,
L. FabasLe président,
O. Di Candia
Le greffier,
P. Lepage
La République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026