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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2203238

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2203238

vendredi 18 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2203238
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantBACH-WASSERMANN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 novembre 2022 à 15 heures 47 et un mémoire complémentaire enregistré le 17 novembre 2022, M. C B, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 novembre 2022 par lequel le préfet du Doubs l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit et a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre au préfet du Doubs de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de cent-cinquante euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à conseil de la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur l'ensemble des décisions :

- elles sont entachées d'incompétence de leur auteur ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles ne lui ont pas été notifiées dans une langue qu'il comprend.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut d'examen individuel de sa situation ;

- elle a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendu garanti par l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

S'agissant de la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- cette décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français sur laquelle elle est fondée ;

- son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

- il ne présente pas de risque de fuite.

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- cette décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français sur laquelle elle est fondée ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la Convention contre la torture et autres traitements cruels et inhumains.

S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français :

- cette décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français sur laquelle elle est fondée ;

- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation quant à la durée de l'interdiction de retour et quant aux circonstances humanitaires ;

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il fait état de circonstances humanitaires justifiant qu'aucune interdiction de retour sur le territoire français ne soit prise à son encontre ;

- cette mesure porte atteinte à son droit constitutionnel d'asile dès lors qu'elle l'empêchera de revenir en France pour y solliciter l'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 novembre 2022, le préfet du Doubs conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Fabas, conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8, L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les observations de Me Bach-Wassermann avocate commise d'office de M. B, qui s'en remet, pour l'essentiel, aux écritures qui ont été produites et ajoute qu'elle sollicite le bénéfice de l'aide juridictionnelle pour son client, que l'arrêté du préfet ne fixe pas le pays de renvoi et se contente de préciser " dans le pays dont il a la nationalité " et que M. B a la double nationalité libyenne et tunisienne ; elle ajoute que le préfet n'a pas démontré l'impossibilité de disposer d'un interprète en langue arabe au moment de la notification de l'arrêté à M. B ;

- les observations de M. B, assisté d'un interprète en langue arabe, qui va falloir qu'il aimerait qu'on lui donne quelques jours pour rassembler ses affaires et quitter la France ;

- et les observations de Me Morel représentant le préfet du Doubs, qui fait valoir que si l'intéressé fait état de problèmes psychiques aucune pièce ne vient au soutien de ces allégations ; elle ajoute que la notification s'est faite à la levée d'écrou de l'intéressé et qu'il n'y a pas pu y avoir d'interprète à cette occasion mais que M. B a toujours pu bénéficier d'un interprète à l'occasion des différentes instances devant les juridictions ; que le requérant n'a pas démontré l'intensité de ses liens avec sa famille résidant en France.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant libyen ou tunisien né le 19 janvier 2003, serait entré irrégulièrement sur le territoire français pour la dernière fois à la fin de l'année 2021 selon ses déclarations. Le 15 juillet 2022, M. B a été condamné par le tribunal judiciaire de Besançon à une peine de cinq mois d'emprisonnement pour des faits de violence aggravée par deux circonstances suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours. A sa levée d'écrou, le préfet du Doubs a pris à son encontre l'arrêté du 10 novembre 2022, dont il demande l'annulation, par lequel il lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra, le cas échéant, être éloigné et a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Le préfet du Doubs a également décidé de son placement en rétention dans des locaux ne relevant pas de l'administration pénitentiaire.

Sur les conclusions relatives à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre provisoirement M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle, sur le fondement des dispositions précitées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à toutes les décisions :

4. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé pour le préfet et par délégation, par M. Philippe Portal, secrétaire général de la préfecture du Doubs. En vertu d'un arrêté du 25 juillet 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour, le préfet du Doubs a donné délégation, notamment à M. D, à l'effet de signer les décisions attaquées. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte ne peut qu'être écarté.

5. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué mentionne les considérations de droit et de fait qui fondent la décision. Si l'arrêté ne précise pas le pays à destination duquel M. B est susceptible d'être éloigné, celui-ci précise qu'il pourra être éloigné à destination du pays " dont il a la nationalité ". Or, il ressort des pièces du dossier et n'est pas sérieusement contesté que M. B a volontairement entretenu le doute quant à sa véritable nationalité en vue de dissimuler son identité, mais ne conteste pas qu'il dispose soit de la nationalité libyenne soit de la nationalité tunisienne. Dès lors, la mention précitée est suffisante et compréhensible par l'intéressé pour fixer le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté ne peut qu'être écarté.

6. En troisième lieu, les conditions de notification d'une décision sont sans incidence sur la légalité de celle-ci. Le requérant ne peut ainsi utilement faire valoir que l'arrêté contesté ne lui a pas été notifié dans une langue qu'il comprend. Par suite, ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne les moyens spécifiquement dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité de son séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Il n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision refusant le délai de départ volontaire dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement.

8. Si M. B invoque la méconnaissance du droit d'être entendu, énoncé à l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, il ressort des pièces des dossiers et notamment du procès-verbal d'audition du 15 juillet 2022, que le requérant a signé sans réserves, qu'il a été amené à faire valoir ses observations en présence d'un interprète en langue arabe, après avoir été interrogé sur ses intentions dans l'hypothèse où le préfet prendrait à son encontre une mesure d'éloignement. M. B a ainsi pu faire valoir ses observations et la décision attaquée lui a été notifiée après que ses observations aient été communiquées à l'autorité préfectorale. Il résulte de ce qui précède que le requérant a été mis à même de formuler, avec un délai suffisant, des observations écrites et orales avant la notification de la décision en litige. En tout état de cause, M. B n'apporte aucune précision relative à la nature des informations qu'il n'aurait pu porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise la décision l'obligeant à quitter le territoire français. Le moyen tiré du vice de procédure doit, dès lors, être écarté.

9. En deuxième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de la décision attaquée que le préfet n'aurait pas procédé à un examen personnel de la situation de l'intéressé. Dans ces conditions le moyen tiré du défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ne peut qu'être écarté.

10. En troisième lieu, aux termes des dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. 2. Il ne peut y avoir d'ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

11. Il ressort des pièces du dossier que M. B est présent sur le territoire français depuis moins d'un an à la date de la décision attaquée et qu'il est célibataire et sans enfant. S'il se prévaut de la présence régulière en France d'une sœur et d'un oncle, il ne produit aucun élément permettant d'établir qu'il entretient avec eux des liens anciens, intenses et stables. Par ailleurs, il n'établit pas être dépourvu de toute attache dans son pays d'origine, en dépit du décès de ses parents. Dans ces conditions, la décision par laquelle le préfet du Doubs a obligé M. B à quitter le territoire français n'a pas été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et ne porte pas une atteinte disproportionnée à la vie privée et familiale de celui-ci au regard des buts en vue desquels elle a été prise.

En ce qui concerne les moyens spécifiquement dirigés à l'encontre de la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

12. En premier lieu, M. B n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français, il n'est pas fondé à exciper l'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire.

13. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " Et, aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () ".

14. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. B a été condamné par le tribunal judiciaire de Besançon le 15 juillet 2022 à une peine de cinq mois d'emprisonnement pour des faits de violence aggravée par deux circonstances suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours. Dans ces conditions, eu égard au caractère très récent de ces faits et compte-tenu de leur gravité, le préfet n'a pas méconnu les dispositions précitées de l'article L. 612-2 1° en estimant que le comportement de M. B représente une menace pour l'ordre public.

15. D'autre part, M. B ne conteste pas qu'il est entré irrégulièrement sur le territoire français et qu'il s'y est maintenu sans solliciter la délivrance d'un titre de séjour. Dans ces conditions, le préfet du Doubs a pu légalement estimer qu'il existait un risque qu'il se soustraie à la mesure d'éloignement prise à son encontre et lui refuser pour ce motif l'octroi d'un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision fixant le pays de destination :

16. En premier lieu, M. B n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français, il n'est pas fondé à exciper l'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision fixant son pays de destination.

17. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 11 du présent jugement, la décision par laquelle le préfet du Doubs a fixé le pays à destination duquel M. B pourra être renvoyé n'a pas été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

18. En dernier lieu si M. B soutient qu'en cas de retour dans son pays d'origine il risque d'être soumis à des traitements inhumains et dégradants, il ne l'établit pas. Dans ces conditions cette décision ne méconnaît pas les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

19. En premier lieu, M. B n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français, il n'est pas fondé à exciper l'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision lui interdisant le retour sur le territoire français.

20. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ".

21. Contrairement à ce que soutient M. B, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait fait une appréciation manifestement erronée de sa situation en estimant qu'aucune circonstance humanitaire ne justifiait que ne soit pas édictée à son encontre une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français.

22. En troisième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français.Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

23. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré sur le territoire français depuis moins d'un an à la date de la décision attaquée. Il n'établit pas disposer de liens anciens, intenses et stables sur le territoire français. Et, ainsi qu'il l'a été dit au point 14 du présent jugement, son comportement représente une menace pour l'ordre public. Ainsi bien qu'il se soit pas déjà soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement, il n'est pas fondé à soutenir que la décision par laquelle le préfet a lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans méconnaît les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni qu'elle serait entachée d'une erreur d'appréciation quant à sa durée.

24. En dernier lieu, M. B soutient que la décision porte une atteinte grave et disproportionnée à son droit constitutionnel d'asile dès lors qu'elle fait obstacle à son retour en France afin d'y solliciter l'asile. Il résulte toutefois des dispositions de l'article L. 613-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'intéressé peut solliciter à tout moment l'abrogation de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français. Si cette demande n'est recevable que si l'intéressé réside hors de France, une telle condition n'est pas de nature à porter atteinte au droit d'asile dès lors que le refus d'entrée sur le territoire ne fait pas obstacle au dépôt d'une demande d'asile à la frontière, comme l'a relevé le Conseil constitutionnel dans sa décision n° 2011-631 DC du 9 juin 2011, aux termes de laquelle il a, dans ses motifs et son dispositif, déclaré conformes à la Constitution les dispositions du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, reprises à l'identique à l'article L. 613-7 du même code. Par suite, le moyen tiré de la violation du droit constitutionnel d'asile doit être écarté.

25. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 10 novembre 2022 par lequel le préfet du Doubs l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a pris à son encontre une décision d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Ses conclusions à fin d'annulation de cet arrêté ne peuvent donc qu'être rejetées.

26. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte s'y rapportant ainsi que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet du Doubs.

Lu en audience publique le 18 novembre 2022 à 15 heures 59.

La magistrate désignée,

L. A

La greffière,

M. E

La République mande et ordonne au préfet du Doubs en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2203238

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