lundi 21 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2203257 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | CUNAT |
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Di Candia, vice-président, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Di Candia, magistrat désigné,
- les observations de Me Cunat, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens, en précisant qu'elle souhaitait se rendre en France, chez sa cousine, pour trouver un travail et qu'elle a suivi des amis à Macon jusqu'à son interpellation ;
- les observations de M. D, représentant le préfet de Saône-et-Loire, qui précise que la requérante a reconnu les faits qui lui sont reprochés, qu'elle est poursuivie en Italie et que la décision fixant le pays de destination est fondée sur l'article L. 261-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, née le 28 août 1988, de nationalité croate, a été interpellée et placée en garde à vue le 11 novembre 2022 par les services de police de Macon pour des faits de tentative de vol par effraction en réunion. Par une décision du 12 novembre 2022, le préfet de Saône-et-Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée et lui a fait interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée d'un an. Placée en rétention administrative, Mme B demande l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :
2. En premier lieu, par un arrêté du 24 octobre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de Saône-et-Loire le même jour, le préfet de Saône-et-Loire a donné délégation de signature à M. C, sous-préfet d'Autun, à l'effet de signer, pour l'ensemble du département, dans le cadre des permanences qu'il est appelé à exercer les samedis, dimanches, jours fériés et chômés, tous arrêtés, décisions, circulaires, rapports, correspondances et documents relevant des attributions de l'Etat dans le département de Saône-et-Loire, à l'exception d'une liste limitative d'actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte attaqué doit être écarté.
3. En deuxième lieu, les décisions contestées comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation manque en fait et doit être écarté.
4. En troisième lieu, il ne ressort pas des termes des décisions contestées que le préfet n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation de Mme B.
5. En quatrième lieu, les conditions de notification d'une décision administrative sont sans incidence sur sa légalité.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
6. Aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : () 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société () ".
7. En premier lieu, la mention dans la décision attaquée selon laquelle Mme B serait sans domicile fixe n'est pas au nombre des motifs de la décision portant obligation de quitter le territoire français prise à son encontre. Dès lors, le moyen tiré du caractère erroné de cette mention est sans incidence sur sa légalité.
8. En deuxième lieu, si Mme B fait valoir qu'elle doit comparaître, le 5 avril 2023 devant le tribunal correctionnel de Macon, la décision d'obligation de quitter le territoire français n'a ni pour objet ni pour effet de la priver du droit de se défendre devant cette juridiction, dès lors qu'elle pourra, le cas échéant, s'adresser au tribunal, en vertu de l'article 410 du code de procédure pénale, pour faire valoir qu'elle est dans l'impossibilité de comparaître pour une cause indépendante de sa volonté. Par suite, la décision contestée ne méconnaît pas le droit à un procès équitable garanti par les stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
9. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".
10. Mme B, célibataire et sans enfant, a déclaré n'être entrée en France que la veille de son interpellation. Par suite, c'est sans méconnaître les stipulations de l'article 8 précitées et sans porter atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale que le préfet de la Saône-et-Loire a pu prendre à son encontre une obligation de quitter le territoire français.
En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :
11. En premier lieu, aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : () / 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; () ". Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à l'autorité administrative, qui ne saurait se fonder sur la seule existence d'une infraction à la loi, d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française, ces conditions étant appréciées en fonction de sa situation individuelle, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration.
12. En contestant que son comportement constitue une menace à l'ordre public, Mme B doit être regardée comme excipant de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'appui de la décision portant refus de lui accorder un délai de départ volontaire, compte tenu de l'appréciation portée par le préfet sur son comportement. Il ressort des pièces du dossier, notamment des procès-verbaux produits en défense, que Mme B a commis avec une personne qu'elle présente comme sa cousine des faits de tentative de vol avec effraction, le 11 novembre 2022, soit le lendemain de son entrée en France. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que Mme B est connue des autorités italiennes pour avoir commis, en 2020 et 2021, des infractions de vols, pour lesquelles elle fait l'objet de poursuites. Compte tenu de ces éléments, de la nature des faits commis, de leur caractère récent et de la circonstance que Mme B est déjà connue des autorités italiennes pour des infractions de même nature, le moyen tiré de ce que le préfet de Saône et Loire aurait fait une inexacte application de ces dispositions en estimant que le comportement de Mme B constituait une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société française ne peut qu'être écarté. Mme B ne peut donc exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire à l'appui de sa demande tendant à l'annulation de la décision portant refus de délai de départ volontaire.
13. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision. L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence et ne peut l'allonger qu'à titre exceptionnel ".
14. Pour refuser de lui accorder un délai de départ volontaire pour satisfaire à l'obligation qui lui était faite de quitter le territoire français, le préfet de Saône-et-Loire, après avoir relevé que le comportement de Mme B, en raison des faits rappelés au point 12, constituait une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société, a estimé qu'eu égard à la nature et à la gravité de ces faits, il y avait urgence à l'éloigner.
15. Il ressort des éléments produits en défense que Mme B, connue des autorités italiennes pour des faits de vols avec effraction et vols aggravés commis en 2020 et 2021, pour lesquels elle est poursuivie, a commis une infraction à Macon le lendemain de son entrée sur le territoire français. Dans ces conditions, ces éléments suffisent à établir que la situation de Mme B constituait un cas d'urgence au sens de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile autorisant le préfet à réduire le délai de départ volontaire d'un mois prévu par ces dispositions. Par suite, en n'assortissant pas l'obligation de quitter le territoire français d'un délai de départ volontaire d'un mois, le préfet n'a pas méconnu ces dispositions.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
16. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que Mme B n'est pas fondée à invoquer, par la voie de l'exception, le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'encontre de la décision fixant le pays de destination.
17. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
18. Si Mme B fait valoir que la décision contestée méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales précitées, elle n'apporte aucun élément de nature à établir la réalité et l'actualité des risques qu'elle encourt en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
19. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux invoqués au point 10, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision contestée méconnaitrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne l'interdiction de circulation sur le territoire français :
20. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que Mme B n'est pas fondée à invoquer, par la voie de l'exception, le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'encontre de la décision lui faisant interdiction de circulation sur le territoire français.
21. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans ".
22. Pour les mêmes motifs que ceux figurant au point 12, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en prenant à son encontre une mesure d'interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée d'un an, le préfet de Saône-et-Loire aurait fait une inexacte application de ces dispositions précitées.
23. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 12 novembre 2022 par laquelle le préfet de Saône-et-Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée et a pris à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée d'un an. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction de Mme B ainsi que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : la requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de Saône-et-Loire.
Lu en audience publique le 21 novembre 2022 à 15 heures 52.
Le magistrat désigné,
O. Di Candia
Le greffier,
L. Thomas
La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2203257
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026