vendredi 5 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2203261 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 3 |
| Avocat requérant | CHAMPY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 7 novembre 2022, Mme A B, représentée par Me Champy, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 23 août 2022 par laquelle le directeur de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande de reconnaissance de la qualité d'apatride ;
2°) d'enjoindre au directeur de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides de lui accorder le statut d'apatride ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son avocate, Me Champy, sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la décision contestée est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article 1er de la convention de New York du 28 septembre 1954, dès lors qu'elle justifie de son identité ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que les autorités serbes ne la reconnaissent pas comme leur ressortissante ;
- les démarches qu'elle a entamées auprès de la préfecture afin de faire modifier son titre de séjour sont de nature à établir qu'elle n'est pas susceptible d'obtenir la nationalité kosovare.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er décembre 2022, l'OFPRA conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 octobre 2022 du bureau d'aide juridictionnelle.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de New York du 28 septembre 1954 relative au statut des apatrides ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Agnès Bourjol,
- et les conclusions de Mme Cabecas, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, se disant née le 20 mai 1985 au Kosovo, a présenté deux demandes d'asile, la première ayant été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 31 mai 2006, puis par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 11 janvier 2007, la seconde par une décision de l'OFPRA du 30 septembre 2009, puis par une décision du 7 juin 2011 de la CNDA. Le 23 mai 2022, Mme B a demandé la reconnaissance de la qualité d'apatride sur le fondement de la convention de New York du 28 septembre 1954. Par une décision du 23 août 2022, dont Mme B demande l'annulation, le directeur de l'OFPRA a rejeté sa demande.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes du paragraphe 1er de l'article 1er de la convention de New York du 28 septembre 1954 : " Aux fins de la présente Convention, le terme " apatride " désigne une personne qu'aucun Etat ne considère comme son ressortissant par application de sa législation () ". Aux termes des dispositions de l'article L. 582-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur, désormais reprises à l'article L. 812-1 : " La qualité d'apatride est reconnue à toute personne qui répond à la définition de l'article 1er de la convention de New York, du 28 septembre 1954, relative au statut des apatrides. Ces personnes sont régies par les dispositions applicables aux apatrides en vertu de cette convention ". Aux termes de l'article L. 582-2 du même code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides reconnaît la qualité d'apatride aux personnes remplissant les conditions mentionnées à l'article L. 582-1, au terme d'une procédure définie par décret en Conseil d'Etat ". La reconnaissance de la qualité d'apatride implique d'établir que l'Etat susceptible de regarder une personne comme son ressortissant par application de sa législation ne le considère pas comme tel.
3. Il résulte de ces stipulations et de ces dispositions que s'il incombe à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, de vérifier si le demandeur se trouve dans la situation selon laquelle aucun Etat ne le considère comme son ressortissant par application de sa législation, toute personne se prévalant de la qualité d'apatride doit apporter la preuve qu'en dépit de démarches répétées et assidues, l'Etat dont il peut être présumé avoir la nationalité a refusé de donner suite à ses démarches.
4. En premier lieu, pour rejeter la demande de reconnaissance de la qualité d'apatride de la requérante, l'OFPRA a relevé, d'une part, que les documents originaux traduits en français produits par l'intéressée ne permettaient pas de les rattacher de manière certaine à sa personne en raison de ses déclarations mensongères devant l'OFPRA dans le cadre de l'examen de ses demandes d'asile quant à son identité et de son état civil et, d'autre part, que les documents produits, attestant de sa naissance dans la même localité mais à une autre date, ainsi que d'autres documents, présentaient des incohérences et des anomalies. À l'appui de sa requête, Mme B, qui n'apporte pas d'éléments fiables et sérieux permettant d'établir la réalité de son identité et de son état-civil, ne peut être regardée comme justifiant de son identité.
5. En second lieu, la circonstance alléguée que les autorités serbes auraient refusé de délivrer un passeport à Mme B n'est pas par elle-même de nature à établir qu'elle a effectué des démarches infructueuses, répétées et assidues auprès de celles-ci. Dans ces conditions, la requérante ne démontre pas qu'elle serait dans l'impossibilité de se voir reconnaître la nationalité serbe. En outre, en se prévalant de démarches qu'elle aurait entamées auprès de la préfecture afin de faire modifier son titre de séjour quant à son état civil et sa nationalité, Mme B ne démontre pas qu'elle a effectué des démarches répétées et assidues auprès de l'Etat dont il peut être présumé qu'elle aurait la nationalité. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de sa situation tant au regard des stipulations de l'article 1er de la convention de New York du 28 septembre 1954 que des dispositions de l'article L. 582-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées doit être rejeté.
6. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 23 août 2022 par laquelle le directeur général de l'OFPRA a refusé de faire droit à sa demande de reconnaissance de la qualité d'apatride. Par suite, ses conclusions présentées à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Champy et à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides.
Délibéré après l'audience publique du 20 juin 2024 à laquelle siégeaient :
M. Di Candia, président,
Mme Bourjol, première conseillère,
M. Bastian, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2024.
La rapporteure,
A. Bourjol
Le président,
O. Di Candia
La greffière,
L. Bourger
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2203261
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026