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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2203262

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2203262

jeudi 21 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2203262
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 3
Avocat requérantJEANNOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 novembre 2022, M. C H, représenté par Me Jeannot, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 18 juillet 2022 par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer une carte de résident ou un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour pendant l'instruction de son dossier ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Jeannot, avocate de M. H, de la somme de 1 800 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, ainsi que les entiers dépens.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence du signataire de l'acte ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet n'a pas examiné l'opportunité de faire usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation, ni fait usage de ce pouvoir ;

- elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur de droit dès lors que le préfet s'est borné à s'en rapporter à sa précédente décision ;

- elle est entachée d'une erreur de fait, d'une erreur de droit, d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il remplit les conditions de délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ;

- elle est entachée d'erreur de droit en ce que le préfet s'est estimé en situation de compétence liée par son passé pénal ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de cet article ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 janvier 2024, la préfète de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. H ne sont pas fondés.

M. H a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bastian, conseiller,

- les observations de Me Jeannot, représentant M. H.

Une note en délibéré a été enregistrée pour M. H le 22 février 2024 et n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. M. H, ressortissant marocain né le 1er août 1982, a déclaré être entré en France en 1983. Incarcéré depuis le mois de novembre 2005, il a, le 15 avril 2022, sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Par une décision du 18 juillet 2022, dont M. H demande l'annulation, le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de l'admettre au séjour.

2. En premier lieu, par un arrêté du 29 novembre 2021, publié au recueil des actes administratifs de Meurthe-et-Moselle le lendemain, le préfet de Meurthe-et-Moselle a donné délégation à Mme E D, cheffe du bureau du séjour régulier, à l'effet de signer notamment, en cas d'absence ou d'empêchement de M. G B et de Mme F A, les décisions défavorables relatives aux missions du bureau de l'immigration et de l'intégration. Dans ces conditions, Mme D, signataire de la décision en litige, était compétente pour signer la décision rejetant sa demande de titre séjour. Par suite, alors que l'absence ou l'empêchement de M. B et de Mme A ne sont pas contestés, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que le préfet a examiné s'il y avait lieu de faire usage de son pouvoir de régularisation. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit en ce que le préfet n'aurait pas examiné l'opportunité de faire usage de ce pouvoir doit en tout état de cause être écarté.

4. En troisième lieu, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que M. H aurait apporté des éléments nouveaux à l'appui de sa demande de titre de séjour. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de fait et de l'erreur de droit doivent être écartés.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. " Aux termes de l'article L. 423-23 de ce code : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. " Aux termes de l'article L. 412-5 du même code : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance () de la carte de séjour temporaire (). "

6. Il ressort des pièces du dossier que M. H a été condamné à trois mois d'emprisonnement pour dégradation d'un bien appartenant à autrui, menace de mort réitérée et violence n'ayant entraîné aucune incapacité de travail, par un jugement du tribunal correctionnel de Strasbourg du 8 décembre 2005, à un an d'emprisonnement, pour dégradation ou détérioration de bien destiné à l'utilité ou la décoration publique et outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique commis en réunion, menace de crime ou de délit contre les personnes ou les biens à l'encontre d'un dépositaire de l'autorité par un jugement du tribunal correctionnel de Strasbourg du 19 janvier 2007, ainsi qu'à deux mois d'emprisonnement pour conduite d'un véhicule sans permis par un jugement du 23 janvier 2007 du tribunal correctionnel de Strasbourg. Par un arrêt de la cour d'assises du Bas-Rhin du 16 mai 2008, M. H a été condamné à une peine de dix-huit ans d'emprisonnement pour vol avec violence ayant entrainé la mort. Au cours de sa détention, le requérant a été condamné à une peine de quatre mois d'emprisonnement pour détention non autorisée de stupéfiants par un jugement du tribunal correctionnel de Mulhouse du 17 avril 2009, à huit mois d'emprisonnement pour détention non autorisée de stupéfiants, récidive, outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique, par un jugement du 4 mai 2012 du tribunal correctionnel de Colmar, à deux mois d'emprisonnement pour déclaration fausse ou incomplète par personne morale pour obtenir d'une personne publique ou d'un organisme chargé d'une mission de service public une allocation, une prestation, un paiement ou un avantage indu, par un jugement du 9 janvier 2015 du tribunal correctionnel de Colmar, à huit mois d'emprisonnement pour conduite d'un véhicule sans permis en récidive, par un jugement du tribunal correctionnel de Strasbourg du 10 mars 2017, et à un an d'emprisonnement pour violence dans un local administratif suivie d'une incapacité supérieure à huit jours, par un arrêt correctionnel de la cour d'appel de Nancy du 25 janvier 2018. M. H se prévaut de son comportement exemplaire en détention et affirme être dans un chemin d'insertion. Il soutient qu'il a suivi des formations et obtenu des diplômes, qu'il a travaillé alors qu'il était en détention et qu'il fait des efforts pour payer les condamnations civiles. Il indique qu'il bénéficie de la confiance du juge d'application des peines, du procureur et du personnel en détention. Toutefois, s'il ressort du jugement du juge d'application des peines du 10 janvier 2022, statuant sur une demande d'aménagement de peine, que M. H a investi depuis plusieurs années son parcours d'exécution de peines, plusieurs incidents sont venus ternir ses efforts au cours des derniers mois. En particulier, il ressort de ce jugement que M. H a menacé des agents et consommé des produits stupéfiants. Dans ces conditions, eu égard des délits et crime commis par le requérant et à la circonstance que le comportement de M. H en détention n'a pas été irréprochable, les moyens tirés de ce que le préfet aurait entaché sa décision d'erreurs de fait, de droit, méconnu les dispositions des articles L. 423-7 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et fait une inexacte appréciation des circonstances de l'espèce en estimant que la présence en France de M. H constituait toujours une menace pour l'ordre public faisant obstacle à la délivrance d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français, doivent être écartés.

7. En cinquième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier, ni des termes de la décision attaquée, que le préfet, qui a apprécié la réalité de la menace à l'ordre public au regard de la nature, de la gravité et du caractère répété des faits commis par M. H, se serait cru lié par le passé pénal de l'intéressé pour prendre la décision de refus de séjour litigieuse. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

8. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Si M. H se prévaut sans l'établir de son entrée en France en même temps que ses parents, à l'âge de un an, en 1983, le préfet reconnaît quant à lui la présence en France de M. H, accompagnant ses parents, depuis septembre 1986. L'intéressé se prévaut de sa compagne, une ressortissante française avec laquelle il a eu trois enfants nés respectivement le 22 mars 2014, le 8 octobre 2015 et le 29 août 2017. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que la compagne de M. H lui a rendu régulièrement visite dans le cadre de parloirs familiaux, accompagnée de leurs enfants, jusqu'à la crise sanitaire de 2020, et que le requérant a pu bénéficier de permissions de sortie pour se rendre chez la mère de ses enfants depuis le mois de mars 2014. Toutefois, eu égard à la gravité et au caractère répété des faits pour lesquels M. H a été condamné par la juridiction répressive entre 2003 et 2018 et à l'absence de réelles perspectives d'insertion de l'intéressé à sa levée d'écrou, qui caractérisent une menace actuelle à l'ordre public suffisamment grave, le refus de délivrance d'un titre de séjour ne porte pas à son droit au respect de sa vie familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts d'intérêt public en vue desquels la décision a été prise. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet de Meurthe-et-Moselle aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle doit être écarté.

10. En septième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

11. La décision en litige n'a ni pour effet ni pour objet d'obliger M. H à quitter la France et par conséquent à le séparer de ses enfants. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations citées au point précédent doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. H n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 18 juillet 2022 par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour. Par suite, sa requête doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 et R. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. H est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C H, à Me Jeannot et à la préfète de Meurthe-et-Moselle.

Délibéré après l'audience du 22 février 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Di Candia, président,

- Mme Bourjol, première conseillère,

- M. Bastian, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mars 2024.

Le rapporteur,

P. Bastian

Le président,

O. Di Candia

Le greffier,

P. Lepage

La République mande et ordonne à la préfète de Meurthe-et-Moselle en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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