mardi 22 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2203270 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduites à la frontière |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 14 novembre 2022 à 16 heures 18, M. A C, représenté par Me Blanvillain, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler les décisions en date du 28 août 2022 par lesquelles le préfet du Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de retour et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de 36 mois ;
3°) d'enjoindre au préfet du Rhône de réexaminer sa situation dans un délai déterminé au besoin sous astreinte ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Le requérant soutient que :
Sur la recevabilité :
- si la décision lui a été notifiée le 28 août 2022, il n'en a pas compris la teneur en l'absence d'interprète et ce n'est que le 12 novembre que le préfet a procédé à cette notification par interprète ;
Sur la légalité externe :
- l'auteur de l'acte est incompétent ;
- son droit d'être entendu qu'il tient de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux a été méconnu ;
- la décision est insuffisamment motivée ;
Sur la légalité interne :
- l'arrêté est entaché d'une erreur de fait, l'adresse indiquée est erronée ;
- la mesure d'éloignement est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français est disproportionnée.
Par un mémoire en défense enregistré le 18 novembre 2022, le préfet du Rhône conclut au rejet de la requête.
Il soutient que la requête est tardive et que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. D pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Boulangé, magistrat désigné,
- les observations de Me Blanvillain, avocat représentant M. C qui reprend les moyens de la requête ;
- les observations de M. C qui dit s'inquiéter pour les enfants de sa compagne ;
- et les observations de M. F, représentant le préfet du Rhône, qui reprend l'argumentation du mémoire en défense.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique, conformément à l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant marocain né en 1995, a déclaré être entré en France depuis plus de sept ans. Interpelé le 28 août 2022 pour des faits de refus d'obtempérer, défaut de permis de conduire et violences aggravées, sa situation irrégulière a été constatée par les services de police et le préfet du Rhône a prononcé à son encontre le 28 août 2022, des décisions lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de retour, lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de 36 mois et l'assignant à résidence pour une durée de 45 jours. Interpellé le 12 novembre 2022 pour des faits recels de vol, M. C a été placé en rétention administrative.
Sur le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () soit par la juridiction compétente ou son président ".
3. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, et alors qu'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'aide juridictionnelle, il y a lieu d'admettre M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, sur le fondement de ces dispositions.
Sur les conclusions en annulation :
4. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. E B, sous-préfet de l'arrondissement de Villefranche-sur-Saône, qui a reçu délégation à l'effet de signer, pour les périodes de permanence, toutes décisions notamment dans le domaine de la législation et de la réglementation relative à l'entrée et au séjour des étrangers en France, par un arrêté du 21 avril 2022 du préfet du Rhône, publié au recueil des actes administratifs du 22 avril 2022. Par ailleurs, le requérant n'établit pas que M. B n'aurait pas été de permanence le 22 août 2022, date de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte attaqué qui manque en fait, doit être écarté.
5. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, en particulier du procès-verbal de l'audition du 28 août 2022 conduite par un fonctionnaire de police du commissariat de Lyon 1er, que M. C a été informé du fait que l'autorité préfectorale était susceptible de prononcer à son encontre une mesure d'éloignement, ce à quoi il a fait savoir qu'il souhaitait rester en France. Dès lors, il n'est pas fondé à soutenir que son droit d'être entendu préalablement qu'il tient de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne aurait été méconnu.
6. En troisième lieu, les décisions du 28 août 2022 par lesquelles le préfet du Rhône a fait obligation à M. C de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de retour et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de 36 mois, comportent dans une rédaction non stéréotypée, l'ensemble des considérations de droit et de fait qui les fondent, ces décisions sont insuffisamment motivées.
7. En quatrième lieu, l'indication dans la décision attaquée du numéro 37 dans l'adresse de l'intéressé à Marseille, au lieu de celle du numéro 34, constitue une simple erreur de plume qui est sans incidence sur sa légalité. Au demeurant, M. C ne justifie pas de l'adresse qu'il revendique à Lyon.
8. En cinquième lieu, si M. C se prévaut, sans l'établir, de sa présence en France depuis plus de sept ans, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a fait l'objet de deux mesures d'éloignement précédentes en date des 26 octobre 2018 et 13 février 2020, qu'il est célibataire et sans enfant et qu'il est défavorablement connu des services de police pour l'utilisation de différentes identités, pour des faits de recel de biens provenant de vols et de vols aggravés. Par ailleurs, l'intéressé, qui a vécu la majeure partie de sa vie dans son pays d'origine, n'établit pas ne plus y disposer d'attaches familiales. Dès lors, c'est sans méconnaître les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sans avoir commis d'erreur manifeste d'appréciation, que l'autorité préfectorale a pu faire obligation à M. C de quitter le territoire français.
9. En sixième lieu, pour les mêmes motifs qu'exposés au point précédent, alors que la présence de l'intéressé en France n'est établie que depuis 2018 et qu'il est défavorablement connu des services de police en raison de nombreux signalements pour des faits de recel et de l'utilisation de différentes identités, c'est sans erreur d'appréciation que le préfet du Rhône a pu fixer à trois ans l'interdiction de retour sur le territoire français notifiée à M. C.
10. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions à fin d'annulation présentées par le requérant doivent être rejetées.
Sur les conclusions en injonction en astreinte :
11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions présentées à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions susmentionnées doivent être rejetées.
Sur les frais du litige :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante au principal dans la présente instance, la somme que M. C demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : M. C est admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet du Rhône.
Lecture en audience publique le 22 novembre 2022 à 15 heures 31.
Le magistrat désigné,
P. D La greffière,
L. Rémond
La République mande et ordonne au préfet du Rhône, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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