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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2203281

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2203281

lundi 5 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2203281
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantBACH-WASSERMANN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 novembre 2022, Mme A B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 19 octobre 2022, notifié le 10 novembre 2022, par lequel la préfète de la région Grand Est préfète du Bas-Rhin a ordonné son transfert aux autorités allemandes responsables de sa demande d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 novembre 2022, la préfète de la région Grand Est préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement (UE) 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Grandjean, première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les articles L. 572-5, L. 572-6, L. 614-5, L. 614-6, L. 614-9, L. 614-11, L. 614-12, L. 614-15, L. 615-2, L. 623-1, L. 732-8 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- les observations de Me Bach-Wassermann représentant Mme B qui conclut aux mêmes fins que la requête et soutient que le droit à la vie privée et familiale de l'intéressée est méconnu par la décision de transfert attaquée ; sa vie commune avec M. C est attestée par leur hébergement commun et le versement à leur deux noms de l'allocation de demandeurs d'asile, la différence de leur parcours migratoire ne pouvant démontrer l'absence de réalité et de stabilité de leur vie commune ; elle ajoute que la requérante serait enceinte et qu'elle refuse de repartir en Allemagne où son père pourrait la retrouver.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante géorgienne, née le 2 octobre 2001, a déclaré être entrée en France le 19 septembre 2022 et sollicité l'asile auprès du guichet unique de la préfecture du Bas-Rhin le 23 septembre 2022. La consultation du fichier Eurodac a révélé que ses empreintes avaient été relevées le 27 février 2022 en Allemagne. Les autorités allemandes, sollicitées le 30 septembre 2022 sur le fondement du b) de l'article 18-1 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013, ont expressément accepté le 7 octobre 2022 la reprise en charge de l'intéressée. Par un arrêté du 19 octobre 2022, la préfète de la région Grand Est préfète du Bas-Rhin a décidé de transférer Mme B aux autorités allemandes responsables de sa demande d'asile. Par la requête susvisée, Mme B demande au tribunal l'annulation de cette décision.

2. En premier lieu, la requérante soutient que la décision attaquée porte atteinte à son droit à une vie privée et familiale dès lors qu'elle aurait pour effet de la séparer de son époux, M. C, ressortissant irakien, bénéficiaire de la protection subsidiaire accordée par la Grèce. S'il ressort des déclarations de l'intéressée lors de l'entretien avec un agent de la préfecture du Haut-Rhin qu'elle est mariée, aucune pièce du dossier ne permet toutefois d'établir qu'elle est l'épouse de M. C, alors que lui-même se déclare célibataire et qu'il n'est pas contesté qu'elle a eu un enfant d'une précédente union. Aucune pièce du dossier hormis le certificat d'hébergement en centre d'accueil pour demandeurs d'asile (CADA) n'atteste de leur vie commune. En outre, les intéressés n'étant entrés en France que le 19 septembre 2022 depuis l'Allemagne où Mme B déclare être arrivée le 1er janvier 2020 en provenance de Géorgie et M. C le 2 juillet 2020 en provenance de Grèce puis des Pays-Bas, leur vie commune est nécessairement récente. Dans ces conditions, eu égard aux conditions et à la durée de séjour en France de la requérante, la décision contestée n'a pas porté à son droit au respect de la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise.

3. En second lieu, si l'intéressée semble soutenir qu'elle serait en danger en cas de retour en Allemagne au motif que son père pourrait l'y retrouver, ce moyen n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

4. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 19 octobre 2022 prise par la préfète de la région Grand Est préfète du Bas-Rhin doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er :La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la préfète de la région Grand Est préfète du Bas-Rhin.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2022.

La magistrate désignée,

G. DLe greffier

L. Thomas

La République mande et ordonne à la préfète de la région Grand Est préfète du Bas-Rhin en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

.

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