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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2203308

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2203308

vendredi 5 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2203308
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 3
Avocat requérantRICHARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête enregistrée le 14 novembre 2022 sous le numéro n° 2203308, M. A B, représenté par Me Richard, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé par Conseil national des activités privées de sécurité sur son recours administratif préalable obligatoire formé le 7 juillet 2022 contre la décision de la commission interrégionale d'agrément et de contrôle refusant de l'autoriser à exercer une activité privée de sécurité, ensemble la décision expresse du 26 septembre 2022 par laquelle le directeur du Conseil national des activités privées de sécurité lui a refusé la délivrance de la carte professionnelle ;

2°) d'enjoindre au Conseil national des activités privées de sécurité de lui délivrer une autorisation préalable d'exercer une activité privée de sécurité dans le délai d'un mois à compter de la notification de jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge du Conseil national des activités privées de sécurité la somme de 1 500 euros à verser à son avocat, Me Richard, sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que la décision litigieuse est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que les faits qui lui sont reprochés ont été commis alors qu'il était mineur et qu'il traversait une période difficile de sa vie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 juin 2024, le Conseil national des activités privées de sécurité conclut au non-lieu à statuer sur la requête de M. B.

Il soutient que par une décision du 6 juin 2024, il a délivré la carte professionnelle à M. B.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 décembre 2022.

II. Par une requête enregistrée le 16 novembre 2022 sous le numéro n° 2203326, M. A B, représenté par Me Richard, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé par Conseil national des activités privées de sécurité sur son recours administratif préalable obligatoire formé contre la décision de la commission interrégionale d'agrément et de contrôle refusant de l'autoriser à exercer une activité privée de sécurité, ensemble la décision expresse du 26 septembre 2022 par laquelle le directeur du Conseil national des activités privées de sécurité lui a refusé la délivrance de la carte professionnelle ;

2°) d'enjoindre au Conseil national des activités privées de sécurité de lui délivrer une autorisation préalable d'exercer une activité privée de sécurité, dans le délai d'un mois à compter de la notification de jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge du Conseil national des activités privées de sécurité la somme de 1 500 euros à verser à son avocat, Me Richard, sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que la décision litigieuse est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que les faits qui lui sont reprochés ont été commis alors qu'il était mineur et qu'il traversait une période difficile de sa vie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 juin 2024, le Conseil national des activités privées de sécurité conclut au non-lieu à statuer sur la requête de M. B.

Il soutient que par une décision du 6 juin 2024, il a délivré la carte professionnelle à M. B.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de la sécurité intérieure,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Di Candia, président-rapporteur,

- et les conclusions de Mme Cabecas, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a sollicité la délivrance d'une carte professionnelle d'agent de sécurité auprès de la commission interrégionale de contrôle et d'agrément du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS). Le 7 juillet 2022, M. B a formé un recours administratif préalable obligatoire devant la commission nationale de contrôle et d'agrément du CNAPS contre la décision de la commission interrégionale rejetant sa demande. Le silence gardé pendant deux mois par la commission nationale de contrôle et d'agrément du CNAPS sur son recours a fait naître une décision implicite de rejet, puis, par une décision du 26 septembre 2022, le directeur du CNAPS a expressément rejeté le recours de M. B.

2. Par les présentes requêtes n° 2203308 et n° 2203326, qu'il convient de joindre pour qu'il y soit statué par un même jugement, l'intéressé demande l'annulation de la décision implicite de rejet née du silence gardé pendant deux mois par la commission nationale d'agrément et de contrôle du conseil national des activités privées de sécurité sur son recours exercé le 7 juillet 2022 et l'annulation de la décision expresse intervenue le 26 septembre 2022. Les conclusions des requêtes dirigées contre la décision implicite de rejet née du silence gardé par la commission nationale de contrôle et d'agrément sur la demande d'autorisation sollicitée par M. B doivent être regardées comme dirigées contre la décision du 26 septembre 2022, qui s'y est substituée, par laquelle le directeur du CNAPS a expressément rejeté cette demande.

Sur l'exception de non-lieu :

3. Un recours pour excès de pouvoir dirigé contre un acte administratif n'a d'autre objet que d'en faire prononcer l'annulation avec effet rétroactif. Si, avant que le juge n'ait statué, l'acte attaqué est rapporté par l'autorité compétente et si le retrait ainsi opéré acquiert un caractère définitif faute d'être critiqué dans le délai du recours contentieux, il emporte alors disparition rétroactive de l'ordonnancement juridique de l'acte contesté, ce qui conduit à ce qu'il n'y ait lieu pour le juge de la légalité de statuer sur le mérite du recours dont il était saisi. Il en va ainsi, quand bien même l'acte rapporté aurait reçu exécution. Dans le cas où l'administration se borne à procéder à l'abrogation de l'acte attaqué, cette circonstance prive d'objet le recours formé à son encontre, à la double condition que cet acte n'ait reçu aucune exécution pendant la période où il était en vigueur et que la décision procédant à son abrogation soit devenue définitive.

4. S'il ressort des pièces du dossier que, le 6 juin 2024, le directeur du CNAPS a délivré l'autorisation sollicitée par M. B, abrogeant implicitement mais nécessairement la décision contestée du 26 septembre 2022, cette dernière a reçu une exécution pendant la période où elle était en vigueur. En outre, la décision du 6 juin 2024 procédant à l'abrogation de la décision contestée n'est pas devenue définitive. Dans ces conditions, l'exception de non-lieu à statuer opposée en défense aux requêtes présentées par M. B, ne peut qu'être rejetée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de la sécurité intérieure : " Sont soumises aux dispositions du présent titre, dès lors qu'elles ne sont pas exercées par un service public administratif, les activités qui consistent : / 1° A fournir des services ayant pour objet la surveillance humaine ou la surveillance par des systèmes électroniques de sécurité ou le gardiennage de biens meubles ou immeubles ainsi que la sécurité des personnes se trouvant dans ces immeubles ou dans les véhicules de transport public de personnes ; () ". L'article L. 612-20 du même code dispose que : " Nul ne peut être employé ou affecté pour participer à une activité mentionnée à l'article L. 611-1 : () 2° S'il résulte de l'enquête administrative, ayant le cas échéant donné lieu à consultation, par des agents du Conseil national des activités privées de sécurité spécialement habilités par le représentant de l'Etat territorialement compétent et individuellement désignés, des traitements de données à caractère personnel gérés par les services de police et de gendarmerie nationales relevant des dispositions de l'article 31 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification, que son comportement ou ses agissements sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat et sont incompatibles avec l'exercice des fonctions susmentionnées ; () ". Il résulte de ces dispositions que lorsqu'elle est saisie d'une demande tendant à la délivrance d'une carte professionnelle pour l'exercice de la profession d'agent privé de sécurité, l'autorité administrative compétente procède à une enquête administrative. Cette enquête vise à déterminer si le comportement ou les agissements de l'intéressé sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat, et s'ils sont ou non compatibles avec l'exercice des fonctions d'agent privé de sécurité. Pour ce faire, l'autorité administrative procède, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, à une appréciation globale de l'ensemble des éléments dont elle dispose. A ce titre, si la question de l'existence de poursuites ou de sanctions pénales est indifférente, l'autorité administrative est en revanche amenée à prendre en considération, notamment, les circonstances dans lesquelles ont été commis les faits qui peuvent être reprochés au pétitionnaire ainsi que la date de leur commission.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. B a été mis en cause, entre décembre 2019 et février 2020, pour des faits de violence sur ascendant ayant entrainé une incapacité de travail n'excédant pas huit jours, menace de mort et dégradation et détérioration d'un bien appartenant à autrui. Toutefois, ces faits, dont M. B ne conteste pas la matérialité, ont été commis au cours d'une brève période, au cours de laquelle l'intéressé était mineur. Ces faits sont par ailleurs en lien avec un contexte familial expliquant la vulnérabilité psychologique de M. B. Le requérant a d'ailleurs fait l'objet d'une mesure éducative à raison de ces faits, qui n'ont pas été inscrits au bulletin n° 2 de son casier judiciaire. En outre, il ressort des pièces des dossiers, notamment des attestations produites, émanant non seulement de sa famille mais également de ses professeurs, que ces mesures éducatives ont permis à M. B de prendre la mesure de son comportement et d'adopter une attitude irréprochable, plaçant les métiers de la sécurité privée au cœur de son projet professionnel. Dans ces conditions, les agissements de M. B ne peuvent être regardés, à la date de la décision contestée, comme un comportement contraire à l'honneur et à la probité qui ne serait pas compatible avec l'exercice d'une activité privée de sécurité. Par suite, M. B est fondé à soutenir qu'en refusant de lui délivrer une carte professionnelle, le directeur du CNAPS a fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure.

7. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 26 septembre 2022 par laquelle le directeur du conseil national des activités privées de sécurité a refusé de lui délivrer une carte professionnelle d'agent privé de sécurité.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Il résulte de l'instruction que M. B s'est vu remettre une carte professionnelle le 6 juin 2024. Par suite, ses conclusions à fin d'injonction sont devenues sans objet.

Sur les conclusions formulées sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

9. M. B n'ayant pas été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, son avocat, Me Richard, ne peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dès lors, sa demande présentée sur le fondement de ces dispositions doit être écartée.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du directeur du Conseil national des activités privées de sécurité du 26 septembre 2022 est annulée.

Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Richard et au Conseil national des activités privées et de sécurité.

Délibéré après l'audience publique du 20 juin 2024 à laquelle siégeaient :

M. Di Candia, président,

Mme Bourjol, première conseillère,

M. Bastian, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2024.

Le président-rapporteur,

O. Di CandiaL'assesseure la plus ancienne,

A. Bourjol

La greffière,

L. Bourger

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2203308, 2203326

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