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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2203329

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2203329

mardi 1 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2203329
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 1
Avocat requérantAARPI GARTNER & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 novembre 2022, Mme B A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 19 septembre 2022 par lequel le maire de la commune de Gérardmer a refusé de lui délivrer un permis de construire un carport et une terrasse attenant à sa propriété située 6 rue des Rochires.

Elle soutient que :

- elle a bénéficié d'un avis favorable de l'architecte des Bâtiments de France le 7 septembre 2022 ;

- la durée de l'instruction a été disproportionnée au regard de l'importance modeste des travaux envisagés ;

- le plan local d'urbanisme modifié au cours de cette instruction ne pouvait lui être opposé ; appliquer un plan local d'urbanisme modifié en cours d'instruction du dossier implique une disparité de traitement selon la durée de cette instruction ;

- le plan local d'urbanisme du 11 juillet 2022 n'était pas exécutoire à la date de la décision ;

- le refus ne lui ayant pas été notifié, elle bénéficie d'un permis tacite.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 mars 2024 la commune de Gérardmer, représentée par Me Zoubeidi-Defert, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Grandjean, rapporteure,

- et les conclusions de M. Gottlieb, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A a sollicité, le 7 juillet 2022, un permis en vue de construire, sur un côté d'une maison d'habitation située rue des Rochires à Gérardmer, un carport à implanter entre le bâtiment principal et le garage existant et un balcon terrasse et sur l'autre côté, une terrasse d'accès au premier étage. L'architecte des Bâtiments de France a émis un avis favorable avec prescriptions le 7 septembre 2022. Par un arrêté du 19 septembre 2022, le maire de la commune de Gérardmer a refusé de lui délivrer ce permis en raison de la méconnaissance par le projet des nouvelles dispositions du plan local d'urbanisme (PLU), entré en vigueur le 11 juillet 2022, relatives à l'emprise au sol du bâtiment.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 424-2 du code de l'urbanisme : " Le permis est tacitement accordé si aucune décision n'est notifiée au demandeur à l'issue du délai d'instruction ". Aux termes de l'article R. 424-1 du même code : " À défaut de notification d'une décision expresse dans le délai d'instruction déterminé comme il est dit à la section IV du chapitre III ci-dessus, le silence gardé par l'autorité compétente vaut, selon les cas : / () b) Permis de construire, permis d'aménager ou permis de démolir tacite ". Aux termes de l'article R. 423-23 du même code : " Le délai d'instruction de droit commun est de : / () b) Deux mois pour les demandes de permis de démolir et pour les demandes de permis de construire portant sur une maison individuelle ; / () ". Aux termes de l'article R. 423-24 du même code : " Le délai d'instruction de droit commun prévu par l'article R. 423-23 est majoré d'un mois : / () c) Lorsque le projet est situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou dans les abords des monuments historiques ; / () ". Aux termes de l'article R. 434-3 du même code : " Par exception au b de l'article R. 424-1, le défaut de notification d'une décision expresse dans le délai d'instruction vaut décision implicite de rejet lorsque la décision est soumise à l'accord de l'architecte des Bâtiments de France et que celui-ci a notifié, dans les délais mentionnés aux articles R. 423-59 et R. 423-67, un avis défavorable ou un avis favorable assorti de prescriptions ". Aux termes de l'article R. 423-59 du même code : " Sous réserve des dispositions des articles L. 752-4, L. 752-14 et L. 752-17 du code de commerce et des exceptions prévues aux articles R. 423-60 à R. 423-71-1, les collectivités territoriales, services, autorités ou commissions qui n'ont pas fait parvenir à l'autorité compétente leur réponse motivée dans le délai d'un mois à compter de la réception de la demande d'avis sont réputés avoir émis un avis favorable ". Aux termes de l'article R. 423-69 du même code : " Par exception aux dispositions de l'article R. 423-59, le délai à l'issue duquel l'architecte des Bâtiments de France est réputé avoir donné son accord ou, dans les cas mentionnés à l'article L. 632-2-1 du code du patrimoine, émis son avis favorable est de deux mois lorsque le projet soumis à permis est situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou dans les abords des monuments historiques ".

3. Il ressort des pièces du dossier que l'architecte des Bâtiments de France a été saisi le 13 juillet 2022 du projet que Mme A avait déposé le 7 juillet 2022 auprès de la commune de Gérardmer et que l'avis favorable avec prescriptions qu'il a émis le 7 septembre 2022 a été transmis le jour même à la commune. Dans ces conditions Mme A ne peut se prévaloir d'un permis de construire tacite à la délivrance duquel s'opposent les dispositions précitées de l'article R. 434-3 du code de l'urbanisme.

4. En deuxième lieu, l'avis rendu par l'architecte des Bâtiments de France, n'étant pas un avis conforme et dès lors, en tout état de cause, qu'il ne se prononce pas sur la conformité du projet à l'ensemble des dispositions du plan local d'urbanisme de la commune, Mme A ne peut s'en prévaloir pour contester la décision de refus opposée.

5. En troisième lieu, il résulte des dispositions des articles R. 423-23 et R. 423-24 du code de l'urbanisme citées au point 2 du présent jugement que la commune disposait d'un délai de trois mois pour instruire le dossier de Mme A. Dans ces conditions, celle-ci ne peut utilement soutenir que le délai d'instruction de sa demande, de deux mois et douze jours, a été disproportionné au regard de la nature de son projet.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 153-23 du code de l'urbanisme : " I.- Par dérogation à l'article L. 2131-1 du code général des collectivités territoriales, le plan local d'urbanisme et la délibération qui l'approuve sont publiés sur le portail national de l'urbanisme prévu à l'article L. 133-1 du présent code. / II.- Sous réserve qu'il ait été procédé à la publication prévue au I, le plan et la délibération sont exécutoires : / 1° Si le plan porte sur un territoire couvert par un schéma de cohérence territoriale approuvé, dès leur transmission à l'autorité administrative compétente de l'État ; / 2° Si le plan ne porte pas sur un territoire couvert par un schéma de cohérence territoriale approuvé, ou lorsqu'il comporte des dispositions tenant lieu de programme local de l'habitat, un mois après leur transmission à l'autorité administrative compétente de l'État, sauf si dans ce délai elle a décidé de mettre en œuvre les dispositions de l'article L. 153-25 ou de l'article L. 153-26 ".

7. Il ne ressort pas des pièces du dossier, et il n'est pas soutenu, que la commune de Gérardmer soit couverte par un schéma de cohérence territoriale (SCoT), ni que le préfet des Vosges ait, à la suite de la réception de la délibération du 11 juillet 2022 par laquelle le conseil municipal de la commune de Gérardmer a approuvé le plan local d'urbanisme, demandé une mise en conformité de ce plan aux dispositions des articles L. 153-25 ou L. 153-26 du code l'urbanisme. Dans ces conditions, dès lors que cette délibération a été transmise au service du contrôle de légalité de la préfecture des Vosges le 13 juillet 2022, elle était exécutoire à compter du 13 août 2022, soit antérieurement à la date à laquelle le maire de la commune de Gérardmer s'est prononcé sur la demande de permis de construire de Mme A. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le nouveau plan local d'urbanisme dont le maire a fait application pour lui refuser un permis de construire, n'était pas exécutoire.

8. En dernier lieu, l'autorité administrative compétente pour délivrer le permis de construire est tenue de statuer sur la demande dont elle est saisie en faisant application de la réglementation en vigueur à la date à laquelle elle prend sa décision et non à celle à laquelle cette demande lui est parvenue. Il suit de là que le moyen tiré de ce que le maire de la commune aurait dû instruire sa demande de permis de construire au regard des dispositions du plan local d'urbanisme applicables avant leur modification adoptée le 11 juillet 2022 par le conseil municipal, ne peut, eu égard à la date de la décision attaquée, qu'être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 19 septembre 2022 par lequel le maire de la commune de Gérardmer a refusé de lui délivrer un permis de construire.

D E C I D E :

Article 1er :La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la commune de Gérardmer.

Délibéré après l'audience du 10 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Coudert, président,

Mme Milin-Rance, première conseillère,

Mme Grandjean, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2024.

La rapporteure,

G. Grandjean Le président,

B. Coudert

La greffière,

A. Mathieu

La République mande et ordonne à la préfète des Vosges en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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