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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2203367

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2203367

mardi 7 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2203367
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 1
Avocat requérantFRITSCH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 novembre 2022, M. C F, représenté par Me Fristch, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 21 octobre 2022 par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit ;

2°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer un titre de séjour sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou au besoin et dans l'attente de la délivrance d'un titre de séjour, de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour et procéder au réexamen de sa demande ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- la décision contestée est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- c'est à tort que le préfet a refusé de faire usage de son pouvoir discrétionnaire pour régulariser sa situation à titre exceptionnel ;

- la décision attaquée méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- l'illégalité de la décision de refus de séjour prive de base légale la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- la décision contestée entraîne des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur sa situation personnelle ;

- elle porte une atteinte disproportionnée et manifeste au respect de sa vie privée et familiale.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 janvier 2023, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. F a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 5 décembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. E a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. F, ressortissant arménien né le 22 avril 1956, a déclaré être entré en France le 23 mai 2013 accompagné de son épouse. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 28 novembre 2013 et par la Cour nationale du droit d'asile le 2 octobre 2014. Par un arrêté du 22 mars 2016, le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit. Par un jugement du 30 juin 2016, le tribunal a annulé cet arrêté ainsi que celui du même jour concernant Mme F en tant seulement qu'ils prévoyaient la possibilité de renvoyer M. et Mme F dans un pays où ils ne seraient pas ensemble légalement admissibles. En 2019, M. F a été mis en possession d'un titre de séjour en raison de son état de santé, dont il a sollicité le renouvellement le 10 février 2022. Par une décision du 21 octobre 2022, dont M. F demande l'annulation, le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de faire droit à sa demande et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décision contestées :

2. En premier lieu, l'arrêté contesté est signé par M. Julien Le Goff, secrétaire général, auquel le préfet de Meurthe-et-Moselle établit avoir délégué sa signature aux fins de signer les décisions en litige par un arrêté en date du 8 août 2022, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture. Dans ces conditions, alors que cette délégation n'est pas subordonnée à l'empêchement du délégant, M. D était autorisé à signer les décisions en litige. La circonstance que l'arrêté de délégation du 8 août 2022 ne viserait pas la décision de nomination de son signataire est sans incidence sur la validité de la délégation de signature consentie à M. D. En tout état de cause, l'arrêté du 8 août 2022 portant délégation de signature vise le décret du Président de la République du 29 juillet 2020 nommant M. A B préfet de Meurthe-et-Moselle. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions litigieuses manque en fait et doit être écarté.

3. En second lieu, l'arrêté litigieux comporte l'énoncé suffisant des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

En ce qui concerne les moyens propres à la contestation de la décision portant refus de séjour :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du même code : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat / () ". Aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé / () ".

5. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration venant au soutien de ses dires doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

6. Pour refuser de faire droit à la demande de renouvellement du titre de séjour de M. F, le préfet de Meurthe-et-Moselle s'est fondé sur un avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) du 7 juillet 2022, qui a estimé que l'état de santé du requérant nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié.

7. Il ressort des pièces du dossier que M. F bénéficie d'un suivi et d'un traitement médical pour une hypertension artérielle et un diabète de type 2, ainsi qu'un syndrome d'apnée du sommeil pour lequel il bénéficie d'un appareillage, et qu'il a en outre subi en 2021 une endartériectomie carotidienne. Toutefois, aucune des nombreuses pièces médicales produites par le requérant n'établit l'indisponibilité d'un suivi et d'un traitement appropriée à son état de santé dans son pays d'origine. Par ailleurs, ni le communiqué de presse de l'Organisation des Nations Unies du 6 octobre 2017, relevant des difficultés et inégalités du système de santé arménien, ni l'article de la Croix Rouge du 1er octobre 2022 faisant état des actions de cette organisation pour lutter contre l'isolement des personnes âgées en Arménie et leur permettre l'accès aux soins, ne sont de nature à justifier que l'état de santé de M. F, qui n'établit pas qu'il serait isolé en cas de retour dans son pays d'origine, ne pourrait être effectivement pris en charge d'une façon appropriée et accessible en Arménie. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. M. F se prévaut de sa durée de présence en France, de ses efforts d'insertion par le travail et d'apprentissage de la langue française, et de la présence en France de son épouse et de ses deux enfants. Toutefois, le requérant n'établit pas que son épouse serait en situation régulière sur le territoire français. Par ailleurs, si M. F fait valoir que son fils réside régulièrement en France sous couvert d'une carte de séjour pluriannuelle, il n'établit pas entretenir de liens particuliers avec ce dernier, ni avec sa fille. Enfin, le requérant ne démontre pas qu'il serait dépourvu de toute attache familiale en Arménie, pays dans lequel il a vécu jusqu'à l'âge de cinquante-sept ans. Dans ces conditions, M. F n'est pas fondé à soutenir qu'en prenant la décision contestée, le préfet aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

10. Il résulte de ce qui précède que M. F n'établit pas qu'il ne pourrait pas bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine et ne justifie pas avoir tissé en France des liens personnels et familiaux d'une particulière intensité, ni qu'il serait isolé en cas de retour en Arménie. Par suite, M. F n'est pas fondé à soutenir que le préfet de Meurthe-et-Moselle aurait entaché la décision litigieuse d'une erreur manifeste d'appréciation en refusant de faire usage de son pouvoir discrétionnaire pour lui délivrer un titre de séjour.

11. En dernier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre de la décision attaquée, qui n'a ni pour effet ni pour objet d'éloigner M. F à destination de l'Arménie.

En ce qui concerne les moyens propres à la contestation de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

12. En premier lieu, compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré de l'illégalité de la décision attaquée en raison de l'illégalité, par voie d'exception, de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour doit être écarté.

13. En second lieu, M. F n'établit pas qu'il ne pourrait pas bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine et ne justifie pas avoir tissé en France des liens personnels et familiaux d'une particulière intensité, ni qu'il serait isolé en cas de retour en Arménie. Par suite, les moyens tirés de ce que la décision litigieuse entraînerait des conséquences d'une gravité exceptionnelle et porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. F ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

15. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions susvisées doivent être rejetées.

Sur les frais d'instance :

16. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que la somme demandée par M. F au bénéfice de son conseil au titre des frais exposés et non compris dans les dépens soit mise à la charge de l'Etat.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. F est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C F, au préfet de Meurthe-et-Moselle et à Me Fristch.

Délibéré après l'audience du 17 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Coudert, président,

Mme Grandjean, première conseillère,

M. Gottlieb, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 février 2023.

Le rapporteur,

R. E Le président,

B. Coudert

La greffière,

I. Varlet

La République mande et ordonne au préfet de Meurthe-et-Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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