mercredi 14 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2203389 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 3 |
| Avocat requérant | JEANNOT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 22 novembre 2022, M. D A, représenté par Me Jeannot, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 4 juillet 2022 par laquelle la préfète des Vosges a refusé de délivrer à la société Marcillat Corcieux une autorisation de travail à son profit ;
2°) d'enjoindre à la préfète, à titre principal, de lui délivrer une autorisation de travail dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le même délai ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat les entiers dépens, ainsi que la somme de 1 800 euros à verser à son conseil, Me Jeannot, qui renonce dans cette hypothèse au bénéfice de la part contributive de l'Etat, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- l'auteur de l'acte était incompétent pour en être le signataire ;
- elle est entachée d'un vice de forme et méconnaît les dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration, faute d'avoir été signée ;
- elle est insuffisamment motivée en fait ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen global de sa situation ;
- elle est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article L. 554-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors que la préfète s'est crue, à tort, liée à l'appréciation portée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 24 janvier 2022 sur sa demande d'asile ;
- la préfète aurait dû faire usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation de la situation particulière de M. A en faisant droit à la demande d'autorisation de travail ;
- elle est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation.
Par une lettre enregistrée le 15 décembre 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer indique qu'il n'est pas compétent pour présenter des observations dans le cadre de la présente instance.
Par une lettre enregistrée le 21 juin 2023, la société Marcillat Corcieux prend acte de la requête présentée par M. A et indique n'avoir pas d'observation à présenter dans le cadre de la présente instance.
Par des mémoires en défense enregistrés les 27 juin et 4 juillet 2023, la préfète des Vosges conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que la requête est irrecevable en raison de sa tardiveté, et que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 septembre 2022 du bureau d'aide juridictionnelle de Nancy.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code du travail ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Di Candia, président,
- les conclusions de Mme Cabecas, rapporteure publique,
- et les observations de Me Jeannot, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. D A, ressortissant ivoirien né le 30 août 1981, est entré en France le 3 août 2021. Il a sollicité le statut de réfugié le 8 décembre 2021. Par une décision du 24 janvier 2022, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande d'asile, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile par décision du 19 juillet 2022. Le 17 juin 2022, la société Marcillat Corcieux a déposé une demande d'autorisation de travail en vue d'employer M. A en qualité d'électromécanicien d'équipements industriels sous couvert d'un contrat à durée déterminée d'un an. Par une décision du 4 juillet 2022, cette demande a été rejetée par la préfète des Vosges. Par la présente requête, M. A demande au tribunal l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions en annulation :
2. En premier lieu, d'une part, la plateforme interrégionale dématérialisée de la main d'œuvre étrangère de Béthune instruit, en application de la convention de délégation de gestion en matière de la main d'œuvre étrangère du 1er avril 2021, conclue entre le préfet du Pas-de-Calais et le préfet des Vosges, publiée au recueil des actes administratifs du Pas-de-Calais le 6 avril 2021 et au recueil des actes administratifs des Vosges le 7 avril 2021, les demandes d'autorisation de travail relevant de la compétence du préfet du Pas-de-Calais. D'autre part, la décision attaquée a été signée par Mme C B, directrice adjointe du travail et responsable de la plateforme interrégionale de service de la main d'œuvre étrangère, celle-ci ayant reçu délégation du préfet du Pas-de-Calais à cet effet, par un arrêté du 22 avril 2021, publié au recueil des actes administratifs le même jour, à son article 10. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision contestée doit être écarté.
3. En deuxième lieu, d'une part, aux termes du II de l'article 1er de l'ordonnance du 8 décembre 2005 relative aux échanges électroniques entre les usagers et les autorités administratives et entre les autorités administratives : " Sont considérés, au sens de la présente ordonnance : / () 4° Comme téléservice, tout système d'information permettant aux usagers de procéder par voie électronique à des démarches ou formalités administratives ". Aux termes de l'article L. 112-9 du code des relations entre le public et l'administration : " L'administration met en place un ou plusieurs téléservices, dans le respect () des règles de sécurité et d'interopérabilité prévues aux chapitres IV et V de l'ordonnance n° 2005-1516 du 8 décembre 2005 relative aux échanges électroniques entre les usagers et les autorités administratives et entre les autorités administratives. / () Lorsqu'elle a mis en place un téléservice réservé à l'accomplissement de certaines démarches administratives, une administration n'est régulièrement saisie par voie électronique que par l'usage de ce téléservice. () ". Aux termes de l'article L. 212-1 du même code : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci () ". Aux termes de son article L. 212-2 : " Sont dispensés de la signature de leur auteur, dès lors qu'ils comportent ses prénom, nom et qualité ainsi que la mention du service auquel celui-ci appartient, les actes suivants : / 1° Les décisions administratives qui sont notifiées au public par l'intermédiaire d'un téléservice conforme à l'article L. 112-9 () ".
4. D'autre part, en vertu des articles L. 5221-2, L. 5221-5, R. 5221-3 et R. 5221-20 du code du travail, pour exercer une activité professionnelle salariée en France, un étranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne, titulaire d'un contrat de travail, doit détenir une autorisation de travail, qui est accordée au vu du respect de conditions qui tiennent notamment à la nature de l'emploi offert, au respect par l'employeur des conditions réglementaires d'exercice de son activité et à la rémunération proposée. En application du II de l'article R. 5221-1 et de l'article R. 5221-15 du même code, la demande d'autorisation de travail est adressée par l'employeur, au moyen d'un téléservice, au préfet du département du siège de l'établissement employeur. Enfin, en vertu de l'article R. 5221-17 du même code, la décision relative à la demande d'autorisation de travail est prise par le préfet et notifiée à l'employeur et à l'étranger.
5. Une telle décision, prise par le préfet ou par une personne disposant d'une délégation à cet effet, entre, en l'absence de texte législatif en disposant autrement, dans le champ d'application des articles L. 212-1 et suivants du code des relations entre le public et l'administration, relatifs à la signature des actes administratifs. Il en résulte que si sa notification par l'intermédiaire d'un téléservice permet, en vertu des dispositions précitées de l'article L. 212-2 de ce code, de déroger à l'obligation d'y faire figurer la signature de son auteur, elle ne dispense pas de l'obligation tenant à ce qu'elle comporte les prénom, nom et qualité de celui-ci ainsi que la mention du service auquel il appartient.
6. En l'espèce, la décision attaquée, qui a été notifiée au requérant par l'intermédiaire du téléservice mentionné à l'article R. 5221-15 du code du travail, était dispensée de signature en application de l'article L. 212-2 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré de ce qu'elle serait affectée d'un vice de forme à défaut de comporter la signature de son auteur, doit être écarté comme inopérant.
7. En troisième lieu, la décision attaquée mentionne les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et du code du travail dont elle fait application. En outre, elle mentionne les éléments de la situation administrative de M. A. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de la motivation doit être écarté.
8. En quatrième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni de la motivation de la décision attaquée que la préfète des Vosges n'aurait pas examiné de manière approfondie la situation de M. A. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de la demande d'autorisation de travail présentée au profit du requérant doit être écarté.
9. En cinquième lieu, d'une part, aux termes de l'article R. 5221-1 du code du travail : " I. - Pour exercer une activité professionnelle salariée en France, les personnes suivantes doivent détenir une autorisation de travail lorsqu'elles sont employées conformément aux dispositions du présent code : / 1° Etranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse ; / () ". Aux termes du II de l'article R. 5221-3 du même code : " L'étranger titulaire de l'un des documents de séjour suivants doit obtenir une autorisation de travail pour exercer une activité professionnelle salariée en France dans le respect des termes l'autorisation de travail accordée : / () / 2° L'attestation délivrée au demandeur d'asile, lorsque les conditions d'accès au marché du travail prévues par les articles L. 554-1 à L. 554-4 du même code sont remplies. ".
10. D'autre part, aux termes de l'article L. 554-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'accès au marché du travail peut être autorisé au demandeur d'asile lorsque l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, pour des raisons qui ne sont pas imputables au demandeur, n'a pas statué sur la demande d'asile dans un délai de six mois à compter de l'introduction de la demande ". Aux termes de l'article L. 554-3 du même code : " Le demandeur d'asile est soumis aux règles de droit commun applicables aux travailleurs étrangers pour la délivrance d'une autorisation de travail. Toutefois, l'autorité administrative dispose d'un délai d'instruction de deux mois à compter de la réception de la demande d'autorisation de travail pour s'assurer que l'embauche de l'étranger respecte les conditions de droit commun d'accès au marché du travail. A défaut de notification dans ce délai, l'autorisation est réputée acquise. Elle est applicable pendant la durée du droit au maintien sur le territoire français du demandeur d'asile ". Son article L. 542-1 dispose : " () Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile () ".
11. Pour refuser la délivrance d'une autorisation de travail à la société Marcillat Corcieux au profit de M. A, la préfète s'est fondée sur le fait que ce dernier s'est vu notifier, le 10 février 2022, une première décision de rejet de sa demande d'asile prise par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 24 janvier 2022, de sorte qu'il ne pouvait ignorer, au moment du dépôt de sa demande d'autorisation de travail le 17 juin 2022, qu'il avait précédemment fait l'objet d'une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides statuant sur sa demande d'asile. Le requérant ne conteste pas que ladite décision du 24 janvier 2022 lui a effectivement été notifiée. En outre, il ressort des pièces du dossier que la société Marcillat Corcieux, interrogée par le service instructeur, a indiqué n'avoir pas connaissance qu'une précédente autorisation de travail ait été délivrée au profit de M. A. Par suite, en refusant de délivrer l'autorisation de travail, la préfète des Vosges n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées.
12. En sixième lieu, si la décision litigieuse mentionne que la demande d'asile de M. A a fait l'objet d'un rejet par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, elle précise également que l'employeur a déclaré que l'intéressé n'avait pas déjà bénéficié d'une autorisation de travail à son profit ou au profit d'un autre employeur. Par suite M. A n'est pas fondé à soutenir que la préfète se serait crue, à tort, en situation de compétence liée. Ainsi, le moyen tiré de l'erreur de droit ne peut être accueilli.
13. En septième et dernier lieu, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que la décision contestée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de la situation de l'intéressé.
14. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées, ainsi que, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Par ailleurs, la présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions présentées à ce titre ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : la requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à Me Jeannot, à la société Lactalis et à la préfète des Vosges.
Délibéré après l'audience publique du 5 juillet 2024 à laquelle siégeaient :
M. Di Candia président-rapporteur
M. Bastian, conseiller,
Mme Philis, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 août 2024.
Le président-rapporteur,
O. Di CandiaL'assesseur le plus ancien,
P. Bastian
Le greffier,
P. Lepage
La République mande et ordonne à la préfète des Vosges en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2203389
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026