lundi 6 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2203425 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge unique (Chambre 3) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 28 novembre 2022, Mme A B demande au tribunal d'annuler la décision du 3 novembre 2022 par laquelle la caisse d'allocations familiales de Meurthe-et-Moselle a rejeté sa demande de remise gracieuse portant sur une dette d'un montant de 4 157,89 euros correspondant à un indu de prime d'activité.
Elle soutient que cette décision est " injuste " dès lors qu'elle a reçu un courrier lui laissant le " droit à l'erreur ", qu'elle est de bonne foi et que sa situation financière ne lui permet pas de rembourser sa dette.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 juillet 2023, la caisse d'allocations familiales de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Sousa Pereira, première conseillère, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
La magistrate statuant seule a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Sousa Pereira a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B a bénéficié de la prime d'activité depuis le mois d'octobre 2019. A la suite d'un contrôle ayant conduit à la régularisation de ses ressources trimestrielles, la caisse d'allocations familiales (CAF) de Meurthe-et-Moselle lui a notifié, par une décision du 3 juin 2022, un indu d'un montant de 4 157,89 euros correspondant à un trop-perçu de prime d'activité au titre de la période allant du 1er juillet 2021 au 31 mai 2022. Mme B a formé un recours auprès de la commission de recours amiable afin de demander une remise gracieuse de sa dette. Par une décision du 3 novembre 2022, la CAF de Meurthe-et-Moselle a rejeté cette demande. Par sa requête, Mme B doit être regardée comme demandant au tribunal, d'une part, d'annuler cette décision du 3 novembre 2022 et, d'autre part, de lui accorder une remise de sa dette.
2. En premier lieu, si la requérante soutient que la décision portant rejet de son recours gracieux est " injuste " dès lors qu'elle a reçu un courrier, en date du 19 août 2022, lui " laissant le droit à l'erreur ", il ressort des termes mêmes de ce courrier que celui-ci avait pour but de l'informer que l'omission déclarative qui lui est reprochée constituait sa première erreur, de l'inviter, à l'avenir, à signaler immédiatement auprès de la CAF tout changement de sa situation, et que cette erreur ne saurait donner lieu à l'application de sanctions à son encontre, tout en lui rappelant explicitement son obligation de " rembourser les prestations versées en trop ". Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir qu'il y aurait une contradiction entre ce courrier de la CAF et la décision litigieuse tendant au rejet de sa demande de remise de dette. Ce moyen doit ainsi être écarté.
3. En second lieu, aux termes de l'article L. 842-1 du code de la sécurité sociale : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective qui perçoit des revenus tirés d'une activité professionnelle a droit à une prime d'activité, dans les conditions définies au présent titre ". Aux termes de l'article L. 845-3 du même code : " Tout paiement indu de prime d'activité est récupéré par l'organisme chargé de son service. () La créance peut être remise ou réduite par l'organisme mentionné au premier alinéa du présent article, en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration ".
4. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse d'un indu de prestation ou d'allocation versée au titre de l'aide sociale, du logement ou en faveur des travailleurs privés d'emploi, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux de l'aide sociale, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre partie à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur ou sa bonne foi justifie que lui soit accordée une remise ou une réduction supplémentaire.
5. Il résulte de l'instruction que l'indu en litige résulte de ce que Mme B n'a pas dûment déclaré l'ensemble de ses ressources. Mme B, dont la bonne-foi n'est pas remise en cause, soutient que sa situation financière ne lui permet pas de rembourser la somme qui lui est réclamée. Si elle se prévaut du changement de son emploi et d'une baisse de son salaire, ainsi que de la situation d'inactivité de son conjoint, pour lequel elle déclare qu'il n'a aucune perspective d'emploi, la requérante ne produit aucune pièce qui permettrait d'apprécier dans son ensemble sa situation financière, notamment au regard de ses charges. Mme B n'établit ainsi pas qu'elle serait dans l'impossibilité de rembourser la somme qui lui est réclamée, alors qu'il lui est par ailleurs possible, si elle le juge utile, de solliciter auprès de la CAF de Meurthe-et-Moselle la mise en place d'un échéancier plus adapté à sa situation financière. Par suite, Mme B n'est pas fondée à soutenir qu'elle devrait se voir accorder une remise partielle ou totale de l'indu en litige.
6. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées.
Copie en sera adressée, pour information, à la caisse d'allocations familiales de Meurthe-et-Moselle.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 novembre 2023.
La magistrate déléguée,
C. Sousa Pereira
La greffière,
L. Bourger
La République mande et ordonne à la ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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