jeudi 15 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nancy |
| Section | Tribunal Administratif de Nancy |
| N° Dossier | TA54-2203469 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | CHAIB |
Vu la procédure suivante :
C une requête enregistrée le 30 novembre 2022, M. A B, représenté C Me Chaïb, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) de suspendre les effets de la décision orale de refus d'instruction de sa demande opposée le 22 septembre 2022 C le préfet de Meurthe-et-Moselle et de la décision implicite de refus d'instruction du 25 octobre 2022 ;
3°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle d'instruire sa demande et de lui délivrer un récépissé de sa demande de titre de séjour avec autorisation de travail jusqu'à la notification de la décision au fond ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- la condition d'urgence posée C l'article L. 521-1 du code de justice administrative est satisfaite compte tenu de la gravité de l'atteinte portée à ses droits ; qu'il doit pouvoir se déplacer librement et bénéficier d'un titre de séjour afin de pouvoir suivre des stages professionnels ;
- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée qui :
- est entachée d'incompétence ;
- est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;
- est entachée d'une méconnaissance de l'autorité de la chose jugée ;
- est entachée d'une méconnaissance des articles R. 431-10 et R. 431-12 du CESEDA, car sa demande était complète.
C un mémoire en défense enregistré le 13 décembre 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'il n'y a pas de doute sérieux sur la légalité de la décision dès lors que les moyens soulevés C le requérant ne sont pas fondés.
Vu :
- la requête enregistrée le 30 novembre 2022 sous le n° 2203470 C laquelle M. B demande au tribunal d'annuler la décision attaquée ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Marti, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes de référés.
Les parties ont été régulièrement averties de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 14 décembre 2022 à 10h30 :
- le rapport de M. Marti, juge des référés ;
- les observations de Me Chaïb, représentant M. B, également présent, qui conclut aux mêmes fins que la requête C les mêmes moyens.
Le préfet de Meurthe-et-Moselle n'était ni présent ni représenté.
La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 10h59.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant malien né le 1er janvier 2003, est entré en France le 23 octobre 2018 à l'âge de 15 ans. D'abord confié aux services de l'aide sociale à l'enfance, le préfet de Meurthe-et-Moselle lui a délivré le 13 décembre 2021 un titre de séjour sur injonction du tribunal administratif C jugement du 30 septembre 2021. C courrier du 25 octobre 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle a informé M. B que sa demande de renouvellement de titre de séjour n'était pas complète en l'absence de production d'un acte de naissance et qu'il ne pouvait lui être remis de récépissé de sa demande pour ce motif. M. B en a conclu que le préfet a refusé d'enregistrer sa demande. C la présente requête, M. B demande la suspension de l'exécution de cette décision.
Sur les conclusions relatives à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée C la juridiction compétente ou son président " et aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence (). L'admission provisoire est accordée C le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme C l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".
3. Dans les circonstances de l'espèce, compte tenu de l'urgence, il y a lieu d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions aux fins de suspension de l'exécution de la décision du 25 octobre 2022 :
4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".
En ce qui concerne la condition d'urgence :
5. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies C le requérant, si les effets de cette décision sur sa situation ou, le cas échéant, des autres personnes concernées, sont de nature à caractériser, à la date à laquelle il statue, une urgence justifiant que, sans attendre le jugement du recours au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. Cette condition d'urgence est, en principe, constatée dans le cas d'un refus de renouvellement d'un titre de séjour.
6. Il ressort des pièces du dossier que M. B a bénéficié d'un titre de séjour arrivé à expiration dont il demande le renouvellement, justifie être inscrit en CAP carrosserie et soutient à cet égard que la décision du préfet de Meurthe-et-Moselle l'empêche de se déplacer librement et de pouvoir ainsi suivre des stages professionnels. L'ensemble de ces circonstances permettent au requérant de justifier d'une atteinte suffisamment grave et immédiate à sa situation. Ainsi la condition d'urgence requise C les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative est satisfaite, ce que, du reste, le préfet de Meurthe-et-Moselle ne conteste pas.
En ce qui concerne l'existence d'un moyen propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée :
7. Aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiants de son état civil ; / 2° Les documents justifiants de sa nationalité ; () / La délivrance du premier récépissé et l'intervention de la décision relative au titre de séjour sollicité sont subordonnées à la production de ces documents. () ". Aux termes de l'article R. 431-11 du même code : " L'étranger qui sollicite la délivrance d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande les pièces justificatives dont la liste est fixée C arrêté annexé au présent code ". L'article R. 431-12 dispose enfin que : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. ".
8. Il résulte de ces dispositions qu'en dehors du cas d'une demande à caractère abusif ou dilatoire, l'autorité administrative chargée d'instruire une demande de titre de séjour ne peut refuser de l'enregistrer que si le dossier présenté à l'appui de cette demande est incomplet. C ailleurs, le refus d'enregistrer une demande tendant à l'octroi d'un titre de séjour, à l'appui de laquelle est présenté un dossier incomplet, ne constitue pas une décision faisant grief susceptible d'être déférée au juge de l'excès de pouvoir, sauf à ce que le requérant justifie du caractère complet du dossier déposé auprès des services préfectoraux.
9. Il ressort des pièces du dossier que C la décision contestée du 25 octobre 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé d'enregistrer la demande de titre de séjour de M. B au motif qu'il n'a pas produit d'acte de naissance. Toutefois, il résulte de l'instruction que M. B a produit son acte de naissance lors de sa première demande de titre de séjour et que l'original de ce document ne lui a pas été restitué. En outre, C jugement du 30 septembre 2021, devenu définitif, le tribunal administratif a considéré que l'acte de naissance de M. B était authentique et que le préfet n'avait pas renversé la présomption d'authenticité prévue C l'article 47 du code civil. Enfin, si le préfet fait valoir que le procureur de la République qu'il a saisi estimait que l'acte de naissance était un faux et qu'il le conservait dans la procédure même si aucun poursuite n'était engagée, il résulte de l'instruction que le procureur de la République a ensuite précisé que c'était au regard du rapport de la police aux frontières transmis C le préfet que l'acte de naissance était considéré comme faux mais que compte tenu du jugement du tribunal administatif précité, M. B pouvait demander la restitution de ses documents d'état-civil. Dès lors, ces éléments ne permettaient pas au préfet de considérer que le dossier de M. B était incomplet et, pour ce motif, de refuser d'enregistrer sa demande. Il suit de là que les moyens tirés de la méconnaissance de l'autorité de la chose jugée et de l'erreur de droit sont, en l'état de l'instruction, de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision du 25 octobre 2022.
10. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander la suspension de l'exécution de la décision du 25 octobre 2022 C laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour jusqu'à ce qu'il soit statué sur la requête au fond.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
11. La présente ordonnance implique, alors que le préfet ne fait pas valoir en défense que d'autres motifs justifieraient un refus d'enregistrer la demande de l'intéressé, qu'il soit procédé à l'enregistrement de la demande de titre de séjour de M. B et que lui soit délivré un récépissé de sa demande de titre de séjour l'autorisant à travailler, valable jusqu'à l'intervention de la décision prise à l'issue de l'instruction de cette demande ou jusqu'à ce qu'il ait été statué C le tribunal sur la requête au fond. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle d'y procéder dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Sur les frais liés à l'instance :
12. La présente ordonnance admettant provisoirement M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Chaïb, avocate de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à cette avocate de la somme de 1 000 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B C le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à M. B.
O R D O N N E :
Article 1er : Il y a lieu d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : L'exécution de la décision du 25 octobre 2022 C laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé d'enregistrer la demande de titre de séjour de M. B est suspendue jusqu'au jugement de la requête au fond.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de Meurthe-et-Moselle d'enregistrer la demande de titre de séjour de M. B dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance et de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler, valable jusqu'à l'intervention de la décision prise à l'issue de l'instruction de cette demande ou jusqu'à ce qu'il ait été statué C le tribunal sur la requête au fond.
Article 4 : L'Etat versera la somme de 1 000 euros à Me Chaïb sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, relative à l'aide juridique, sous réserve qu'elle renonce au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B C le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à M. B.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Chaïb.
Copie pour information sera adressée au préfet de Meurthe-et-Moselle.
Fait à Nancy, le 15 décembre 2022.
Le juge des référés,
D. Marti
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026