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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2203497

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2203497

jeudi 17 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2203497
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 3
Avocat requérantAARPI THEMIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 décembre 2022, M. C A B, représenté par Me Ciaudo, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 5 septembre 2022 par laquelle le directeur du centre de détention de Saint-Mihiel a refusé de lui remettre à disposition sa console de jeux vidéo confisquée à la suite de son transfert ;

2°) d'enjoindre au directeur du centre de détention de Saint-Mihiel de remettre à sa disposition en cellule sa console de jeux vidéo dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Ciaudo, avocat de M. A B, de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article R. 332-44 du code pénitentiaire dès lors qu'elle n'est pas fondée sur un motif de sécurité ;

- elle méconnaît la circulaire du 13 octobre 2009 relative à l'accès à l'informatique des personnes placées sous main de justice.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 juin 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors que la décision attaquée constitue une mesure d'ordre intérieur ;

- les moyens soulevés par M. A B ne sont pas fondés.

M. A B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bastian, conseiller,

- et les conclusions de Mme Cabecas, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, détenu au centre de détention de Saint-Mihiel, a sollicité la mise à disposition en cellule de sa console de jeux Xbox retirée à son arrivée au centre de détention. Par sa requête, il sollicite l'annulation de la décision par laquelle le directeur du centre de détention a refusé de faire droit à sa demande.

Sur l'étendue du litige :

2. Il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux devant l'auteur de cet acte et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours gracieux a été rejeté. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. Il appartient, en conséquence, au juge administratif, s'il est saisi dans le délai de recours contentieux qui a recommencé de courir à compter de la notification du rejet du recours gracieux, de conclusions dirigées formellement contre le seul rejet du recours gracieux, d'interpréter les conclusions qui lui sont soumises comme étant aussi dirigées contre la décision administrative initiale.

3. Il résulte des principes énoncés au point précédent que les conclusions de la requête de M. A B dirigées à l'encontre de la décision du 5 septembre 2022 doivent également être regardées comme dirigées contre la décision du 21 mars 2022 plaçant sa console de jeux vidéo au vestiaire du centre de détention de Saint-Mihiel.

Sur la fin de non-recevoir :

4. Pour déterminer si une mesure prise par l'administration pénitentiaire à l'égard d'un détenu constitue un acte administratif susceptible de recours pour excès de pouvoir, il y a lieu d'apprécier sa nature et l'importance de ses effets sur la situation du détenu. Doivent être regardées comme mettant en cause des libertés et des droits fondamentaux des détenus les décisions qui portent à ces droits et libertés une atteinte qui excède les contraintes inhérentes à leur détention.

5. Il ressort des pièces du dossier que la console de jeux vidéo Xbox de M. A B a été placée à son vestiaire du centre de détention de Saint-Mihiel. Toutefois, il ressort du bordereau des opérations du vestiaire du centre pénitentiaire de Metz du 6 décembre 2021 que la console de jeux vidéo de M. A B avait été placée au vestiaire dès le 7 janvier 2021. Dès lors, la décision attaquée n'a pas pour objet de le déposséder d'un bien, dont il n'avait plus la possession depuis cette date. Au demeurant, M. A B ne conteste pas les allégations du garde des sceaux, ministre de la justice, selon lesquelles l'administration pénitentiaire l'aurait mis en possession d'une console équivalente. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par le garde des sceaux, ministre de la justice doit être accueillie et la requête de M. A B doit être rejetée comme irrecevable.

6. Il résulte de tout ce qui précède que M. A B n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions du 21 mars 2022 et du 5 septembre 2022 par lesquelles sa console de jeux vidéo a été placée au vestiaire du centre de détention de Saint-Mihiel. Par suite, sa requête doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Sur l'aide juridictionnelle :

7. Aux termes des dispositions de l'article 50 de la loi du 10 juillet 1991 susvisées dans leur version en vigueur depuis le 31 décembre 2020 : " Sans préjudice des sanctions prévues à l'article 441-7 du code pénal, le bénéfice de l'aide juridictionnelle ou de l'aide à l'intervention de l'avocat est retiré, en tout ou partie, même après l'instance ou l'accomplissement des actes pour lesquels il a été accordé, dans les cas suivants : () 4° Lorsque la procédure engagée par le demandeur bénéficiant de l'aide juridictionnelle ou de l'aide à l'intervention de l'avocat a été jugée dilatoire, abusive, ou manifestement irrecevable () ". Aux termes des dispositions de l'article 51 de cette même loi : " Le retrait de l'aide juridictionnelle ou de l'aide à l'intervention de l'avocat peut intervenir jusqu'à quatre ans après la fin de l'instance ou de la mesure. Il peut être demandé par tout intéressé. Il peut également intervenir d'office. Le retrait est prononcé : () 2° Par la juridiction saisie dans le cas mentionné au 4° du même article 50 ".

8. La requête présentée par M. A B étant manifestement irrecevable, il y a lieu de procéder au retrait total de l'aide juridictionnelle qui lui avait été accordée pour introduire la présente instance par une décision du 3 octobre 2022 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nancy.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.

Article 2 : L'aide juridictionnelle totale accordée à M. A B dans le cadre de la présente instance est retirée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A B, à Me Ciaudo et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Samson-Dye, présidente,

- M. Bastian, conseiller,

- Mme Philis, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.

Le rapporteur,

P. Bastian

La présidente,

A. Samson-Dye

Le greffier,

P. Lepage

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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