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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2203648

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2203648

mercredi 28 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2203648
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantJEANNOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 décembre 2022, M. C B, représenté par Me Jeannot, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de suspendre, jusqu'à la décision au fond, les effets de la décision implicite du préfet de Meurthe-et-Moselle refusant de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer le temps de l'instruction de sa demande de titre de séjour un récépissé sans mention " X se disant ", pour une durée d'au moins 6 mois, avec autorisation de travail, dans un délai de trois jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard compte tenu du risque de non-exécution de la décision ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 800 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- la condition d'urgence posée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative est satisfaite compte tenu de la gravité de l'atteinte portée à ses droits ; il est actuellement dans des conditions de vie précaires à l'hôtel sans avoir de subside pour manger, se vêtir et assurer ses besoins essentiels ; en outre sa situation médicale est très préoccupante ;

- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée : elle est entachée d'incompétence, elle est entachée d'une erreur de droit, elle méconnaît les dispositions des articles R. 431-12 et R. 431-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 décembre 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête de M. B.

Il fait valoir que par arrêté du 23 décembre 2022 il a décidé de rejeter la demande de titre de séjour de l'intéressé, lui a fait obligation de quitter le territoire français, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français et qu'en conséquence le requérant n'établit pas l'urgence qu'il y aurait à suspendre la décision en litige.

Vu :

- la requête enregistrée le 16 décembre 2022 sous le n° 2203649 par laquelle M. B demande au tribunal d'annuler la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Coudert, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes de référés.

Les parties ont été régulièrement averties de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 27 décembre 2022 à 10h00 :

- le rapport de M. Coudert, juge des référés, qui informe en outre les parties qu'il est susceptible de prononcer d'office un non-lieu à statuer sur les conclusions aux fins de suspension de la décision implicite refusant de délivrer un récépissé de demande de titre de séjour à M. B ainsi que sur les conclusions aux fins d'injonction dès lors que, par arrêté du 23 décembre 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de délivrer à l'intéressé le titre de séjour qu'il sollicitait ;

- les observations de Me Jeannot, représentant M. B également présent ;

- les observations de Mme A représentant le préfet de Meurthe-et-Moselle.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 10h34.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant guinéen né à Kankan le 26 septembre 2001, est entré en France au cours de l'année 2018 et a été pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance de Meurthe-et-Moselle. Par un arrêté du 8 juin 2021 le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé d'admettre au séjour M. B et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par un jugement du 14 décembre 2021, le tribunal administratif de Nancy a rejeté la demande de l'intéressé tendant à l'annulation de cet arrêté. Par courrier du 17 juin 2022 M. B a présenté une nouvelle demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 425-9, L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par la présente requête, M. B demande la suspension de l'exécution de la décision implicite du préfet de Meurthe-et-Moselle refusant de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour.

Sur les conclusions aux fins d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président " et aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence (). L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur le surplus des conclusions de la requête :

4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

5. Il ressort des pièces du dossier que le préfet de Meurthe-et-Moselle, par arrêté en date du 23 décembre 2022, a rejeté la demande de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " présentée le 17 juin 2022 par M. B. Il suit de là que les conclusions tendant à la suspension de l'exécution de la décision implicite du préfet de Meurthe-et-Moselle refusant de délivrer à M. B un récépissé de demande de titre de séjour et les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint sous astreinte au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer le temps de l'instruction de sa demande de titre de séjour un tel récépissé, sont devenues sans objet. Il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur les frais liés à l'instance :

6. La présente ordonnance admettant provisoirement M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Toutefois, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées sur le fondement de ces dispositions.

O R D O N N E :

Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions aux fins de suspension et d'injonction sous astreinte de la requête de M. B.

Article 3 : Les conclusions de la requête présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sont rejetées.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Jeannot.

Copie en sera adressée, pour information, au préfet de Meurthe-et-Moselle.

Fait à Nancy, le 28 décembre 2022.

Le juge des référés,

B. Coudert

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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