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AccueilJurisprudence administrativeN° TA54-2203665

Tribunal Administratif de Nancy — Décision N° TA54-2203665

jeudi 5 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nancy
SectionTribunal Administratif de Nancy
N° DossierTA54-2203665
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantJEANNOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

A une requête enregistrée le 19 décembre 2022, M. C B, représenté A Me Jeannot, demande au juge des référés :

1°) de suspendre l'exécution de la décision du 22 novembre 2022 A laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a implicitement refusé de lui délivrer un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour et a refusé d'instruire sa demande ;

2°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle d'instruire sa demande de titre de séjour et de lui délivrer immédiatement un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 150 euros A jour de retard ;

3°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la requête est recevable ;

- la condition d'urgence est remplie dès lors que la décision est un refus de renouvellement de titre de séjour ;

- il existe un doute sérieux sur la légalité des décisions attaquées dès lors que la décision est entachée d'incompétence, elle est insuffisamment motivée, elle est entachée d'erreur de droit, elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, elle est fondée sur une décision de refus de délivrance d'autorisation de travail en date du 28 octobre 2022 elle-même illégale, elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale.

A un mémoire enregistré le 29 décembre 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la condition d'urgence n'est pas remplie et qu'il n'existe aucun doute sérieux quant à la légalité de la décision.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 19 décembre 2022 sous le n° 2203666 A laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Guidi, première conseillère, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative pour statuer sur les demandes de référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 3 janvier 2023 à 14h30 :

- le rapport de Mme Guidi, juge des référés ;

- et les observations de Me Jeannot, représentant M. B, également présent, qui conclut aux mêmes fins A les mêmes moyens.

Le préfet de Meurthe-et-Moselle n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 15h05.

Considérant ce qui suit :

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée A la juridiction compétente ou son président " et aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence (). L'admission provisoire est accordée A le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme A l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

2. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin de suspension d'exécution :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

4. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies A le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. Cette condition d'urgence est, en principe, constatée dans le cas d'un refus de renouvellement de titre de séjour.

5. M. B a bénéficié d'un titre de séjour valable du 21 avril 2022 au 20 octobre 2022, dont il a demandé le renouvellement le 7 septembre 2022. Il bénéficie ainsi de la présomption d'urgence mentionnée ci-dessus. Le préfet de Meurthe-et-Moselle ne faisant état d'aucune circonstance particulière de nature à faire échec à cette présomption, la condition d'urgence prévue A l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.

6. Aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou du tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ". Aux termes de l'article de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues A les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. A dérogation aux dispositions de l'article L. 433-1, elle est prolongée d'un an si l'étranger se trouve involontairement privé d'emploi. Lors du renouvellement suivant, s'il est toujours privé d'emploi, il est statué sur son droit au séjour pour une durée équivalente à celle des droits qu'il a acquis à l'allocation d'assurance mentionnée à l'article L. 5422-1 du code du travail ".

7. Il ressort des pièces du dossier que M. B, qui suivait durant l'année scolaire 2021/2022 une formation CAP en alternance, dans le cadre d'un contrat d'apprentissage dont le terme était prévu le 31 août 2022, s'est vu délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " valable jusqu'au 20 octobre 2022 sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. M. B a présenté une demande de renouvellement de son titre de séjour, enregistrée le 7 septembre 2022, à l'appui de laquelle il a produit une attestation de son employeur justifiant la rupture de son contrat de travail ainsi qu'un avis de situation individuelle établi A Pôle emploi. M. B, qui se trouvait ainsi involontairement privé d'emploi à la date de sa demande de titre de séjour, ne pouvait A conséquent se voir opposer A la décision contestée l'absence d'autorisation de travail accordée à son employeur, avec lequel il avait conclu un contrat de travail à durée indéterminée le 28 septembre 2022 pour justifier le refus de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour contesté. Pour cette même raison, l'administration ne pouvait pas davantage légalement se fonder sur la circonstance que M. B ayant déposé sa demande de titre de séjour en étant " hors délai " et se trouvant sans récépissé il ne pouvait exercer un emploi " pour l'instant " pour refuser de délivrer l'autorisation de travail prévue A l'article L 5221-2 du code du travail demandée A la société Avenna le 27 octobre 2022, société avec laquelle M. B avait conclu un contrat de travail à durée indéterminée le 28 septembre 2022. Dans ces conditions le moyen tiré de l'erreur de droit entachant le motif du refus opposé à M. B de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour tenant à l'incomplétude de son dossier est, en l'état de l'instruction, de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. La présente ordonnance implique, alors que le préfet ne fait pas valoir en défense que d'autres motifs justifieraient un refus d'enregistrer la demande de l'intéressé, qu'il soit procédé à la délivrance d'un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler, valable jusqu'à l'intervention de la décision prise à l'issue de l'instruction de cette demande ou jusqu'à ce qu'il ait été statué A le tribunal sur la requête au fond. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle d'y procéder dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

9. Il résulte des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, que le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée, et peut, même d'office, ou pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation.

10. La présente ordonnance admettant provisoirement M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Jeannot, avocate de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Jeannot de la somme de 1 500 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B A le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 500 euros sera versée à M. B.

ORDONNE :

Article 1er : L'aide juridictionnelle provisoire est accordée à M. B.

Article 2 : L'exécution de la décision du 22 novembre 2022 A laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de délivrer un récépissé de demande de titre de séjour à M. B est suspendue jusqu'au jugement de la requête au fond.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de Meurthe-et-Moselle de délivrer à M. B dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler jusqu'au jugement de la requête au fond ou jusqu'à ce qu'il soit statué sur sa demande de titre de séjour.

Article 4 : L'Etat versera la somme de 1 500 euros à Me Jeannot sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve qu'elle renonce au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B A le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 500 euros sera versée à M. B.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Jeannot.

Copie pour information sera adressée au préfet de Meurthe-et-Moselle.

Fait à Nancy, le 5 janvier 2023.

La juge des référés,

L. Guidi

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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